This is a digital copy of a book thaï was prcscrvod for générations on library shelves before it was carefully scanned by Google as part of a project
to make the world's bocks discoverablc online.
It has survived long enough for the copyright to expire and the book to enter the public domain. A public domain book is one that was never subject
to copyright or whose légal copyright term has expired. Whether a book is in the public domain may vary country to country. Public domain books
are our gateways to the past, representing a wealth of history, culture and knowledge that's often difficult to discover.
Marks, notations and other maiginalia présent in the original volume will appear in this file - a reminder of this book's long journcy from the
publisher to a library and finally to you.
Usage guidelines
Google is proud to partner with libraries to digitize public domain materials and make them widely accessible. Public domain books belong to the public and we are merely their custodians. Nevertheless, this work is expensive, so in order to keep providing this resource, we hâve taken steps to prcvcnt abuse by commercial parties, including placing lechnical restrictions on automated querying. We also ask that you:
+ Make non-commercial use of the files We designed Google Book Search for use by individuals, and we request that you use thèse files for Personal, non-commercial purposes.
+ Refrain fivm automated querying Do nol send automated queries of any sort to Google's System: If you are conducting research on machine translation, optical character récognition or other areas where access to a laige amount of text is helpful, please contact us. We encourage the use of public domain materials for thèse purposes and may be able to help.
+ Maintain attributionTht GoogX'S "watermark" you see on each file is essential for informingpcoplcabout this project and helping them find additional materials through Google Book Search. Please do not remove it.
+ Keep it légal Whatever your use, remember that you are lesponsible for ensuring that what you are doing is légal. Do not assume that just because we believe a book is in the public domain for users in the United States, that the work is also in the public domain for users in other countiies. Whether a book is still in copyright varies from country to country, and we can'l offer guidance on whether any spécifie use of any spécifie book is allowed. Please do not assume that a book's appearance in Google Book Search means it can be used in any manner anywhere in the world. Copyright infringement liabili^ can be quite severe.
About Google Book Search
Google's mission is to organize the world's information and to make it universally accessible and useful. Google Book Search helps rcaders discover the world's books while helping authors and publishers reach new audiences. You can search through the full icxi of ihis book on the web
at|http: //books. google .com/l
A propos de ce livre
Ceci est une copie numérique d'un ouvrage conservé depuis des générations dans les rayonnages d'une bibliothèque avant d'être numérisé avec
précaution par Google dans le cadre d'un projet visant à permettre aux internautes de découvrir l'ensemble du patrimoine littéraire mondial en
ligne.
Ce livre étant relativement ancien, il n'est plus protégé par la loi sur les droits d'auteur et appartient à présent au domaine public. L'expression
"appartenir au domaine public" signifie que le livre en question n'a jamais été soumis aux droits d'auteur ou que ses droits légaux sont arrivés à
expiration. Les conditions requises pour qu'un livre tombe dans le domaine public peuvent varier d'un pays à l'autre. Les livres libres de droit sont
autant de liens avec le passé. Ils sont les témoins de la richesse de notre histoire, de notre patrimoine culturel et de la connaissance humaine et sont
trop souvent difficilement accessibles au public.
Les notes de bas de page et autres annotations en maige du texte présentes dans le volume original sont reprises dans ce fichier, comme un souvenir
du long chemin parcouru par l'ouvrage depuis la maison d'édition en passant par la bibliothèque pour finalement se retrouver entre vos mains.
Consignes d'utilisation
Google est fier de travailler en partenariat avec des bibliothèques à la numérisation des ouvrages apparienani au domaine public et de les rendre ainsi accessibles à tous. Ces livres sont en effet la propriété de tous et de toutes et nous sommes tout simplement les gardiens de ce patrimoine. Il s'agit toutefois d'un projet coûteux. Par conséquent et en vue de poursuivre la diffusion de ces ressources inépuisables, nous avons pris les dispositions nécessaires afin de prévenir les éventuels abus auxquels pourraient se livrer des sites marchands tiers, notamment en instaurant des contraintes techniques relatives aux requêtes automatisées. Nous vous demandons également de:
+ Ne pas utiliser les fichiers à des fins commerciales Nous avons conçu le programme Google Recherche de Livres à l'usage des particuliers. Nous vous demandons donc d'utiliser uniquement ces fichiers à des fins personnelles. Ils ne sauraient en effet être employés dans un quelconque but commercial.
+ Ne pas procéder à des requêtes automatisées N'envoyez aucune requête automatisée quelle qu'elle soit au système Google. Si vous effectuez des recherches concernant les logiciels de traduction, la reconnaissance optique de caractères ou tout autre domaine nécessitant de disposer d'importantes quantités de texte, n'hésitez pas à nous contacter Nous encourageons pour la réalisation de ce type de travaux l'utilisation des ouvrages et documents appartenant au domaine public et serions heureux de vous être utile.
+ Ne pas supprimer l'attribution Le filigrane Google contenu dans chaque fichier est indispensable pour informer les internautes de notre projet et leur permettre d'accéder à davantage de documents par l'intermédiaire du Programme Google Recherche de Livres. Ne le supprimez en aucun cas.
+ Rester dans la légalité Quelle que soit l'utilisation que vous comptez faire des fichiers, n'oubliez pas qu'il est de votre responsabilité de veiller à respecter la loi. Si un ouvrage appartient au domaine public américain, n'en déduisez pas pour autant qu'il en va de même dans les autres pays. La durée légale des droits d'auteur d'un livre varie d'un pays à l'autre. Nous ne sommes donc pas en mesure de répertorier les ouvrages dont l'utilisation est autorisée et ceux dont elle ne l'est pas. Ne croyez pas que le simple fait d'afficher un livre sur Google Recherche de Livres signifie que celui-ci peut être utilisé de quelque façon que ce soit dans le monde entier. La condamnation à laquelle vous vous exposeriez en cas de violation des droits d'auteur peut être sévère.
A propos du service Google Recherche de Livres
En favorisant la recherche et l'accès à un nombre croissant de livres disponibles dans de nombreuses langues, dont le français, Google souhaite contribuer à promouvoir la diversité culturelle grâce à Google Recherche de Livres. En effet, le Programme Google Recherche de Livres permet aux internautes de découvrir le patrimoine littéraire mondial, tout en aidant les auteurs et les éditeurs à élargir leur public. Vous pouvez effectuer des recherches en ligne dans le texte intégral de cet ouvrage à l'adressefhttp: //book s .google . coïrïl
%4i ' ■ ■
- •'■r:.^
• • •
I38427U
NOUVELLE
ENCYCLOPÉDIE
THÉOLOGIQIJE,
00 HODTBLLI
sten Di DicnonuRBS soi toutis lu fartiks db u sciesgk rsugowi.
LA rLUS CLAIRB, LA PUIS FACILE. LA PLUS COHUOOE, U PLUS VAlIlte ET LA PLUS COMPLÈTE DES TnÉOLOtilES.
eu kwnoniAmu «mr ciox :
BR RIOCUMIt CHR<TIBH!n ET AllTI-Cn<TnKin . '— K8 rBRltCimO!», —
V'IUMXIENCS CHaÉTICHtn, — BR UTT<ltiTORI irf., — WBOTAIIIOCn ii., — BRRTiTWTlOOtW.—
»*t<ucMrcuû(., — «'«RratOLOCiE id., — •'nUtLeionR M.. — pr iooi.mir. — ai HitoRctHR pRiTHiOR,
— «m r.ROItADRS, DR* CRREUU (OCULRS, DR FITROLOAIR. DM rROFRliTIRB RT DRS ■IRICUU,
Kl «RcRRTS nK> co.xmteciTiOKA RoatiKRa, — tu inDoi^cxcRi, — d'ic*i-*il«i-*ithiiobticdi.tdrr ,
— DR HUBIQUR îë., d'ÏFICRIMIIE id^ DR NDHIBHIkTIQDR U,, DES COUVEUIONS
kV CATROLICISHE, — D'ÉnUClTION. DU INVERTrOIlB ET DitCODTERTRI. d'eTHNOCRINIR,
»C« tNH.OCIKTRS tNTIM.O!IT*IRU, DRS MIMDKRITS, — p'UlTRROPOLOGIR, DR! HIITtlRt , BRI ■RRVElIXa,
— •'kSCiTinaR ET nu iirrociTioin à Li tiergr, — de piLtnCRuniiR, drcbtptogriprir, dr DtcTTi-oLOCii, D*Ht£R(N:Lipait, DR STiUiocRiraiR et dr TËt-tcRiraiR , — de pàl£o!<tolocir, —
Mt.'*BT M tOIMRR LRl DtTU, — DU LÉCENDU, — DRIORJRCTIOK* P<W11L1I«R(, — DRS OUECTIOM triEilTinQIIU.
rUBLIKK
PAR M. L*ADBÉ MIGNB«
Ml COHKB eOMVUmi IDR CR«QOR MAMCn DR U KIIIICK RCCLtSUtTIODK.
nu i • n. LR WL. rooH lr ■omcRrrrRRR a la coi.lectiou Rimtat, 7 n., 8 ri., rt hUk W n. i MvicairTEUH I TRL OD trl mctiomuiri ruTiCDURH.
TOnœ GIHÇUANTIÉnE.
DICTIONNAIRE DES CONFRÉRIES ET CORPORATIONS D'ARTS ET MË111 tuhb umQcv.
nix : 7 »ANcs.
('IMPRIME ET SE VEfïD CHEZ J.-P. MIGItE, BDITEDR.
AUX ATELIERS CATHOLIQUES, RUE D'AHBOISE, AU PBTIT-MONTHOOGB,
■ARIlk» D'BITFBR Dt PARU.
qi d.. 271
DICTIONNAIRE
DES
COPRfRIfiS ET CORPORiTIOM
D'ARTS ET MÉTIERS,
OIJVMACaS ERTIÈSEHBRnr NKUF,
DANS LBQUBL OH TEOCTB FA A OHDBB AtrBAMttlQVK l
i* rmSTOIRE DES CONFRÉRIES DES PREMIERS AGES DD CHRISTIANISME;
2r DES CONFRÉRIES DU MOYEN AGE, ET DE CELLES DE NOS JOURS;
3- L'mSTOIRE DES CORPORATIONS D'ARTS ET MÉTIERS, AVEC LEURS STATUTSs
PilR I. TOUSSAINT GillTHl (De n).
Ilenbrc iitalaîre de la Société archéologique d*Ille-et-Vilaine, auteur de la BittiothègMê gMrûU dn ÉcriMuns BreUmSf de YHùioire de la CaikédraU de Dolf collaborateur de la Biographie BreUmae^ etc.;
RBYU
PAR M. L ABBfi J.-M. LBGSABLATTB,
Prêtre, ancien recteur de La Freso^e» auteur d'un Cours dlnstructione pour la r* et la H** eonunnnioo.
PUBLIÉ
PAR M. L'ABBE MIGNE,
ÉDITEUR DE LA BIRLIOTHÈQUE UNIVERSELLE DU CLERGÉ,
nSB COBBB OOMKXVS SUE CBAOUB UEAMCBE 1» LA SCBNCB IBLIGIIOSK.
£ece quam bonnm et qoam Jucundum habltare fratret In UBum. {Fiai, cxxxn.)
Si duo ex Tobis consenserint de oumS re qua pelierlnt, fiet iUis a Pâtre aeo. {Matth. xmi.)
Ubi saut duo. Tel tres congregati in nomine meo, M snm in medio eorum. {Ibid.)
TOME UNIQUE.
r PRIX : 7 PEAlfC».
S^IHPRIME ET SE TEND CHEZ J.-P. MIGNE, EDITEUR,
AUX ATELIERS GATHOUQUES, RUE D'AMBOISE, AU PETIT-MONTBOUGB»
SABUiBB d'bnFBB DB VABIS
18U
Imprimerie MFGNë, au Petit-Montrouge.
■wmmmsmimmimimmmmmmi
AVIS AU LECTEUR.
Notre siècle est fertile, et peut-être plus que tout autre* en faislorieDS. Nous voyons des princes de la littérature s'occuper à retracer les faits vraiment dramatiques qui se sont succédé depuis près de soixante ans avec une rapidité telle qu'ils échappent à Tœil di| contemporain le plus attentif h les suivre dans leurs diverses péripéties. Nous aimons h dire que, dans ce genre historique, ces savants traitent leur sujet avec la même supé- riorité de talent qu'ils déploient dans les autres parties de noire littérature qu'il leur Î>lall de traiter. PIAl è Dieu que nous pussions trouver en eux la même recUtude dans a manière de présenter les personnes et les faits qu'ils soumettent à leur appréciation I et alors nos éloges à leur endroit seraient sans nulle réserve» sans restriction aucune ; mais il s'en faut de beaucoupf et nous allons ici leur adresser des reproches dont ils son? liront toute la justesse.
L*un des historiens que nous avons en vue» s'est révélé au monde avec un nom qui -^lige envers la monarchie légitime ; son début dans le monde littéraire fui une produc? tioo pieuse qui fit présager un champion des pures et saines doctrines boumises ai| ritbme poétique, et celte production eut une grande vogue.
Après plusieurs tergiversations [Aus ou moins malheureuses, cet homipe a donné yUis» mire de rune des factions révolutionnaires qui a eu las meilleures intentions» et qui 4 sincèrement cherchée rendre possible, en France le régime républicain. Kt pourquoi, eq retraçant Thistoire de certains hommes recommandables, notre historien a-t?il eu la har- diesse de venir attaquer la mémoire de l'infortuné et glorieux Louis }^V1, et celle de soi^ auguste et vertueuse épouse Harie-Antoinclle, de sa'\ul& et douloureuse mémoire? Qu*i| nous soit permis, à nous, humble écrivain, de mettre sous les yeux de Thistorien des Girondins, le jugement porté sur ces princes par ceux de nos historiens qui devront tu} paraître le moins suspects. Anquelil, dans son Histoire de France, déclare que « si les
comme
avait régné
dix-huit. La postérité ne le jugera pas sur les écrits que les factions enfantèrent dans les
temps de révolution. Loin d*ôlre un tjran, il fi|t bon, humain, et désirait sincèremenl
{>rocurer le bonheur du peuple. Sa conscience lui disait qu'il devait être aimé. Jusqu'^ a fin il se flatte que son caractère de bonté reconnue prévaudra sur la méchanceté de ses ennemis. Schappé plusieurs fois à leur.fureur à force de condescendance, il croit encore Je 10 août, triompher en cédapt. Cette persuasion Tempêcha d'employer contre la vior lence la force de la garde nationale qui penchait pour lui. Imprudemment il se relira dans le sein delà Convention, trop pleine Je gens oui crurent ne pouvoir éviter que par sa mort la punition de leurs crimes, de leurs excès. Louis était Irè&rreligieux, bon mari, tiOD père, excellent maître. Il aimait la lecture et avait des connaissances; mais avec beau- coup de bon sens, dans les occasions importantes, il était timide, irrésolu, et s'il avai| le courage de la réflexion, il manquait du courage 4*intrépidité qui plaît aux Français.
c Aussi religieux que Louis IX, 9 disait H. de Malesberoes è Tabbé Edgeworth, imraé? dialement après la catastrophe de Louis XVI, c aussi juste que Louis XII et aussi boq
aue Henri IV, il n'avait aucun de leurs défauts^ Son plus grand tort, son seul tort, c'est e nous avoir trop ajmés, de s'être trop considéré comme notre père, et pas ^sse% comme notre roi, et d'avoir attaché son bonheur h nous rendre heureux plus qge nous n'étions susceptibles de l'être ; mais tous ces torts appartenaîei^t à ses vertus, au lieu que les nd? 1res sont la suite de nos vices et de cette fausse philosophie dont j'ai été moi-même la dupe, et qui a creusé Tablme effroyable qui nous dévorera tous. C'est elle qui, par une mag^e inconcevable a fasciné les yeux de la nation au point de lui faire sacrifier au fan? lOme de la liberté publique, la réalité de la liberté sociale qu'elle avait en partage, et dont elle jouissait sous tous les rapports, avec plus d'étendue qu'aucune autre nation* » (Aip? QUETiL, Histoire de France, tome |1, pag. 399, io-12.)
Quand nous n'aurions pas ces témoignages d'hommes coptemporains et compétents, il nous suffirait cju testament si admirable de Louis pour le placer au nombre des plus il* lustres parmi ces saints rois qui aient honoré le trône. Et ne connaissons-nous p^s tous ces paroles è jamais mémorables du roi« au moment où, il allait consommer son martyre : m Je meurs iunocent des crimes que l'on m'impute. » Et ce pardon génér^l|x que, ^ l'exemple du Sauveur mouriint, il accorda è ses ennemis qu'il recommande ji |§ )i;|émence de son fils, si jamais il avait le malheur de régner. 0 vqus J que Tabbii Êdgeivorlh efi?
PICTI09V. pES CpXFBj^ai^s CT Cpuppa, i
fi AVIS AU LECTEUR. 12
3
f ojail au ciel poar j r^er arec saint Louis, votre aïeul, jetez les yeux sur noire qui fut fotre rojaume, et priez pour sa prospérité I
A ces réflexions, qu*il nous soit permis d'ajouter un passage de Fel. de la Hennais : < Yingt-un janvier! un roi, un échafaad, Tenfer dans ses joies sanglantes, la terre dans le silenee et dans la terreor, le ciel qui s'ouvre pour recevoir un juste et se referme sou- dain, voilà le vingt-un janvier.
m Princes, peuples, vous qui tenez encore à Thumanité par quelque lien, pleurez le roi Martyr; il a été grand dans sa mort, et le chrétien à ce moment lugubre a trouvé assez de force pour porter une double couronne I
« Voila le heu d'où son Ame pure monta an ciel . Les passants le foulent au pieds, car n'y a*t-il maintenant de sacré pour nous? Il n'y a aucun monument qui rappelle le crime es bourreaux. Se triomphe da martyr; mais malgré l'insouciance des hommes il reste quelque chose de loi. »
Et Marie Antoinette d'Autriche, reine de France, pourquoi l'attaquer aujourd'hui, quand ses plus cruels ennemis de l'époque où elle mourut se Grent ses apologistes et la vengèrent des calomnies par lesquelles on voulut la noircir, aGn de trouver un prétexte à celte mort qui sera pour ses bourreaux le sujet d*un opprobre , d'une ignominie dont jamais ils ne réussiront à se laver?
Quoi ! quand cette femme aurait eu quelques torts, ce que nous n'accordons pas s'il s'agit de crimes, ne serait-elle pas pour ainsi dire excusée par l'âge et la position dans lesquels elle s'est trouvée? Jeune, l'idole d'une cour dont elle fut toujours le plus bel ornement , Marie Antoinette fut aimée, et resperiée , et jamais on ne lui a reproché une faute dont pût rougir la femme et Tépouse la plus modeste.
Que dirons* nous du courage avec lequel elle supporta toutes les tortures aue peut en- durer une femme, une reine, une mère. Séparée d'un roi, son époux, qu'elle adorait et qu'ellevoit traînera l'échafaud ; éloignée de ses chers enfants dont elle connaît toutes les souf* Irances sans qu'il soit possible de les soulager, elle subit devant les tribunaux les plus atroces calomnies que l'on veut baser sur les déclarations de son jeune enfant dont l'on a surpris l'ingénuité sans expérience. Et encore, comment sort-elle de cette cruelle épreuve?
Ap|)renons-le de l'histoire contemporaine; elle nous apprendra qu'Hébert pour satis- faire sa soif insatiable de cynisme et de barbarie, se flt le persécuteur acharné de celte princesse dont la haute vertu faisait tout le crime.
Ce révolutionnaire, dont la spécialité était l'immoralité dans la cruauté, l'extrême abjec- tion dana l'outrage à tout sentiment humain, voulut perdre une créature qui avait mérité toute sa haine par son élévation ; pour donner cours libre à sa nature féroce, impudique, il osa imputer à sa victime des forfaits qui révoltaient la nature. Elu membre de la commission municipale qui devait interroger dans la prison du Temple les enfants du f'Oi, U déploja dans cette mission toute sa bassesse et adressa au jeune Louis des ques- tions infâmes, et il lui Gt signer une pièce ignoble que le vertueux enfant ne comprenait pas. Le tribunal révolutionnaire lui-môme ayant été saisi de cette pièce, ne voulut pas en «apporter la lecture; le président Fouquier-Tfainviiie se contenta d'en rendre compte dans son accusation contre la reine: et Hébert, appelé comme témoin, en fit la base d'une déposition abominable qui souleva jusqu'à l'ftme nasse de Robespierre. Ce dernier était à table quand on lui parla de ce témoignage. Sa froideur astucieuse n'y tint pas; il s'indi- gna, et, brisant une assiette, il dit, en parlant d'Hébert : « i]e n'était pas assez pour ce scélérat d'en avoir fait une Messaline, il fallait qu'il en fit une Agrippine. » Obligée de ré- pondre à l'accusateur public sur ces odieuses suppositions, l'auguste mère, se tournant vers les femmes réunies dans la salle, s'écria pour toute réponse : « J'en appelle à vous toutes, mères, qui vous trouvez en cette enceinte. » A cette parole il fut repondu par un frémissement qui gagna tous les cœurs à l'infortunée, qui obtint une parfaite justification de la part de quiconque sentait en lui une fibre d'honneur et d'amour maternel. Une foi vive, un attachement inviolable aux lois de l'Eglise catholique soutinrent la reine dans ses cruelles angoisses et lui firent refuser, dans ses derniers et critiques moments, le mi- nistère que lui offrait un prêtre assermenté, et resté sans aucun pouvoir à son jusement. Arrivée au pied de l'échafaud, comme quelqu'un lui disait : « Voici le moment où il faut du courage. —, Du courage I rénondit-elle, il y a si longtemps que j'en fais apprentissage qu'il n'est pas à craindre que j en manque à ce moment. » Elle monta les degrés de l'é- chafaud d'un pas ferme, elle jeta les yeux sur les Tuileries et elle dit : « Seigneur, éclai- rez et touchez mes bourreaux. Adieu pour toujours, mes enfants, je vais rejoindre votre père... » Quelques instants après elle périssait, laissant ses chers enfants aux mains des plus féroces ennemis 1
Comme si ce n'était pas assez pour l'écrivain, que nous avons en vue, de dénigrer ce que la France a de plus sublime, il s'attacheàjustifier et presqueà glorifier ceuxdeses malheureux enfants que l'histoire impartiale a Qétris comme des monstreh qui fourmillèrent a cette époque de frénétique fureur, pour se dévorer eux-mêmes pendant qu'ils envoyaient à la mort des milliers de victimes |)rises dans tous les rangs de la société, et surtout dans les rangs du clergé, et parmi ceux qui possédaient quelques biens qui devenaient la proie de ^ur rapacité 1
15 AYIS AU iJlCTKLIt. Il
O homnip imprudenl 1 ignorez-vous les Appéiils dévorants <J*uii trop grand npnit^re Ue Français qui ne rAvent que révolulion, que |Mli^get Vous avez vu depuis une révplution que it/i jlion génie de ta rrance a pu encore maîtriser* %i que pratrélre vous «vej: aidé à retenir dana de certaines bornes; mais craignez de provoquer dés passions qui groi^illenl dans les bas-fonds de notre sociétéf et qu'il serait impossiblo de maintenir si jamais elles venaient à se déchaîner.
Un autre historien de notre époaue, partisan des doctrines protestantes dont il eonnatl l« fausseté» ne craint pas (l^égj^rer I esprit des jeunes jjens, s^s lecleiirs* incapables de dis- camer le vrai du faux, et que» sciemment, il engage dans les voies de Porreur 4*où ii sera presque impossible de les retirer.
Nous ne parlons pas de certains professeurs d^hjstoireaui. venu9 de nous pe savons où, sa aont rués dans nos plus célèbres maisons d'éducation, if'ou ifsontétéchasséspariaurs propre^ élèves, révoltés de leur impudence... Outre les écrivains qui ont traité les grands sujets de notre patrie, combieq d historiens qui ont rendu d'én^ineqts services en s occupant de sujets moins jcopnus, mais qui ont mie réelfe utilité T Sur les traces de Monsieur de Caii- mont, une multilude d'auteurs laïques et ecclésiastiques on) étudié pos loonifméols dio peinture et .d'arcbitactMre .auxquels ils ont assigné une époque certaine d'après des règ)e$
Îiu'ils connaissaienjt et qu'ils ont rendues vulgaires par (f'exceilepts traités d'archéologie. Is ont fait plus, et, au lûojen de règles sûres, ils nogs ont appris à connaître les carac- tères archifectopiqQes des monuments que, coiome eux, i|ou$ nous sommes habitués ^ oonnattre an point de leur assigner l'époque oi^ ils on) d.$ étra faits, et l'ordre d'archite^- lure auxquels ils iqippartiennent.
Combien de savants ont consacré leurs veillas à (J.édfiQTrer Fi^istoire de leurs villc| natales, et à faire jaillir de cette étude une lun)i.ère immensément proÇiaf)Je à leur^ lecteurs.
Un seul sujet, et l'up .<)es plus importants, des plus c^rien^, a échappé aux iQvestigar lions de pos savants : les corporations des arts et métiers et les confréries religieuses qi^^ ont rendOf et qui rendent encore mille services k la société.
Pour combler cette lacune, M. l'abbé Mi^uê, qui a fQn4é et qu^ dirige avec une rare intelligence des ateliers catholiques pour la propagation des bons livres, a chercliiî pn hoinme qui se ch/irgeât de cett^e tâche oui oJTre beaucoup d^e fatigue p mais qui doi^ aussi procurer de douces consolations..
Pour répondre au désir du pieux et savant ecclésiastique, nous nous sommes chargé de réunir en un seul corps d'ouvrage, ce qui se trouve dépars 4ans des vojumes considérables^ devenus rares et cachés au fond des bibliothèques, dont on a bien voulu nous livrer l'en; Irée, et qui 0J9t été inises à notre disposition.
Puissionsruous nous être éleyé jk la hauteur de notre sujet, et remplir lea vues de lj| dif in^ providence e^i montrant ce que peut la religion sur les nommes qu'elle réi^nii en corp;f d'associatiop, pour qu'ils vijreni sogs sa bienfaisante égi(^e I
Puissions-nous mettre une pierre à l'édiQce <je régénération qui se conatruit d'une manière ^risible, imposs|J)le à mécoima/tre pour tout homme oui réuécbil et qui étudie cp siècle si ardent à réparer les rujqes du passé ! Nous serons par là dè^oq^qdagé dès peir lies et des labeurs que pogs a procu/^és l'ouvrage que nous fivrons au poblic et oue oqù; reeommandonsàla grAjcede Pieu, saps leqjuel rien ne peut réussir. Puissertril obtenir les tiéoédictions de I ajj^guste Ifari^, dont plus d'une foiâ nous aurons le bonheur et la consolatioQ de parjer en célébrant l.es ioerireilles de aa clén^ote pjj^issance.
Lies statuts des /corporations d'arts et métiers pi-és.entent aji^ lecteur un spécimen du stjje lie c^^aque époque, depuis I^iOuis VIll jysou'V pos jours, et lui procure le doux plair sjr de prepdrepotre langue à son berceau pour la suivre jusqu'^ l'ëpoque de sa plusbaiife fierfeqtion ; ils présentent en outre, sous un fort beau jour, notre religion catholiaue^ éminemuient civilisatrice , unissant entre eux les ouvriers qu'elle maintient uana l'exercice ^e aes saintes lois, qui sont toujtes des Ipis d'amour, et par consiéquent 4e bieq- laisauce.
DISCOURS PRÉLIMINAIRE.
Le pubHciste, de Montesquieu, que Voltaire appelait Ârlequin-Grotius, a écrit nn lirre intitulé VEgprit deg lois^ et que Linguet dit Touvrage d'un petit mailre qui lisait fort lé- gèrement ; vers la 'Oiéme époque, Jean-iacques Bousseau putliait un livre qu*il intitu- lait Contrai social et que M. Arouet de Voltaire nommait le Contrai inêocial de Vinsociaùtê Rousieau^ et tout cela vers la première moitié du siècle dernier.
Dans ces ouvrages qui ont vahi h leurs auteurs bien des critiques assurément fort jus- tes, nous voyons ces moralistes exalter la bonlé native d« Thomme et vanter cet état qu'ils Appelient depurenature, antérieur à toute société, et qu'ils prétendent meilleur que la société. L*hom«ie est né bon, dit Rousseau, et la société te déprave. Tout ce qiii n*est pas dans la nature a des incon-vénients, et la société civile pius que tout te reste. « Dans **é- Xhi de pure nature, dît Montesquieu, les hommes ne chercheraient plus \ï s'attaquer et \h paix serait leur première /ot natureJie. » (L'auteur aurait dû mettre leur ^(af naturel). Sur cette beile donnée, nos publicistes nous préconisent la position de ces sauvages qui, dis- putant amx animaux le gland de'la forêt, vivaient heureux parce qu*ils vivaient sans rè- î;le aucune^ sans frein quelconque, tiabitués à suivre dans le commerce ordinaire de \h vie une sorio -d'instinct qui les rendait heureux de la félicité de la brute qui n'a pour se conduire qu*un ap)>étit purement matériel.
Oh ! honunes, 'ennemis de toute société I 0 misanthropes qui affectez tant de préférence pour rétat sauva^o, ignorez-vous doncque Thomme laissée ses penchants devient leplns fér Toce des animaux, comme le prouve la dégradation de ces êtres qui, sans lois qui les ré gissent, en sont venus h se nourrir de la chair et du sang de leurs semblaîiles, comme l'at- itestentles missionnaires et les navigateurs qui ont reconnu des peuples entiers d*anibro- 4>ophages 1
Ohl qu*i4 avait bien raison de vons adresser cent ans à l'avance ces vers pleins du fiel «de l'indignation, le prince de nos poètes lyriques, Jean-Baptiste Uousseau.
Qu'à l)on droit, litiertins, vous êtes méprisables Quand au fond des iût^\St vous chf reliez vos seoihlables.
La rue des peuplades réduites à l'état de pure na/ure ne nous a-t-elle pas révélé des «èlres humains sans langage formé, sans lien religieux, sans vêtement, n'ayant pas même pu se procurer les choses nécessaires pour se couvrir et s*apprêter un aliment autre que celui qu'ils arrachent aux plus vils animaux? Gardez pour vous vos pensées, vos goûts, et sachez, pour votre plus douce satisfaction que, cent ans après vous ta France et I univers 'entier ont pu voir renaître de vos cendres une sorle de secte ayant pour fondateur un jô ne sais quel Fourîer, et pour propagateurs du fouriérisme un Considérant et autres illu* inioés qui, vomissant mille anathémes contre la civilisation et les civilisés^ veulent fon-» der parmi nous des établissements nommés pAa/afti^^M, dans lesquels ils feraient revi- vre un étal qui n'aurait imposé aucune contrainte et qui aurait procuré des jouissances que fort heureusement personne n^a osé chercher, tant elles ont |)aru peu réalisables. 'Que l'état de pure nature ait souri h Jean-Jacques Rousseau, nous n*en sommes pas sur- pris quand nous savons la conduite qu'il a tenue à l'égard des nombreux enfants qu'il a jetés dans le monde sans s'occuper de leur présent et encore bien moins de leur avenir. Être vil et sans eotrailles, père indigne de ce glorieux nom I ah! vraiment que nos mo- ralistes modernes prennent pour patron et pour modèle un homme tel, voilà ce qui nous 4Stonne, ce qui nous confond et nous humilie ; car mieux que mille autres aberrations, celle-là nous pruuveque l'homme sans cœur est le plus abject des êtres animés, puisque ces brutes qui manquent d'intellect^ ont encore un cœur qui les force presque toutes a prendre un s^iii quelconque de leur progéniture.
Une larme de pitié jetée sur la cendre de ces hommes, disons : Vhomme est né sociable, t;t est fait pour vivre en société.
Que l'on réfléchisse, dit le baron Samuel Pufendorf, à la triste condition où l'on conçoit
3ue serait réd^iit l'homme fait comme il est, s'il était abandonné à lui-même en naissant, estitué de tout secours de ses semblables, incapable de se suffire à lui-même, seul, isolé, et il sera facile de s'assurer qu'il est le plus mal pourvu de la part de la naturequi procure è tous Les êtres iinimés mille moyens d'existence refusés à celui-ci.
Pour nous rendre palpable ce que nous avançons sur la sociabilité de l'homme, posons les principes constitutifs de la société, et la conclusion sera facile, démonstrative.
«La société prise dans son sens général et métaphysique, » dit le pieux et savant de Bonald {Législaiiûu primitice)^ • est la réunion d'êtres semblables pour la fin de leur re- production et de leur conservation. Prise dans un sens moins général, la société est
17 nSCOURS PREUMINAIKE. tS
Tordre des rapporU naturels eûtre des f#ersonnes socîiiles entre elles, c est-à*-dire les rap- ports du pouvoir el du minUire pour le bien des sujets. «
Celte détinitîon est vraie de la société domesfrque oi^ PunioD du père et de h mërese »raii|iorte à la reproduction des enfants «t à leur conservation. Cette déGoîtion est vraie dans la société religieuse où les rapports de la Divinité et de ses ministres ont |iour ob- jet la perfectiou et le salut des bomioes. Cette définition est vraie de la société politique- oà le service public que les officiers civils et militaires doivent au chef de TEtat, a pour unique oLget l'ordre public, fondement du bonheur des peaples et de la prospérité des emiiires.
Il y a donc trois persofiiifj dans ioule société, le chef on le pouvoir ^ les officiera in\ lemi- misiire^ et les ni/rlj ou le peuple; la réunion de ces trois personnes s*appelle société, et ces |»ersonnes sont domestiques ou publiques, religieuses ou politiquesr comme la so- ciété elle-même.
Ces trois personnes seront inanmvililes dans une société bien établie. Dans la fiimille, par rindiasohibilité du lien conjugal; dans la religion, par la consécration qui attache irré-* vocablement le minisire h la Divinité et aux fidèles, et |Mir consécfuent les lie entre eux ; dans rRtat|iaria fixité et l'hérédité du ministère politique. Si le pouvoir est abandonné à r«rbiirair«?, si les ministres gouvernent, tout e.«t désonire et la chute de la société est Nnniinente. C'est cette doctrine divine que développe le célèbre Bacon ouend il dit que- « le pouvoir que l'homme exerce n'est fomJé c|Ue sur ce qu'il est fait à I image de Dieu I:' faisonê Ckomme à notre image ei resêtmblanee^ dit Dieu dans la Genèse, m^U commande. C'est là le titre et la charte primordiale de la donation de tout pouvoir, et te pouvoir cesse si Timage s'eir?ice, c'est^à dire, si le pouvoir n'agit pas conformément è le loi divine* C'est ce' que dit, parlant de Dieu, le prophète Osée : Us oni régnée mais je ue les ai point «avoyés, ils ont établi des princes et je no les ai point envoyés.
i En exiiliquant ves |iaroles de Bacon, si Vimages^r^ace^ le pouvoir teste. Monsieur de Bo- ittlJ ajoute avec raison que cette proposition est vraie en co sens, que si le pouvoir coni^ mande des t huses manifestement coniraires aux lois divines, il ne doit pas être obéi^ contrairement aux erreurs de Wiclef qui les a entendues dans un sens al*sohi). Ces (irin* ei|ies (losés el admis, il nous reste à en Ciire l'application à la famille, à la sc^ciété publi- que soit politique, .«oit religieuse. La famille ou société domestique est composé»' nécessairement de trois personnes présentes ou supfiosées, actuelles ou éventuelles, le père, la mère et les eufauts, unies par les rapiKirts généraux ou sociaux, de pouvoir^ de ministres^ de sujets.
Le pouvoir est un, indépendant, immuable.
Le i»ôre a te pouvoir de manifester sa volonté par des lois ou (les onlres, c! de les- foire «exécuter; mais comme il u'estque le ministre* immédiat de la Divinité, il ne |>out port- ier que des lois relatives à la conservation de la famille et à son éducation privée.
Le |>ère de famille sera honoré, c'est-à-dire aimé et respecté, et s^s volontés obéiee rornme celle de Dieu dont son pouvoir émane, lorsqu'elles ne seront pas contraires évidemment à des lois supérieures à celles d'un ordre purement domestique.
La mère participe du pouvoir domestique dont elle est l'agent nécessaire et le rooveir naturel. Son autorité est non égale à celle de son époux, mais seml>lable, et lui est subor- donnée; elle est inamovible, parce que le lien du mariage est indissoluble. La mère de lauiiHe sera honorée comme le père , et ses ordres res^iectés comme ceux de son? ép^iux.
Les enfants n'ont dans la famille que des devoirs à remplir et \H sont mineurs ou sujets de la famille, quoique majeurs dans TEtat.
ïjes devoirs des enfants sont d'honorer leurs parents ou ceux qui les représentent, et de leur obiir en tout ce qui n'est pis ontraire aux lots d'un orlre supérieur.
Cette vie domestique fut celle de l'homme au premier âge du «onde, à cette époque où sortant des mains du créateur l'être intellifsenl, le roi de la création vivait eu intimité avec son épouse et ses enfants issus de leur union que Dieu rendit ind issoluble eu établissant pour eux la loi sacrée du mariage.
Fait à l'image et à la ressemblance de son Créateur, l'homme ne put mécennattre sou origine, aussi tourna-t-il ses regards vers son auteur par le sentiment du cœur pour lui offrir ses bowmages, ses sacrifices intérieurs en reconnaissance de la souveraine puissance de Dieu sur lui, et en témoignage de sa propre déf)endance. Il ne s'en tint pas là. Comme il est composé d'âme et de corps, deux substances. Tune toute spirituelle, l'autre orga^ nique et matérielle, il reconnut et proclama une religion^ un culte extérieur solennel qu'il fit consister spécialement dans l'offrande de sacrifices qu'il savait plaire à la ma* jifslé souveraine de son auteur. Par ce cuite, l'homme se relie h celui de qui il tient Texistence et tous les biens qui l'accompagnent. Le chef de la famille fut aussi le chef lie la religion ; comme nous le voyons pratiquer par Caïn et Abel, qui assurément y avaient été formés par Ad.im leur père. A l'effet d'en perpétuer la pratique, le patriarche Enos en fit l'objet d'une solennité qui se perpétua d'âge en âwe sans aucune internifi- lion. A Tcxemple de ses ancêtres, Noé au sortir de l'arche offrit à Dieu un holocauste qui lui plut et qui valut à la terre une alliance dont la suite a été la promesse qu'uu débite uc viendrait plus jamais pour (>erdi*e les hommes.
h mscoijfis ^itEÛMiNAinÈ. te
. Lés iiomfnes s*ëlan( rnullipliéSy devenus nombreux , au Heu d'errr^r ^ Taventure, «lu lieu iïë tHre ièoiémerit dans les forèls, il^ suiveni les lais de la sociabilité, e( dès les premières générations, ils se bâtl^^sent une tille sous la direction du patriarche Caïu qui ^ui donna le nom d'Rhoch que portait Van de ses fils.
A peine la tcfrre â*e$t-elle rémise de la sedousse affreuse qui causa lëdélngcT afliveN Èè]j que nous voyons Assùr fonder la ville de NlniVe^ életer des places publiquéSt cons-
Îruire une dite qui tUi grtfdde. Bientôt ces hommes réunis en grande centres de |lopu- atton vdieht surgir parmi eut des hommes puissarttd qui exercent sur leurs demlila* lies un0 autorité, une pfuissflnceque la sstirtte Bcritdre «appelle regnUm^ auldrilé, rè^ne: témoin Nemrod, le chasseur robuste dont le règne commença à se faire sentir sur Baby- bne, Araeb; Achad et Chalan, villes puissacttes au territoire de Sennaar. A la société domestique succède ainsi la société publique, qui, pour être régie, goii*
Îrernéé, reçoit ou se dodne nn chef sous un nom qui a varié suivant lès lieux et es peuples; mais le titre le plus souvent donné par les historiens est celui de roi que nous rencontrons souveht dâhs Ist Gènisef le plus ailcien litre, le liv^e le plus
tes pec table qui ait parti dans le mondes en y joignant les quatre autres écrits par foïse.
Ce que ftlt le père dans là famille, le roi ddt Tètre dans la Société publique» et le h)ème Dieu qui a cofmmatidë è l^nfant d*faonôrerSon père et sa mère^ ordonne au sujet d'honorer soti prince j de lui obéir et de lui être soutnis, non pas précisément parce qu'il e«t homme placé au-dessus des autres hommes; mais parce qu'il exerce une puis-^ àance qui lui vjent de Dieu Ini-mètne : Omni$ poMtas a Deo. {Rom. jtnU i.) '
Que les rois le sachent bien^ c'est par le Seigneur tont-puissant qu'ils régnent^ comme il le déclare lui-mètne au livre des Proterbes i C'est par moi que régnent les rois et que les législateurs établissent des lois justes et équitables; c'est moi qui les élève,* cest |)ar mon secours que leur dirëctioti sera avantageuse à eux-mêmes, salutaire eut peu-*
6 les. Après avoir Olarqùé du sceau, du caractère de la Divinité le gotivtrntur û^ nations, ieu promet de le bénir s'il se conforme aux injonctions de son éternelle justice. En blême tefaips qu'il est le représentant de Dieu près de U société, le prince doit se rap-» peler qu'il est \q ministre de Dieu pour /e bt^^ comme dit l'apôtre saiiltPaul. Et avant Saint Paul « le trône royal était considéré cotûmele trône de Dieu même. Dieu a choisi iiion fils Salomon, disait David, pour le placer sur le trône Ou règne le Seigneur iur Jeraël i et encore : Salomon Èa$âil sur le trône du Seigneur. BosSuet^ qui nous fournit ces inter- prétations, ajoute : « Et afin qu'on rie croie pas que cela soit particulier aux Israélites d'avoir des rois établis de Dieu, voici ce que dit lEcccUsiastique : Dieu donne â chaque peuple ton gouverneur^ et Israk'l lui est réservé. Il gouvertie donc tous les peuples et leur donne à tous leurs rois, quoiqu'il godterne Israël d*une manière plus particulière et plus déclarée. » Frappé de cette vérité Henri IV, l'un de nos rois, disait atec le sentiment d und i'eligieuse conviction : h Mon royaume est incontestablement le royaume de Dieu, il lui appartient en propre; il n'd fait que me le confier. Je dois doncfaire tous mes efforts pour tiue Dieu y règne, pour que hies commandements soient subordonnés aux siens^ pour que mes lois Fassent respecter ses lois. »
) Quelle que soit la forme du gouvernement, traditipnnelle ou accidentelle, il y a donr^ de nécessité une autorité qui est de Dieu et b laquelle la raison individuelle doit obéir Sons peine de cHme contre la raison générale et contre la société
C'est pour avoir méconnu ces grands principes, ces pricipes de toute équité, que mille princes et avec eux mille nations ont péri, et péri pour ne se rétablir jamais. Puissent ces terribles leçons du passé ne pas être inutiles pour notre siècle et pour les siècles à tenir.
La propagation toujours croissante de l'espèce humaine tit subir au pouvoir sacenio- tal, d'abord exercé par le |)ère, unesorlede transformation, en passant à des hommes choisis parmi les hotnmes, pour otfrir des dons et des sacritidesau Seigneur. D*abord les anciens, tomme l'exprime le tnot grec irpîfr^xtrtpm, en Idliu seniores que nous traduisons |)ar pré-' très. Plus tard il fut confié, ou il échut à de certains hommesi pris accidentellement, ou remis par un choix spécial de Dieu à de certains hommes qui l'exerçaient par eui^ hiêmesi et qtielauefois avec transmission dans leur famille* comme nous le voyons en hévii l'un des tils de Jacob» et dans sa famille dont les membres appliqués au service Me Tautel furent nommés lévites. Le sacerdoce, dans plusieurs nations, et surtout chez les Juifs, après la promulgation de la loi, forma une hiérarchie admirable, dont chaqu<^ taiembre avait un emploi, une fonction particulière qui ne pouvait être eicrcé par un autre sous les peines les plus terribles. Chez les Juifs, la dignité sacerdotale tenait le t>remier rang, et le pouvoir du prêtre était le filus étendu ; son jugement était réclamé dans les grandes affaires et il devait être res(»ecté^ comme il le fut toujours. Chez les
t>ajlens, quelle que fût du reste leur ignorance sur les dogmes les plus importants de a religtonii il y eut un sacerdoce, c'est-à-dire un culte rendu h la Divinité par un hooiiae 3ui en était regardé comme le ininistrei et souvent le chef de l'Etal était aussi le chef u culte, ce qui rehaussait iiumensément, son ascendant sur ses semblables. Mais tous ces prêtres, tous ces pontifes n'étaient qu'une ombre du |»onufe véritable, dU l^olitife éternel selon Tordre de Melchisédec, qtii était eu même temps pi être dti Tvèt-'
Si Disœtiis rnELi^iNAiRE. n
Haut, et roi de Salem. Ce poDlire véritable est Jésus, le Verbe, le Fils de Dieu fait hommi% le Messie promis au monde dès son origine» le Médiateur par lequel nous avons accès auprès du Père.
Ce Jésus a fondé sur la terre un royaume spirituel, fondé sur un sacerdoce que saint Pierre appelle un taeerdoce royal destiné à former et à régir une nation choisie, un peuple saint qu*il doit conduire dans les voies de la piété, et introduire dans le ciel, oii \ a pré- cédé son chef, qui lui en a ouvert les portes par son sang.
A sa place et i la tète de la société qu'il va établir, le Sauveur place un homme sans éducation, un simple pécheur, mais homme plein de cœur, plein de cette ardeur qui la fait souhaiter de suivre à la prison et même à Téchafaud celui qui a daigné Tappeler à la gloire de l'apostolat. Ce chef s'appellera Pierre, et le Sauveur lui déclare que, sur celte pierre, il bâtira son Église, contre laq%^elle ne prévaudront point les portes de Venfer. Cet homme sera chargé de paître les agneaux et tes brebis. C'est sur un, dit le chancelier Gerson, que Jésiis-Christ a fondé son Église, en le faisant monarque suprême et en un , le |iontife romain en qui réside la puissance ecclésiastique dans sa |)lénitude. (Gerson, De imfallibilitate pawB; Considération huitième, tom. H de ses œuvres^ coilectTon 213.) « Le* Pape, continue le même chancelier, le Pape seul possède une autorité primitive qui lui soumet toutes les autres sans qu'il soit soumis à personne. (Idem, De potestate Eeclesiœ ;- Considération dixième, iM)llection 239, extrait du livre de Ll Mbnnais : De la religion considérée dans ses rapports avec l'ordre politique et civiï, in-8*, p. 159.) Heureux Tauteur s*il n'eût jamais oublié ces principes, qu'il établit avec tant de force et de puissance do- génie! A cet homme sont associés onze autres hommes de la même nation, aussi peu- capables, selon le monde, de propager ToBuvre qui doit leur être confiée, et à laquelle ils s'exerceront à l'école et sous les yeux du Messie, qui leur apprendra à connaître et k l»raliquer la fraternité. Pauvres, sans fortune, ils vivront dans la continence pour être tout SI Dieu et au prochain. Et quelle fraternité! La plus glorieuse à laquelle l'hofunie puisse- prétendre, puisqu'elle nous fait révérer, aimer un frère en ce Jésus qui n'a pas rougi de ii«ius donner ce nom, quand, comme le dit saint Paul, il daigna dire à Marie-Madeleine et à une antre Marie, qui étaient allées au sépulcre d'où il était sorti ressuscité : Courez dire à vos frères, qui sont aussi mes frères, qu ils me trouveront dans la Galilée.
Honorés d'un caractère sacré qui les lie h leur Dieu, auquel ils offriront la victime éter- nelle, Jésus immolé sur la croix; chargés de baptiser et de conduire tous les peuples de b terre, dont ils remettront où. retiendront les péchés, les apôtres vont établir l'Église catholique, admirable hiérarchie, image visible et parfaite de la hiérarchie céleste, fondée dur la charité, qui s'appellera fraternité.
Écoutez, en effet, les apôtres adressant la parole k leur nombreux auditoire, composa de toutes les nations connues alors, Parlhes, Mèdes et Éiamites, habitants de la Mésopo- tamie, de la Judée, de la Cappadoce, du Pont et de l'Asie, de la Pbrygie et de la Pamphiiie,. de rÉgypte ou des parties de la Lybie, qui est au delà de Cyrène,'et des étrangers venus lie Rome; comment appelleront-ifs les Juifs et les prosélites, les Cretois et les Arabes? Ils- hfs reconnaissent tous pour égaux, aux yeux de la religion qu^ls prêchent, ils les appellent tous f^irt fratres^ hommes nos frères. Saint Jean, le disciple bien-aimé, l'apôtre au cœur aimant et expansif, appelle les chiétiens/!/io/i. Souvent ils sont qualiflés par ce mot, caris^ simi, qu'emploient saint Pierre et saint Jacques; et ceux qui se rangent sous les étendards du christianisme se regardent tous comme ne formant qu*une seule et même famille, ils s'embrassent dans les liens d'une charité tellement fraternelle, que personne ne possède en propre, et que tous les liens sont mis en commun. La charité est poussée si loin que <:eux qui avaient quelque propriété la vendaient, et en mettaient te produit aux pieds des apôtres; spectacle qui faisait sur les ennemis du nom chrétien une telle impression qu'ils s é<:riaieut : voyez combien ces gens-là s'aiment.
Parmi les chrétiens des premiers jours, il y avait des confréries qui se composaient de
. vierges, de veuves qui étaient, de la part des apôtres, des prêtres et des autres ministres
subalternes, l'objet u'une attention toute particulière ; et c'est à ces beaux jours de l'Église
naissante que nous voudrions faire remonter ces confréries, ces corporations dont nous
allons nous occuper en cet ouvrage.
Mfi I ■■■ .mi^snm^^'^*',^.. ■ •• ■ fei*jg;gj--.^rf • __'■'• • fi I T • -1 rt ■ - ^
INTRODUCTION.
SI-
tt torigine des Confréries. — Bui et avantages. — Opinion de divets écritams sur Vepogué
du premier établissement des Confréries.
L*homme étant né sociable ne fit qu'obéir à ses sentiments les plus intimes, lorsqu'il Appliqua l*idëe de société h Tadministration de ses intérêts matériels. C'est è Numa-Pom- pilius, deuxième roi de tlome» que Mgr. Jean Bouvier fait remonter Torigine des Confréries (considérées comme simples associations. Longtemps auparavant, le savant Italien Louis Antoine Muraton, avait émis la mi^me opinion, ainsi que le témoigne ce court fragment que nous empruntons à sa dissertation De confraiemitatibus : « Neque insatutatas * dit-il, « pragteribopias hominum s^cularlumconfraternitates, quœCon/ira^emt/^, cdmpaj^nte, scAo-» /of, appellamus.... non dissimiles bomiûum vêtus sâcris addictisi etbnicorum sœcula no- terunt. Instituit enim Aoma in honorem Augnsli Augustnles, quos tamen si inter sacerdiH tes referre velis, per me liceat. Alise quoque sodalitates Roma9 olim visebantur atque col- legia quibus prœcipue erat cura ludorum aut sacrôrum in honorem divum populique lœtitiam 6t gloriam celehrandorum*... 'trtitpiocç et ffarpiaç ejusmodi cœtus Grœci anpellabant : quippo M istis quidem Athenffii et reliqua gens Grœcorum caruere« uti scribit Cficero ( De senecCute^ tûp. 13}:— -Sodalitates, quœstoreMarcoCatone majore constitutœ sunt, sacris idœis mn-
Snœ matris receptis. — Némpe si quid video, ut sacra Cybeles curarent. Ita numerantur lie Sodales Flaviales Hadrianâles^ Dreodrophororum, Frntrum Arvalium, SeptemviruMi, Kpulonum, Capitulinorum, Ar/t/tcuin quoque et Opificum. » Toutefois, le christianisme a Sanctifié et fécondé ce principe d'association inné dans le cœur humain, il a élevé rhonime èu-dessus des préoccupations humaines de la vie et Ta placé au sein de sociétés religieuses formées dans le but sublime de le guider comme un enfant dans les sentiers diflliciles do Ja vie. Entendues en ce sens, Ifcs sociétés n'appartiennent qu'au christianisme, et pour que l'on n'ait pas à s*y méprendre^ il les a nommés Confréries^ (cum ftatribus)^ du nom même de celte fraternité universelle que le premier il a déclaré sur la terre<
H n'est pas exact de dire que c'est au moyen âge aue l'on voit apparaître les premières Confréries) nous aurons occasion de Iq montrer & la fin de ce paragraphe i mais nous con^ tenons très^bien que c'est à cette époque quelles prirent leur plus vast» développement. L'extension des Confréries devint même si générale qu'il n*y eut pas de villes, de bourgadesi de villages qui n'en possédassent, placées toutes sous le patronage de Dieu, de la Vierge uu d'un saint: elles en reçurent un caractère moral et sacré; non moins utile au maintien de la pureté des moeurs, qu'à la propagation de toutes les vertus. Si elles imposaient do Sévères obligations et des devoirs nombreux, les membres en étaient récompensés par des bienfaits quotidiens : car en compensation des sacrifices qu^elles demandaient, elles nré-» sidaient pour ainsi dire è tous les moments de la vie de chacun des confrères, prenaient soin de leurs intérêts et leur venaient en aide dans le danger et l'aflliction. Afiligés, mala* des, ou mourants elles ne les quittaient jamais sans secours : Et c'est assurément^ en don-- Hant une douce parole de paix et deftatetnilé aux malheureux^ ou en jetant une bénédiction sur la tombe des morts^ que les confrères ont conquis leur plus beau titre de reconnaissance à la postérité.
Rien de plus touchant q<ie le moment où un confrère rendait le dernier soupir : tous les associés étaient là, fidèles et sincères amis, agenouillés auprès de sa couche funèbre, récitant lentement les litanies des saints, et redisant à chaque nom et surtout à celui de leur patron, priez pour lui.
L'influence des contréries fit également éprouver sa bienfaisance aux mœurs en général» Les membres contractaient les uns envers les autres des obligations d'avertissement et d'(''dification : presque toujours il y avait un article spécial des statuts, qui obligeait chacun h empêcher les scandales publics, les jurements, les blasphèmes, les discordes, les dissen-» sions et les vices. Quiconque par une conduite scandaleuse contrevenait aux rè^lemenls était impitoyablement chassé du sein de laConfrértei si après des admonitions réitéréesil n^abandonnait pas la débauche et la dissolution^
Ud écrivain partage en deux classes les confréries : la première composée do per- sonnes pieuses et charitables, ayant à cœur le soulagement des pauvres, et pour but l'exercice en commun des devoirs prescrits par la religion, la protection et le dévouement ft l'égard les uns des autres, tous les habitants d'une ville, quelque fussent leur rang, leur Sexe» leur état^ pouvaient en flre meinbreôi — La seconde ctusse renfermait les*contréries
« iNTnobiîCTio:i.
ptr les individus d*un mému coq>s d*art et de métier, dais le but de se dëfeinlre mu* tuelletneot et de feiller nu maiotien de leur prifiiéges. La seconde classe des confréries, a droitdecîté dans notre livre» puisque la seconde comme la première se mettaient sous le Toeable de quelque saint, et que leurs statuts portent eu eux un reflet de la morale du cbristianismeé
La fondation de ces sociétés religieuses était soumise k la sanction de Tautorilé ecclé- siastique. D*après les règlements des conciles et les décrets des papes, c'était un droit résenré aux évêques d'ériger ou de supprimer les confréries, de modifier ou d'en rejeter les statuts. En 160^ Clément VIU déclara nulles toutes celles qui n'auraient pas obtenu Tautorisation épiscopale.
Les princes et (es rois s^arrogôrent aussi un droit de sanction k leur égard (I). Ce fait résulte du quinzième chapitre dn livre des Libtriét ûallieanei^ d'une déclaration rojaie de 1659 et de plusieurs an^ts cités dans les IMnoires du clergé^ et notamment de l'édit du mois d*août i7i9 oit il est expressément déclaré qu'aucun établissement de ce genre ne peut sabsister, sans le consentement par écrit du monarque ou de son représentant. Un pou- Toir si illimité, se laissa facilement aller à l'arbitraire, de là des luttes, des procès qui jetèrent le désordre au sein des confréries indociles qui refusaient .aux princes et aux évéques un droit si exagéré. 11 existait aux Quinze-Vingts, à Paris, une confrérie de Saint-Sébastien et de Saint^Rocb, remontant à plusieurs siècles, ce qui était pour elle un sujetd'orçueil. Unequerelle grave s'étant élevée dans son sein le roi y intervint, et malgré les plus vives réclamations^ elle fut supprimée par un arrêt du partemeot. (1732.)
Les confréries légalement établies et approuvées pouvaient posséder en corps, les biens acquis, recevoir les offrandes des fidèles, en ayant soin de se conformer aux formalités introduites dans le royaume, pour les possesseurs dits gens de main-^morie.
La police intérieure et extérieure des confréries, rentrait dans les attributions des évèqoes. Par le cinquième concile de Milan il leur est recommandé de veiller à ce que dans les assemblées, les frères ne discutent point sur les dogmes, ou matière de foi, ne lassent des discours séditieux, ou no célèbrent des oflices particuliers pendant ceux de la paroisse. Le même concile veut que toutes les confréries soient soumises au curé ou h tout autre prêtre placé par les évêques et qu'il en soit pour les confréries des menas* tères comme pour celles des paroisses.
Dans la célébration de leurs offices, les confréries ne devaient jamais usurper le sanc- tnaîre ou l'autel do chœur. A ce sujet le concile de Bourges fit, en 158i, les plus sévères
Crescriptioos. En 1609, celui de Narbonne défendit de conserver le Saint-Sacrement dans I chapelle des confréries, plusieurs autres conciles, entre autre celui de Sens en 1528, dé- fenJent de payer aucun droit de confrérie, ni d'exiger aucun serment delà part des frùres ; cependant un droit variable, s'élevant à cinq, dix, quinze, ou vingt livres était gé- m*ratement exigé pour les frais de réception, plus une perception annuelle de plusieurs livres ou seulement quelques sols pour Tentretien du mobilier de la société. Ce petit pécule s'augmentait encore des amendes dont chaque membre était passible pour déro- gation aux statuts, désobéissance au prévôt, absence aux offices , oti refus de se joindre è.ux cérémonies, soitjoyeuses ou funèbres. Par suite de son omnipotence, Tévèque con- £«aissait de la quantité et de l'emploi des revenus. — S'il remarquait chez les frèresdes maU rersations scandaleuses, il les traduisait devant son officiai; s'il voyait que, par esprit d*avariceou de Sésinerie , ils ne voulaient pas acheter les ornements convenables au culte de la société» ni donner aux chapelles le lustre digne du respect dû à Dieu, il les y con^- traignait par une sentence sévère sous peine d'interdiction. Bref Tévêque avait sur les sociétés la juridiction la plus complète pour veiller au maintien de Tordre, tant au spi- rituel qu'au temporel.
Leur administration était remise aux mains de plusieurs officiers choisis parmi tous les membres. Chaque année à l'époque de la fête patronale, on se réunissait è l'église, |K)ur entendre une messe du Saint-Esprit : puis, âpres une exhortation du chapelain, il était procédé à l'élection d*un prévôt ou échevin, des conseillers, d'un collecteur, d'un clerc et de frères servants, qui tous avaient des droits et des devoirs particuliers.
La charge de prévôt ayant beaucoup d'importance, occasionna souvent les sourdes menées de Tambition, et le vote fut acquis au poids de l'argent. Rarement on vit refuser eette dignité : aucun membre ue pouvait se dbpenser de la gestion des affaires de la so- ciété. Immédiatement après son élection le, prévAt recevait les hommages de tons les frères qui le conduisaient solenuellement à sa demeure. Le chapelain escorté des enfants de chœur et des officiers de l'église, lui portait, en signe de prise de possession, la croix de la confrérie, les bougies anciennes et nouvelles, les registres de délibérations, et le coffre contenant les deniers, les titres de propriété et les bulles de fondation de la com- pagnie. Ce coffre fameux se fermait à triple cadenas, dont les clefi restaient entre les mains de trois des principaux membres, qui pouvaient seuls l'ouvrir conjointement avec le prévôt. A ce dernier seul il appartenait de convoquer les frères soit pour tenir des assemblées, soit pour élire de nouveaux membres, ou enterrer les défunts. • Aussi, di- sent les statuts, il doit connaître tous les frères et sœurs, leur nom, suruom et demeure;
i\) Peur les corporations (Nroprcmcnt dites, c'était le roi seul qui accordait les statuts.
^ l2<TUODtJCTI0.V« 98
iiivis en retour, tout membre doit au maître prévôt honneur, respect et révérence. » Le prévôt présidait au buffet de Téglise, marchait le premier dans les processions, et si- Lnait toutes les correspondances de la confrérie avec les magistrats. Des droit nombreux et d*ample3 honneurs étaient donc Tapanage de la charge de maître; mais en revanche, ce n'était pas sans qui! y fAt pour quelques frais. Il devait au frère servant, au .«acriste et au bedeau des rémunérations pécuniaires aux principales fêtes; aux confrères un dîner le jour de son élection et à la fêle du saint : plus, des gratifications à tel clerc et valet qui avaient bien mérité de la confrérie.
Après le prévôt venaient les conseillers qui l'aidaient dans la gestion; le collecteur qui recueillait les deniers à Téglise et è domicile, le clerc chargé de porter à chaque mem-* les lettres d'invitation ou Tannonce de la mort d'un confrère, finalement les frères ser- vants qui remplissaient les fonctions manuelles que le service pouvait réclamer. Les de- voirs au clerc de la confrérie sont indiqués en ces termes dans un ancien registre du parlement do Normandie t « Il doit honneur et révérence au prêtre chapelain de la frai- rie, au prevost, eschevins et à tous les frères, il doit seraondre tous les frères aux messes solennelles et messes du moys sous peine d'amende. Semblablement en la «chapelle doit parer, alumer le luminaire^ vestir son surplis, tenir Toffrande, reployer les veslements, et mettre au coffre, il doit parer le buffet quand les maîtres lui commanderont; avant de siéger, il doit aller devers l'eschevin nour chercher les papiers, faire le luminaire, et y seinondre (convoquer) ceux que Tescnevin lui dira, avertir celui qui est pour faire le pain benoisl, à peine de le payer, et aux corps trépassés, semondre les serviteurs d'aller A l'Ë- glise, vestir son surplis. » Le moment où, sa gestion terminée, le prévôt perdait sa di- gnité, ne manquait pas d*une certaine solennité. Nous laissons à cette occasion la parole à M. l'abbé Charles Ouin-Lacroix. — « Au milieu des vêpres, quand les chantres enton- naient te cantique Magnificat^ tous les frères se levaient et en poursuivaient le chant avec entrain, fixant de temps en temps, avec une sorte de joie maligne, leurs regards curieux ^ur le maître dont parfois le front était assombri parla pensée de sa ruine prochaine, puis au fameux verset, où il est dit que Dieu renverse les superbes pour exaller les humbles» au mot Zh?po«ut<, une bruyante rumeur parr.ourail les rangs de l'assistance entière, le maître déposait les insignes de sa dignité, sa gloire s'éclipsait, il quittait sa place d'bon* neur et regagnait le banc commun de ses frères. Le nouvel élu, au contraire, sortant de Tobscurité, était conduit avec pompe à la première place, tandis que ta cloche lancée à toute volée, annonçait au loin I installation du grand maître de la confrérie. Ce spectacle de la chute de l'un et de l'élévation de Tautre, devait en vérité inspirer au moins nhilo* soplie des spectateurs, quelques réflexions sur les vicissitudes humaines. » Hélas I a pro- pos des vicissitudes humaines, nous en avons un grand exem[)le à l'instant où nous écri- vons (janvier 1852).
Avant de terminer ce paragraphe, un mot de l'époque du premier établissement des confréries religieuses. Mgr Jean Bouvier, dans son Traité des Indulgences^ etc., pense que le premier exemple do confrérie que Ton rencontre dans l'histoire, ne remonte pas au* iMh de 1267, époque de rétablissement de l'archiconfrérie du Gonfalon à Rome» — Nous rroyons que Mgr Bouvier s'est trompé. En effet, nous aurons occasion de -démontrer à l'article de Sainis ipotrbs (Voir ce mot) que dès les premiers siècles de TÉglise, il y eut des confréries établies. Ici encore» nous pouvons invoquer l'autorité du savant Muratori, il dit : « Si Odorico Raynaldo, in anjial. ecclesiast. mgclxvii. nuin. 83, tidein habere volu- mus, primum laicorum sodalitium, cui vulgo nomen coufralernitas nomen, nubuin Rom» est in eodem mcclxvii quo institula fuit sodalitas Sanclœ Mariœ del Gonfalone^ et aut'tori- tete démentis IV, Papœ coufirmata uti ex ejus bulla constat, in Bullario Romano, Hujiis subdit ille exemplo condita alia pro sodalitia et a summis Pontiticibus accendendœ l'ietaiis ergo apnrobata et comprobata fuerunt. in eadem sententia anlea quoque fuerat Thomas, Rosius (lib. IX De signis Eccles^^ cap» v) ubi hujus laudati sodalicii,auctorem iiobis quibus ethibet sanctum Bonaventuram eximium viruin, atque inde cœtera pia sodalitia exeiuplum cepisse.
mSed ii longe a veritate abeunt ut ut dicere velimus» primam non in urbe confraternilatem
coaluisse :attamenorbe Christiaua instituliam certum futurum nobis est Magnus
quoque cardinalis Baronius visus et sibi invenisse Romœ anno dgcgxgiv sodalitium plu- rimoruni sacerdotum inler quos et epi$co()i oonnulli, ad hoc ut post obilum singuli cou- aod^iliuin sacrificiis juravêntur....... Alla.... exempla prœcessere, vel ab ipso Mabitlonio
icidîciita adannum dcgclix, in Gallta,ubi inter episcopos, aut sacerdotes, aut monachos fœdus initum est de missis celebrandis, aliisque pietatis operibus peragendis pro deluu" ctorum requie(â).i» — Hincmar, archevêque de Reims au ix* siècle, parle des déréglemeiits qui régnaient dans les confréries, cela suppose donc nécessairement qu*il en existait* Voici ce qu'il dit « Ut de coltectis, quas Ueldonias, vol confratrias vulgo vocant, sicut jain verbis monuimus et nunc scriptis expresse prœcipiiuus , tantum fiât quantum ad auctoritatein, et utilitatem, adque rationem oerlinet. » (Ladbb Conciliorum^ t. V. page 572.}
f^ ÀHtiqmlatct italicm, totti. VI, in folio»
k.
iNTilO0UCTIO5l. 90
S 11
Abus MroduiiM dam 1rs covfrérir». — Esprit de hitif et de cahaiê. — Ptocii et téHt tf«
dtlmination. — Intrigue* pviitiquei. — Fétet et banquets.
C*est une opinion même assez généralement rép^ndne de nos joars qne les confréries; n'étaient le plus souvent que les prétextes .«pécienx de réunions peu en rapport. Des' hommes, connus par leur haine et leur opposition contre le christianisme, ont dérersé le ridicule sur ces instilbliotis respectables. — Que des abus soient survenus, nous ne pouvons le nier. Mais ces Abus unU-ils été aussi grates et aussi nombreux , que certainsj esprits frondeurs se sont étertués è Tafflrmer? En dû mot, ces excès sont-Ils tels, que la. suppression totale des confréries soit chose i approuver, et qu'on n*ail rien h regretter df>j lenf existence ? nous n'Oserions TafBrmer, disoos^nous, avec M. l'abbé Ouin-LacroixJ Nous croyons plutôt que ces abus et ces excès ont été démesurément grossis : car, comme! on ne le sait que trop bien» r'est le propre de l'esprit d^adgmeâter le mal au détriment da' bien. Quoi au'il en soit, essayons d*en esquisser ta fidèle peinture. — Animées du zèle ardeot que aonne la fbrvetlr primitive» ces sociétés, è leur Origine, ne montrèrent aue des exemples de vertus et de dévouement. Les membres ne s'unissaient que pour s édifier mutuellement ou pour se soulager dans leurs besoins. Mais peu k peu par un fatal entraî- nement trop naturel à l'espèce butaiainë , peu è peu se refroidit l'ardeur des premiers jours, la tiède obserrance des statuts dégénéra en transgression, et de le, une foule d'abus. Les places d'bobndur à l'Eglise devinrent tlne occasion permanente de luttes ambitieuses; les processions , un prétexte de démonstrations vaniteuses ; le!$ réunions une source de dissolutions , quelquefois de rixes et de complots politique!». Voici comment uri cdiicile de Rouen , en 1189 , s'exprime à ce sujet. « Les confréries qui se sont établies par piété sous le titre de charités^ nuisent beaucoup aux fidèles, en dérançeanl Tordre ordinaire des luises ; elles introduisent dans les esprits un désir inquiet de domination , et une sorte de fanatisme. On élève dans chaque église autel contre autel, on oppose sacrifice à sacri- fice, prêtre k prêtre, paroisse à paroisse; nous ne croyons pas cependant devoir les abolir^ parce que an fond on y pratique de bennes œuvres, et qu^elles sont dlilcs dans les cala* mités publiques; nods désirokis seulement en réformer les abbs. » Soutenues et encod- ragées par l'assentiment uiliversel, les confréries s'établirent en une multitude de localitési Ce lut d'abord avec l'autorisation de l'évèque et le concours de la puissance temporelle; mais peu à peu, emportées par une hardiesse coupable, elles tentèrent de secouer le joug des deux puissances, et plusieurs se constituèrent » sans autre formalité que la décision de quelques fondëteurs, moins avides de vertus que de renommées. — La royauté réprima éiiergiquement cesaudacieut empiétements, et en plusieurs circonstances elle rendît de rigoureux décrets contre les auteurs de ces entreprises. Les parlements» de leur côté, secondèrent activement les efforts d'opposition des princes, et l'histoire fournit plusieurs 4fxemples de suppressions de confréries ordonnées par divers parlements. Par ces suppres- sions , dit l'abbé Ouin-Lacroix , on se proposait ud double; but : d^abattre l'esprit a*indé- pendance affecté par ces sociétés, et ensuite d'empêcber la multiplication excessive de ces compagnies que le goût de l'époque rendait de plus en Iplus nombreuses et en même temps plus impatientes du frein imposé par les princes et les évêques. — Cette idée que nous exprimons est lûonfirmée par le passage suivant, extrait du Reentii det Loit^ de Louis de Héricourt, atocat au parlement : € Il est trai, dit-il, qu^on tolère les confréries qui se bornent k s'assembler dans l'église pour réciter des prières et entendre des instructions , assister aux offices, participer aux sacrements; mais quand elles se mutinent, quand elles scandalisent et prétendent s^arroger des droits, des honneurs, des préséances dans le sanctuaire des églises , les gens de loi ont de légitimes raisons de s'enquérir de leurs titres de fondations, et si elles ne les produisent pas, de les interdire et abattre. Agir de cette façon leur donnerait une leçon sévère , et une seule confrérie ainsi supprimée ap-»
rendrait aux autres k se contenir dans le devoir. » — ^ Un autre motif qui excitait encore Un plus haut degré la constante vigilance des princes è l'égard des confréries , c'est que souvent quelques hommes en usurpaient le manteau sacré pour couvrir des manœuvres politiques. Dès 1212, Simon, comte de Hontfort, crut devoir faire des règlements rigoureux pour prévetair cet abus. « Nuls barons , dit son décret , t)ourgeois ou ruraux soient tant osez de faire en aucune manière, obligcduce par foy ou serment, en aucune conjuration, même fo«f prétexte de frérie ou autre bien, ce fui est souvent mensonger, si ce n'est du consentement et vouloir dudit seigneur, et si aucuns sont prouvés avoir ainâi conjuré contre lui^ ils seront de leurs corps et biens en son entière puissance. Mais si n'est contre ledit seisneur, alors les codjurateurs payeront seulement dix livres, si l>aroos, cent sois » si chevaliers, soixante sols, si bourgeois, quarantesolsetringt sols si ruraux.» — En 1306, Philippe le Bel ayant entrepris d'affaiblir le titre réel des monnaiesdanslebutdeseprocuref de l'argent, ilyeutàParis unegrave émotion populaire, à la tête de laquelle figurèrent avec intrépidité, les maîtres d'une conrrérie de ta Vierge. Indigné, le roi suspendit d'abord la ccmfrérie, mais la puissance des chefs faisant craindre un plus grand mal, il ne tarda pas è la rétablir. — Kn 13S8| Charles V» accordant uue amuistio meutionuo parmi les séditieux
51 INTKODUCTiaiV. 98
aiiiquels il pardonne, les membres d'une confrérie : « Je îcnr pardonne , dlNI, d'avoir failf par manière de monopole, une grande compognie appelée frériedu Noire-Dame (voir ce mol), en laquelle ils faisaient plusieurs serments, convenances etaiiianees contre nous. » Les confréries ne causèrent pas moins d*alarme$ aux évAques qu'aux rois. De là les nom- breuses et rigoureuses prescriptions desconciles et des tribuDaui,deson]ci»lilés diocésai- nes. Règlements, sentences, rien ne fut oublié parles prélats pour arrêter les envahisse* inénts ei les usurpations de ces compagnies souvent suspectes (3).
' (3) Nous avons cru utile de réunir ici dans une note les prescriptions des divers eoneik*s q«i se sont occupés des confréries : cela nous paraît d'autant plus raisonnable, que ces fragments so retrouvent difl&* cilement au milieu de ces immeuses collections ijui renferment les actes des conciles :
CoNCiLiUH RoTHOMACENSE. (an. 4189) — Art. XKV. — Sunt quidem tum clerici, tum laici liujusmodi ineuntes societatero, ut de caitero quibuslibot causis vol negotiis mutuuni sibi prxstans auxilium, ccrtam in eos pœnam statuentes qui coulra hujusmodi veniunt constitulionem* Et quoniam liujusmodi sociclates S. fralrias circa personas utriusque ordinis, canonica detcstatur scriptura ; co quod eoruif» obscrvantia usque âd crimen perjurii perducat ne aniodo fiant aut, si facta fuerint, ne obscrvenlur, sub intenninalione analhematis prohibenius. (Ladbei. Sacrosancla concilia^ lom. XI, p. 585, édit. VencK.)
CoaciLiUM MONTis Pessulanense, (an. i214). — Art. XLV. — Si confralri;» fiant, nisl de valuntato douiinorum locorum et episcopi qui proptcr conjuraliones et conspirationes qtia; eonfialria; vocanlur iti civitalibtts villis, quandoquc multa discordi;e matcria suscitaUir; praesen» synodus subranathematis inlev^ minatione couslituil ut in civitatibus villis et castris non fiant de ca:tero coufialrise, niai de voluuiale do> minorum locorum ipsorum et diœccsani episcopi, proplur urgenteni Hecossitalem t-t evidenlem uliliiatcii» idfial. Deiiis autera confralriis quae baclenus faclœ sunt, et de quibus ((uerelani audivinins, caiisn^ cognita, quod jusluui fuerit faciemus. (Ladbe. Sacrosancta conciliât tom. \1, pars i, col. 11G, edit. Paris.)
CoNCiLiiiii ToLOSANUM, (an. 1229). — Canon XXXYIII. — Ut nullse conjuraliones seu confralrias fiant iiv- hibenius etiam ut barones, castellani milites, dves, burgenses, seu etiam rurales, conjuraliones, colliga- tiones, confratrias, seu alias quascunqnc obligationes, lide vel juramenio seu quulibet alia sennaniia inlerposita facerc non pnesuraaut. Quod si fecerint, baro in centuni libris currciiiis nionet;e puniatur, castcllanus in 8exap;iHla, miles in quadraginUi, civis Vel burgeusis in vi^'iiili cl ruralos in ceniuni solidis. Si quas vero conjuraliones vel colligalioncs usque nunc facUe suiil, eas deccriiinius irritas ot inajics; staluentes ut onines abjurare l^neantur easJem. (Sacrosancla concilia^ lom. XI, p,. i, cul. 455.)
CoNCiLiUM APUD Casipii«acum, (an 1258). — Canon XXXI. — Ne laici absque iicenlia diœcesani conslî- tuant confratrias conjuraliones vel conspirationes iaicoruni, quibus inlerduni nomen confialernilnlis; ini- ponunl, impielalem pallicantes sub noniine pietali:^, omidno fieri probibenius. Undc slaliiinius, quini nulla fiai confralernilas Iaicoruni sine aucloritale el consensu dicecesani ejusdera loci, quod si faclun» fneril, tamdiu excommunicentur ipsius auctores, donec eadem fralernilas vclul inipietalis colligatio peni- lus dissolvatur. (Coitct/., C4)l. 5Gi.)
CoNciLiuii BuRDEGALENSE (au. 1255). — Canou XXIX. — De slatulin confrateriarum. — Quia conTraleria- mm usus ad pias causas invenlus, proptcr quorumdam maliliam laicorum Iraliiiur in abusum, duni sla* tula illicila slalnunt, quibus enervarc inlendunt ecclcsiaslicam libertatem, el antiquoriiai bonas et pias consuetudines abolere, circa cam. Laicos suos qua:dam illicila et machinaliones qu:e obviant pielaU» idcirco pra'senti conslilulioue pi'oliil»cmus, ne confraUes alicujus con Ira terni la lis coniîlem vel couiitcs eliganl, vel escant de caetero absc^ue expresse consensu et volimlate sui capellani :
aXX. — Uem, De êtatutis conirateriarum : Iiem probibemtis ne aliquis vel aliqui comités el confratres alicujus conrrateriae aliqua edant vel slaïuant slaluta, nisi quapi ad faibrcam vel luniinaria «'cclusise vel librorum seu aliorum ernamcnlorum, seu veslimenlorum, seu ecclesiie factionem seu refeitionem, perlinere uoscanlur, vel ad sepulluras vel vigilias, seu ad aliud oflicium defunclorum vel ad publicarum viarum, seu privatorum, seu cœnobii exemplioni, vel separatio in pontium (Voir Frères pontifes), vel cusiodijim parentom aegrorum, vel inimicorura aniroalium seu pecudum, vel ad arcendam ab agris inundalioneHi fluminum, vel aquarum, vei ad lupos^ vel ad alias pestilentias uocivas profugandas, vel ad eleemosynas collij[;eudas, et reiicta seu data a vivis seu defuuctis, qux consilio capcllanî loci, in usus ali(|uos deticta fuerint, sivedata, seu in alios pios usus, sic relinqueutibus, vel danlibus non fueril dilEnitum, espendi volumus et mandamus. Si pia alia vero statuta fecerint, non observent; inio de capitularibus suis abradi faciant inira mensem, alia allerius non facturi, sine aliqua speciali permissione prjebti, ne in observatione prae/nissorum dolum faciant sive fraudem.
Yerum volentes per comités el confratres causam cavi, et carregia ulterius fieri prohibemus , nisi îpsa oarregia pertinuerint ad pr^missa» quae eis snperius expressa vel concessa sunt, nisi ad communetn utililateoi aliquo fecerint de concilie capellani. Sane quia juslum est, ui quos timor Dei noii revocat a nialo pwnitentia coerceat a peccato; volumus ut transgressorcs bujus consiitutionis, nisi realum suuni purgaverint, intra mensem post pul>licalionem ipsius faciam, duobus diebus dominicis, vel feslivis, ex- comniunicalionis nolaro incurrant. Cujus constitulionis volumus quod singuli capellani balieaiil transcris puim, et cam publicent in ecclesiis suis, sicut superius est expressum. Actum anno Domini miilesimo diicenlesimo quinquagesimo, quinto, id. Aprilis. (ibid,, col. 744.)
CoNCiLiUM AvENiONKNSE, (au. 1282). — Canon. VllI. — Ul colUgaiiones et confratriœ non fiant, — Quia vero colligaliones, socielales confralri», seu conjuraliones, quocunqucnomiiie censeautur, reprobata) no- scnnluT a canonibus, et humanis legibus introducue, el conslitniionibus conciliorum faclorum per légales apo.Holtcâe sedis in partibus et provinctis islis, et oninino cassaUe, el sentcutia eicommunicalionis iota. Cautères; ideo nos approbatioiie et asseusu pnescnlis coucilii, priedictas factas et faciendas in posle- rum conjuraliones, colligaliones, soeietales, clericorum regulartum, cujuscunque ordinis , sialus, co;idi- tiouis existant, in nostra provincia aralaleusi, ubicunque el civtlalum et casirorum baronum el omnium aliorum existenlium in civitatis, villa; domino ecclesiaslico subjectis contra statuta cauonum, et conci- liorum facta relaxantes, dissolvimus et cassamus : decernentes sacraraenta pra^lita, et pr;Bdicta obser- vanda, illicila a quibus eos qui hujusmodi sacramenia prxstiteranl, absolvimus et pro juramenio in caute pnestito seu itiicito volumus ut a coiifessoribus suis pœaitenliam recipiant salularem. Et ubi infra 'iecem dies post publicaii >ncm praeseniis slatuii se ad iuviccm absoiveriut, denuntientur auctores, fau-
n INTRODUCTION. 54
Malgré tous ces décrets , tous ces règlements , plusieurs confréries n*on continuèrent pas moins à s'élablir sans autorisation ,dé,iensaient fillement Jears revenus^ se révol- tant contre les injonctions épiscopales et curiales : elles employèrent même la violence en plusieurs circonstances. Ainsi pendant l'office divin» et sans respect du lien, quelques frères grossièrement insolents saisirent à la gorge un officier d'église que le curé avait f>nvojé pour rétablir l'ordre troublé par leurs mutineries (fc). Ce qui est surtout déplo- rable» cest que non-seuleraent la discipline extérieure fut méprisée et violée : la morale elle-même eut è souffrir de leurs excès. L'orgueil et le désir de paraître sont si naturels
ciores, traclores, defensores, et fidejussores prorsus obsenrandis excommanicalî : Et frequenler haec dissoloUo eicommoRlcationis senlenlia per pra*la(09 in suis dioecesibus, in suis synodis, dîebus feslivis et sotennibos* pubiicelar et faciant per subjectos sibi praelatos vel pnesbyteros publicari. {Saerosancia cùmeiHa^ lom. XI, p. i, col. 1178.^
CoHCiLiOM VAVftEiSEiiii (ao. l368).Canon XIV. — De non tonlrakendh cotligationibus^ rvlgariter societates mrnnfwpmiU et ée jppà» earuméem. llcni qoîa ex ptavo abiisu in quibusdam provinciarum noslraram partibus inolevii quod Dobiles|^eniBiqaeei ijilenlam alii colligatîones societates, et conjorationes faciuni lain cano- nicis qnambumanislegibus interdictas, seniel in anno, sab confratrixnomine, se in loco aliqoo congregan* tes^abi congregatJones, conventîculos, et colligalioDes faciunt, et pacte juraroento vallau ineont; quod se adversus quoscumque, pneterquam dominos sues, ad invîcem adjuvcnt, et inlerdum se onines veste consi>> mili emB aliquibas signis exqoisiUsvelcbaractcribusinduenles, onum majorem interse cligant, cul jarant •B ooMiîbos obedire, ex quibôs justitia offendilur, mortes et damnationes sequanlur, pax et securitasexu- lantor, lanocenles ei inopes opprimantor, et ecclesix ac ecclesiaslicae persona;, quibus taies oppido suiu fji/bli, io penonis,rebn>, juribus et jurtsdietionibos injurias diversas et damna plurima patiuntur; nos ▼deoies ils ansibos pesliferis et conatibus perniciosis exemple occurrere et de rcmi^io possibili prcn i^ dere, cl a peccato subJitos uostros, pro ut et pastoral! iucnrobit offido, ailiibeie ; auctorilate praesentis coocifiî orones conveniiculos, colligaliones, societates et conjura tîones, quas coiifrateniilates vef confra^ trias appellant, ab olim factas per clericos vel laicos eujuscunque gradus, status, dignilatis vel conditiuitiii exHlant, nccnon praedictas conventiones, ordinatioiies et pacta inter eos iniia et babita, irritarous, dis- s«4vians et cassanius et cassas et cassa irritas et irrrita nuntiamus. llecernciites omnia juramcnta SH]M*r ofeeervandis praxlictis pra»ttta aut illicita, aut temeraria ; nnlluro teneri volumus ad observantiani ro - JVBdem ; a quibus juraroeutis eos etiam relaxamus, ut lamen pro in caulo saeramcnto a suis confessori- bas pœnîtentiaro suscipiant salutarem ; autorilate praedicla prohibentes eisdem, sub excommunicatif mis pœoa» qiiam vciiientes in contrario postquam pnpsens statuium in eecle<^iis, quarum sunt parochiani, iii«rit per duos dies domînicas publicatum iiicurrerc Tolumus Ipso facto, quod occasii.ue pnediclaruni nilligaliooum, societalam, conventionum et juramentorum ab inde in antea simul non conveniant, bu- jasroodi confralemitates non faciant, alter afleri non obediat ncc pncstet adjutorium iiec favoreni , ncc vestes* signa rei jam damnât» prxbentes, déférant; nec se confiatres, abbates, priores pncdicta; sociria- ta» appdbBt; qvin imo infra deeem dies a tempore dictx publîcationis, unus quisque, alios quautism est ÎB eo, a praèdictis juramentls rdaxet, et se noUe de praedicta societate alterius existcre pubbce pro« lestelor. Probiberous ctiam,quod a noniine confratrix, non fiant, alioquin et de facto aitentatas cassainus n îrritaroas, et facienles et auentantes eicommunicationi, a qua nisi per suum onlinarium, pnHerquam la Biortis articule, nullatenus absotvantur, volumus subjacere. Per boc auieni ciinfrateniitates oliui in bo- nereoi Deiet beats Mari», etalionim sanctorumet pro subsidiis paupcrum inlroiliiclas, in quibus con- juratîones et juramenta non intervcnerunt bujusmodi^ noo Inlendinius reprobare. (Sacrosaucta concilia, <. XI, p. n, col. 1957).
CosiciLiCH BiTimiCEisc (an. 1328). — XYI. — Item sUtuit quod confralemitates non erigantur incon- anllo onlinario, nec liant sumptus immoderatt, prxeipue conviviorum, competatiouuni, eliorearuni, etc. Ilonvertanuir pdius pecani» confratrum, in pios usus. Ilcmque contractus facti et usurarii pretentiO praDdictamm confratemiutnm non contrahantur. {ibid, t. XIV, coL 4i8.)
CoMiiLiUH SESO!fC!isc, (an. 1528). — XXX. — Cum ex multîplicatione confrairianim, sa>pe monopoli» oriri coDtingat, et qu» in usus pios consumenda sunt, in crofmlam converti videautur ; siquideni dies Testes confratriarum, non aliter se confratres digno celebrare putant, nisi comcssaiiouibus et ebrietatibus desserviant sacro approbante concilîo, sub pœna excommunicationis inbibemus; et aliqui, cujnscunque status exstiierint, confrairias erîgere, et de novo instituere, sine episeoporuni expresse conseiisu et approbatiene amk^L Anliquas autem, quas per episcopos inslitotas aut aliier approbatas fuisse coiistî- lerit ioierûmuê. Omnem bacidorum delationem coniratribus et aliis quibusconque, um extra quam intra ecdesiam, necnon conventiculares comessationes , maxime dîebus ie»tis illarum confratriarum et ex de- nariis eorumdem fiendas seu solvendas, sub pr»dictis pœnis prohibentes. Ordinamus insuper, qnod quan* turo ad antîquas coufratrias auinet, teneantur confratres, seu procuratores infra sex nienses a die pu* lilicatlonis prapsentiom, alferre diœcesanis, eorumve ofliciatibus aut vicariis, sUtuta, si qua babeant, et eosdem diœcesauos insiruere de modo et forma quam in eis servant; de quantitate redituum, et in quo» «oBvertant asns : ut sic justitia oiediante, quod super bis opportunum fuerit, statuatur, omniaque ad êobrietaUm et modestiam retùcentur, Alioquin, elapsis sex mensibus, ad earum annullationem proce* daiur.
Eisdem confratribus et aliis delationem calicnm^ vasorum et capparpm ecclesiasticaruro probibemus. Ilî jungentes de suffraganeorum nostrorum consenso, saeerdotibos et aliis per proviodam nostram consti-^ tatis, ne ipsas deinceps concomitentur aut illis desserviant. Ex nooc autem juramenta qo» soient pr»- slare In ingressu omnino reprobamus et cassamus ; prohibentes ne deinceps juramenta super obserratione statatorum praedicta mm confrairiaram, aut prsstentar aut exigantur. Et etiam, ubi confratri» emnt per • miss»* volnmns qaod ab invitis pro egressn nibil exigatur. Confratriaram provisores, procuratores» sea magistri ; vel gagiaiores ecclesiaram parrochialium teneantur prxstare juramenta In initie oflicii sascepti, coram episcopis aut eomm officialibos, eliganturque singulis annis, mox reddituri de recepcis ci solutis rationea. Et pecuni» qu» super erant , applicentur per eos, vel in usum reparationis ecclesi». aut caram seu alimoniam oauperum aut alios pios usus, ptout episcopns arbitratus tuerit {CùneUiorum Lamci et CossiETU t. XlV, col. 476).
(4) Ol'UhLacioix, Uiêtoire des ancienne* corporatiom cl confrériet relig», p. 425.
5B INTRODUCTION. 5«
è riiomme qu'il peut h paine se défendre de cette faiblesse dans les choses mêmes qui semblent Texelure entièrement : aussi quelques confréries se laissèrent-elles aller à des
{)rodigalités blâmables pour déployer dans leurs ornemements ou leurs chapelles un luxa iastueux et mondain. Les prévôts et les trésoriers ne voulant en rien cédera leurs defan^f- ciers on contemporains faisaient souvent des dépenses au-dessus de leurs forces, et con- sumaient dans des frais de tentures vaniteuses et de décorations profanes, des fonds des- tinés au soulagement des pauvres et au service divin (5). On n a pas oublié que nous avons dit qu'il y avait obligation de donner un festin, pour chaque membre, le jour de sa réception , et f)Our le prévôt le jour de la fête du patron. Dans rorigine, la frugalité était I« règle essentielle de ces repas, souvenir des agape$ des premiers cnrétiens : ce n'étaient alors que des réunions dans lesquelles s'oubliaient de vieilles inimitiés , tandis que des liaisons honnêtes se resserraient dans les épanchements fraternels d'un banquet, qu'ani- mait une gaieté franche et naïve : mais ce qui n'avait pour objet primitif qu'une recréation nécessaire, dégénéra plus tard en dissolutions d'ivrognerie, toujours très-graves. Hincmar, archevêque de Hheims, au ii^* siècle, parle de ces mauvais résultats que produisaient de son temps les banquets fraternels. Saint Anselme, au livre ii de 3es lettres, reproche k un sieur Qenri « de se conduire mal , surtout à Tendroit de boire, s'enivraut avec les autres confrères. »
Ces libations déréglées étaient connues de tout le monde, et dans une lettre adressée en 164V, è François de Harlay, archevêque de Rouen, son receveur de Dieppe s'excuse poliment de n*avoir pu terminer l'arrangement de ses affaires pour une cause de ce genre. « J ay esté voir le sieur d'Ësnpbse, lequel j'ay trouvé sans raison, au sujet de ce quM avait bien bu dans un banquet de fiairie (6). ».
,..,.. ab ]uiu>
Oisce omnes • , (7)^
Les abus ne provenaient point assurément des constitutions elles-mêmes des confréries: mais seulement des inclinations perverses de qnelaues membres. ]Sh ! d'ailleurs, les insti^ tutionsde Thomme ne doivent-elles pas participer de sa faiblesse et de sa fragilité : Omnis homo mendapp ; toute créature est faible, dit le psalmisle ; ce qu'elle établit doit donc par- ticiper de cette faiblesse. Tel individu fait de la bannière et de la confrérie, un étendard de •édition i tel autre prétextant les privilèges de cette société pieuse, envahit à l'Eglise une ]>lace d'honneur; plusieurs oubliant le but primitif des festins fraternels, en font des occasions de débauches scandaleuses. En tout cela, dit l'abbé Ouin-Lacroix (8), les repro? phes doivent s'adresser seulement au^ individus et non point aui^ confréries elles- mdmes dont les statuts recommandaient si expressément la piété, la sobriété, l'obéisr ^aoce» toutes les vertus. Las confréries comme \qs corporations religieujses furent abolies par un décret de l'assemblée législative en date du 18 août 1792. Cependant après la tour- mente révolutionnaire, celles qui avaient un caractère exclusivement religieux, furent en grande partie rétablies. C'est de ces dernières et de leur rétablissement dopt nous allons uous occuper dans un troisième paragraphe.
Autrefois c'était aux ordres religieux que l'on recourait pour obtenir l'érection des con* fréries qu'ils accordaient et accordent encore dans les pays où ils subsistent : mais aujourd'hui qu'ils sont très-rares en France (9) on n'a plus la même facilité. Aussi le car- dinal Caprara, légat à laiere^ se rendaiH aux supplications de plusieurs archevêques et évêques, leur adressa^^-t-il une circulaire dans laquelle il leur accordait, au; nom du Saini- Siége et en vertu des pouvoirs qu'il en avait reçus, la faculté d'instituer d^ns les églises de leurs diocèses, selon qu'ils Te jugeraient expédient, les confréries de la Sainte-Trinité
Jour la rédemption des captifs, du Sainte-Rosaire, de Notre<-Dame du Mont-Carmel, de lotre>*Pame des Douleurs» et du Tiers^rdre de Saint-François, avec le pouvoir de bénir les couronnes, les rosaires et les scapulaires propres à chacune de ces confréries, et la
évêques dans leurs diocèses respect! l gâtions de quelque nature qu'elles soient, de forcer les administrateurs des biens des dites confréries à leur présenter les registres contenant l'actif et le passif de Iptic* comptes, etc.
Ias curés ont aussi auelques droits à l'égard des confréries : on peut )k cetfe occasioii consulter le Traité de Mgr ^uvier, p. 288-89.
(5) Ooin-Lacaoix, tcfco nfafo, page 426 $7 c.
[6) OuiN-LicROix, toc, cif, 11) ^iRGiLii jEneid, n. [Si.Ouia-LACRûix, /oc. ctf. [9) Depuis une vingtaine d'années cependant nous avons la consolation de voir «urgîr quelques établis-
aeioents de ce genre : nous avons notamment à citer Tordre de S. Dominique qui semble destiné à re- prendre son ancienne illustration et qui compte parmi ses membres des hommt*s iUt prtMuicr uién)^* Toiil récemment, il s*esl monté à Paris un couvent de religieux de l'ordre de Sainl-Kranvois
97 INTRODUCTION.
S lu.
De$ eorparaiîofu éTarit et méhen en général. — Lntr antiquité. — Organisation indH9trielle. — Siatuii. — Caractère religieux. — Intervention dans les luttes politiques. — Traits généraux.
Les corps d*arts et métiers, dont les artisans durent se fraclionner en autant de catégo- ries distinctes oii'ii existait de professions di?erses, se rencontrent étiez presaue tous les peuples. H. A. Granier de Cassagnac, dans son Histoire des chsses ouvrières et bourgeoises^ noQS les représente sous Salomon parmi ceux qui bâtissaient le firaeux temple de Jérusa- lem]; sous Thésée, lorsque fondant Athènes, il dirisa les haL>itanls en nobles, laboureurs, artisans ; sous Nuroa et tous les législateurs romains, qui, sous le nom de collèges, avaient organisés en classes régulières tous ceux qui exerçaient un même état, depuis» les forge- rons* les agriculteurs jusqu*aux bouffons de théâtre. Horace parle des collèges de bateleurs et de pharmaciens :
Ambajanim eoUegla, pharmacopola;.
A l'époque des désastreuses inrasions des liartiares, ces corporations industrielles dis* paroreot, emportées par la même tempête qui renversa Tempire romain auquel elles deTaient leur organisation. Elles commencèrent à reparaître vers le nii* siècle. Dn oapi* liriaire de Charlemagne de Tanné 800 ordonne que la corporation des boulangers doit être tenue au complet dans les provihces. Do édit de Fiestes, en 864, mentionne des disposi* llooft relatives au corps des orfèvres. Le magistrat chargé de la police des artisans et du gouveniement des corporations des marchands reçut dès ce temps le titre orgueilleux de roi des merciers^ nom générique donné aux commerçants (10).
Elles prirent dès ce moment un accroissement rapide, acquirent une importance qui leur avait manqué dans toute l'antiquité, en Grèce ou à Rome. Appuyant leurs bases non plus seulement sur Tindustrie, mais sur la religion et même sur la politique, elles devin- rent (11) religieuses, par le règlement de la confrérie qui rappelait chaque associé à Tado- ralion de Dieu, à Tobservance des préceptes, des devoirs de la piété ; morales, pnr la vigi- lance qu'elles exerçaient sur les mœurs, la conduite de chaque membre; politiques par l^or intervention dans les mouvements populaires.
Par suite de ces divers caractères, on les appela indistinctement corporations, è cause do raltiance des artisans d'un même métier; confréries, à cause de Tesprit de fraternité qui devait les animer et du lien sacré qui les unissait sous la bannière du même patron ; jurandes, à cause du serment qui liait chacun des membres.
Pour régulariser leur organisation et assurer leur existence, elles adoptèrent des statuts particuliers, véritables codes (12) souvent trës-^îeudus, qui fixaient minutiensement la Iliérarchie du corps, les devoirs des membres, les conditions de capacité des aspirants, les obligations des compagnons et des maîtres. Des articles spéciaux déterminaient les limites de chaque industrie, veillant à ce que chaque profession demeurât constamment isolée. Le savetier et le cordonnier, le frippier et le tailleur, le rôtisseur et le pâtissier, quoique se louchant de près, possédaient des règlements distincts. Il j avait un point capital poer tous les métiers, c était le monopole ou la conservation de chaque art dans la iamîlie de l'artisan, aussi les fils des maîtres j étaient-ils admis de préférence aux étran- gers, avec dispense d'examen.
Les contraventions aux statuts entraînaient toujours nne répression sévère. Un ouvrier introduisait-il quelque fraude dans l'exercice de son métier, le prévôt ou un délégué du conseil administratif de la corporation l'admonestait, corrigeait son œuvre s'il.était possible, autrement l'ouvrage était détruit, et le coupable artisan, condamné à la confiscation, à une amende arbitraire, variable selon la gravité des forfaitures. Nul ne pouvait sortir des règles tracées par les statuts qui décrivaient les qualités , les dimensions, les formes des oavrages.
On ne saurait nier que, dans des temps difficiles, oik la liberté des transactions, des prf>- ductions, des affaires commerciales était presque nulle, ces statuts n'aient rendu des services réels aux arts et à l'industrie, en obligeant l'artisan à atteindre un 'degré déter- miné de perfection. Il ne pouvait d'ailleurs parvenir à une maîtrise sans les études prépa» ratoires d'un long apprentissage, sans les préliminaires rigoureux d'un examen , d'une expérience en présence des gardes du métier. Admis et reçu malire, il devait jurer solen* nellement en présence des magistrats, d'observer avec fidélité les prescriptions réglemen- taires de sa corporation, de ne fabriquer ou vendre que de bons et solides oiivrages. Ce serment semblait ne pas suffire à la garantie du travail autant qu'à Thonneur du corps % Vœil sévère et investigateur des gardes veillait sur lui ; plusieurs fois dans l'année il devait subir des visites inquisitoriaïest qui forcément le tenaient en garde contre les écarts de la négligence ou les tentations de la fraude dans les différentes parties de son art.
Souvent les statuts des métiers étaient rédigés par les corporations elles-mêmes, puis soumis à l'approbation des magistrats, des seigneurs ou des rois. Les premiers statuts pe
(10) A. EcROs, Le Livre de touvrier rParis, 1844 : cité dans Ocini-L.%r.ROii, loc. df., p. 8. (Il) De Foemetille, Essai sur VElal des Corporations; Le Mans, 1840. {Il) De FoRUCvitLs, loc, cit.
» INTRODUCTION. 10
revêtent qu'une forme incertaine et embarrassée ; témoin ceux des filassiers de Rouen, en 1304 ; mais h mesure que les corps de métiers s'affermissent dans la |K)ssession de leurs droits, et repoussent plus sûrement les prétentions des rivaux, leurs règlements devien- nent plus clairs, plus nets» plus précis; rien n*y est omis, chaque article exprime un droit ou un devoir. Les statuts rédigés aux xv% xvi* et xyir siècles, sont de petits chefs-d'œuvre de législation.
Soit que, dit M. de Formeville (13), les magistrats laïques ou ecclésiastiques aient pris de vive force le privilège de sanctionner ces statuts» soit que ces corporations» par la nécessité d'une protection efficace dans des siècles orageux, aient volontairement re^ cherciié l'abri du donjon seigneurial, du monastère ou des municipalités» ces statuts n'avaient force de loi qu'avec la signature des princes» des abbés, des baillis ou des mai* res. Ainsi voyons-nous un abbé d'Ardennes donner des règlements aux couteliers de Caen; févèque de Coutances» aux tisserands de la contrée; l'abbé de Fécamp, aux divers métiers établis sur le territoire de l'abbaye, etc.
Indépendamment des statuts industriels et administratifs» les corporations adoptèrent plusieurs règles purement religieuses; elles estimaient ne pouvoir jouir d'une complète sécurité» si l'Eglise ne leur prétait la salutaire sauvegarde de ses saints» si la bannière armoriée de la confrérie ne flottait au-dessus d'elles dans les cérémonies publiques. Elles possédaient à l'église leur banc privilégié; faisaient célébrer des messes, des ser- vices funèbres ; nay aient les irais de luminaire et de sonnerie aux jours de fêtes de leur patron» ou du décès d'un des confrères.
Pour reconnaître cette protection que la religion leur accordait, elles aimaient à décorer les églises» ou à contribuer parleurs largesses h leur érection. Des slalles» richement sculptées» des autels brillants d'or (14), des vasos sacrés» des ornements de soie , des verrières aux vives couleurs, attestent encore aujourd'hui dans plusieurs églises leur munificence.
A la cathédrale de Rouen, dans l'aile gauche, en montant, sur les vitraux d'une croisée» on remarque des ouvriers de divers métiers» spécialement des corroyeurs» tailleurs de pierre et sculpteurs, donateurs de cette belle verrière.
En 1466, le cor(>s des drapiers d'Elbeuf (15) donna à Tégisc Saint-Jean de magnifiques vitraux, où sont peints les attributs de leur art : une force à tondre les draps, flanquée de chardons employés è leur apprêt. Les bouchers et les porteurs de grains firent à la même église une semblable offrande» enrichie des écussons de leur métier. Ainsi Tar-» moirie des bouchers offrait de gueules à la tête de bœuf d'or» accostée de deux couperets d'argent; celle des porteurs de grains» de sable au moulin-h-vent d'argent.
A la célèbre église de Chartres ^16)» où des rois, des ducs» des barons, bienfaiteurs ut oonateurs, tigurent armés de pied en cap, ayant leur écu armorié, montés sur des che- vaux richement harnachés et caparaçonnés» des corporations de simples artisans y ont mêlé avec orgueil les emblèmes de leur profession. Ces riches verrières» ouvrage du xiu* siècle» représentent à leurs travaux des parcheminiers, des changeurs d'or» des pelletiers, des selliers» des tourneurs» des boulangers» des orfèvres» des drapiers.
Les moimayeurs (17)» bienfaiteurs de l'église du Mans» ont rappelé leur art sur les vitraux (18).
Unis par les doubles liens de la société industrielle et religieuse» les artisans se sou- tenaient par des secours mutuels dans leurs revers» leurs maladies» leurs afflictions. Les règlements leur défendaient de s'injurier les uns les autres» de mépriser les chefs du corps» de se livrer à la débauche» de blasphémer le nom de Dieu» ou de profaner les i;hoses saintes.
L'influence de ces préceptes moraux et religieux produisit d*heureux fruits parmi les membres des corporations ; car» plus ils devenaient sérieusement chrétiens» vertueux vi dtovens honnêtes, plus les règles de leur société étaient observées avec soin» la probité dans le travail maintenue ; plus l'honneur du corps entier se conservait pur «t intact.
On conçoit facilement qu'une union si étroite , si utile aux divers membres du €orps» leur donnait aussi un moyen prompt et aisé de se mêler aux luttes poli- tiques, ou de soutenir entre des corps rivaux de sanglantes batailles excitées par jalousie de métier. L'histoire de France et celle des peuples voisins nous en offrent des exemples*
A Venise» les ouvriers de l'arsenal et ceux de l'intérieur de la ville» animés par la haine d'état» se réunissaient annuellement au jour de Saint-Simon» sur une des places de la ville» pour s'y battre à outrance.
A Gaud, eu 1335» lorsque le duc de Flandre voulut charger la ville de nouvelles iropo-
(13) Loc, cit. kup.
h A) Aujourd'ui, on dit encore d'une façon proverbiale ; paré comme ua autei de f raine,
(15) GuiLMETH, Uiitoire iTElbœuf.
(16) 11. Lamglois, Essai sur la peinture sur verre, — Description de la Cathédrale de Chartres par Du)ftO!i; In-foiio.
(17) LccoLNTE -Dupont, Lettres surThistoire monétaire,,.
(18) Notes d^un voyage dans rOnest^ par P. Mériméi:, inspecteur des monuments historiques i$ France*
41 INTR0IH3CT10N. IS
Mtînns, le krussour Jncques Arteveile souleva les corps de mélicrs contre le tluc, pour <>iii|iÔGber de jiayer Timpôt. Cii 13H, dans la même cité, les tisserands et les fautons se livrèrent une affreuse bataille ; quinze cents foulons restèrent sur le carreau.
A Florence, durant les xiii' et xiv* siècles, les arts majeurs et mineurs prirent une pari active aux luttes politiques des Guelfes et des Gibelins.
Eq France, sous la régence du Dauphin de Viennois, depuis Charles V, trois mille ar« tîsans de différents métiers, ayant à leur léte Marcel, prévôt des marchands, soulevèrent Paris et se rendirent redoutables à I autorité royale.
SousCliarles VI (19), quelques corporations passent du côié des Armagnacs, d'autres du côté des Bourguignons, et soutiennent également les deui partis avec une énergie ter- f îbie. Les l>ouchers tinrent un instant le roi et le dauphin prisonniers dans un hôtel. Un écorcheur et le Uls d*une tri|Mère présidaient à ces mouvements populaires.
Sons le même Charles VI (20), h l'époque d*une nouvelle levée d*impôts, une vendeuse d*herbes, refusant de payer, ameuta, par ses clameurs, le peuple qui se précipita dans rassemblée des notables, auxquels un savetier adressa un discours trivial, tuais plein de rerve, et obtint un édit de suppression de ces subsides qui paraissaient écrasants et odieux.
A Rouen, en 1381 (2t), aussi h propos de levée d'impôts, une sédition se leva dans les rues de la Cité, les artisans arborèrent leur étendard, s*emparèrent d*un drapier, Jean Le Gras, et, sur la place du marché, le proclamèrent roi de France. En 1639, un horloger* nommé Gorin (22), homme robuste et hardi, dirigea la sédition qui elfraya Kouen pendant quatre jours. Une barre de fer & pomme de cuivre lui servait de bâton de commandemeui. 0:i la lui voyait brandir incessamment sur sa tôle, en criant d'une voix formidable : Mou^ rouj rciu, sorte de mot du guet en ce temps pour le peuple en armes. Goriii menait ses adhérents aux maisons des financiers, des receveurs d*impôts ; il frappait la |iorte de chacun d*eax de sa terrible barre, en criant : « Allons, com|)agnons, faites votre devoir. » L'histoire ajoute que, fidèles exécuteurs de ses ordres, les compagnons du fougueux horloger enfonçaient les (lortes à couj^s de bâtons, de massues ou de iiaches.
^ Ce court esposé de faits si divers fait déjà apercevoir le caractère général des corpora- tions, à la fois politique,, religieux et industriel. Toujours attentives à la conservation on à la défense de leurs droits, de leurs privilèges, elles se montrèrent faciles à s'armer les unes contre les autres par jatouàie de métier,, contre les magistrats et même contre les représentants de la puissance souveraine, si elles se vojraieut menacées d'impôts trop jiesants ou d*exactitins trop multipliées. Généreuses envers les églises qui donnaient riiospitalité à leur société religieuse, elles se plaisaient à les enrichir et a les décorer; vigilantes sur l'accomplissement des statuts, elles ne négligeaient ni admonitions, ni amendes, ni punitions, |K>ur eu maintenir la fidèle observance. Nous terminerons donc ce |iaragraphe en concluant, sans trop de témérité, que si quelquefois et en plusieurs points, «:otnine on le verra dans le cours de noire livre, elles furent nuisibles, cependant on ne saurait nier qu'elles n*aient été utiles aux arts, à l'industrie et môme à la liljerté (23).
5 IV.
Examen particulier des mUUuIs det corporations. — Apprentis^ compagnons^ aspirants à la maîtrise. — Exécniion du chefnTauvre^ réception à la maîtrise. — Nomenclature de quelques chefs-d'isuvre.
Après avoir dessiné ta physionomie générale des corps d'arts et métiers, il est conve- nable de considérer en détail les prescriptions diverses des statuts qui les réglementaient. Les apprenti>, les compagnons, les aspirants à la maîtrise, les différents préliminaires tie la récepiion dans la corporation, se présentent naturellement comme les premiers objets de notre revue.
De iBi-mème, le mot apprenti indique assez la nature des études auxquelles le jeune homme devait se livrer pour acquérir la connaissance théorique et pratique du métier qu'il adoptait. Le commencement de l'apprentissage était fixé à peu près entre 12 et iS ans, par cette raison qu*nn enfant au-dessous de 10 ou 12 ans n'est ordinairement guère capable de supporter une occupation irop sérieuse; et qu*au-dessus de 16 ou 18 ans, il est è craindre qu'il n'ait plus la docilité nécessaire pour profiter utilement des leçons du maître, ou bien qu'il ne se dégoûte d*uo Ions et difucile apprentissage.
La fiorée de l'apitrentissage, proportionnée à la diflScullé supposée pour apprendre le métier,autant qu'aumeintien de Téquilibredu nombre entre les maîtres et les élèves, com- prenait tantôt 3 ou fc, quelquefois 5 et môme 7 années. Au moment de commencer SOD
M) AxQCETiLeiMiCBCLET, Hutotrede France.
(90) AaguETiL et Michelet, ibidem,
<2I) A. CacRUCL, Uhtoirede Rouen à Tépooue communale^ U 0, cb. 27.
(32) A. FLOQinKT, BisUnre du parlement de Normandie^ i. IV, p. 721*
(2S) INjdi-Làckou, loc. cit. s«p., pag. 1-iO.
DlCT!05!l. DES CoNFflCRICS ET Conron. 3
45 INTRODUCTION l^
iDstractioD» TappreDli derail en faire la déclaration aux gardes da corps, prêter serioeijt d'obKéissance et prendre un brevet, sans lequel son temps d apprentissage était considéré comme nul et ne loi donnait aucun droit è la maîtrise. L apprenti élaît-il entré chez 6on maître « il n'en pouvait plus sortir sans Tautorisation des gardes et pour des causes graYes dont ils étaient les juges. Si par légèreté de caractère» par mécontentement ou toute autre cause» Tappreoti abandonnait la maison du maître, celui-ci devait incontinent en avertir les gardes. Si. la désertion du jeune homme paraissait coupable, on prononçait aussitôt son eiclusion du corps et Fanuulation de ses titres à la maîtrise. ' Aucun maître ne pouvait avoir d*apprenti s*îl ne tenait une l)Outique ou un atelier snr Tue» conséquence nécessaire de Tinslruction due è Télève, qui ne pouvait se former saus Texercice actuel et assidu du travail dans toutes les parties do métier; en outre, chaque maître ne pouvait en occuper au*un seul pour la plupart des métiers, ou deux pour cer- laines branches d*art plus étendu. Sans doute, que celte prescription avait pour but d*em* pécher le trop grand nombre d*apprentis qui, ne pouvant obtenir .des places de maîtres» seraient condamnés à rester toute leur vie sans emploi, formant ce qu*on appelait alors les faux ouvriers.
Les fils de maîtres demeuraient affranchis de Tasservissement k Tapprentissage, parce qu*on supposait que nés dans une profession, à laquelle ils se destinaient, ils en seraient suflTisamment instruits par leurs parents ; de plus, il paraissait juste que les pères de b- mille qui avaient servi le public pendant de longues années, possédassent comme récom* pense ce moyen facile et ce privilège avantageux d'établir leurs enfants.
Le temps de sa première instruction terminée, Télève devait encore, avant de devenir maître, passer quel(]ues années dans Texercice du métier, non plus gratuitement et sous le nom d*apprenti, mais avec des gages fixes et Je titre de compagnon. .
Le compagnonnage, institution ancienne et commune à tous les métiers était comme le complément indispensable des premières études. Les compagnons araient formé entre eux une association vulgairement connue sous le nom de Garçons du devoir; ils se liaient par des serments, se reconnaissaient à des signes, contractaient des obligations récipro- ques de fraternité et de bienfaisance qui assuraient à tous des forces, du travail et des secours dans le besoin. Lorsqu'un compagnon arrivait dans une ville, dit Tauteur du Livre de Vouvrier (S4), il lui sulDsait de se faire reconnaître pour obtenir du travail ; si par hasard toutes les places étaient occupées, le plus ancien compagnon loi cédait sa place; si un compagnon se trouvait dépourvu d'argent pour gagner une autre ville, l'as- sociation venait è son secours ; tombait-il malade, les camarades le soignaient comme un frère, mais s*il s'écartait des voies de J'iionneur du métier, ils ne lialançaient jamais à en faire sévère justice.
Un serment inviolable les rendait tous solidaires du maintien et de la défense de leurs privilèges. Malheur au maître qui leur donnait quelque sujet de doléance t ils lançaient oontre lui une sentence d'interdit, et dès lors aucun des compagnons ne travaillait pour kii. Malheur è la cité dont. les magistrats auraient blessé leurs droits 1 les compagnons en sortaient tous è la fois, et par la suspendaient forcément les travaux. Si le maître ou la cité les rappelait, il devait avant tout consentir à réparer les outrages qu'il leur avait faits.
Les compagnons se divisèrent en plusieurs sectes, dont chacune possédait ses signes, ses movens, ses mots de ralliement ; de là une source de luttes qui dégénérèrent souvent en d'affreuses batailles d'autant plus meurtrières, que les outils du travail se changeaient en armes de guerre. On vit des maçons rivaux s'ouvrir le crâne avec leurs truelles, des charpentiers avec leurs haches, des couvreurs avec leurs marteaux è pointe.
Aujourd'hui, le compagnonnage disparaît d'une manière visible ; il va se perdre dans le vaste champ des travaux des intérêts de nos jours qui, monopolisant le travail ne veulent plus oe société d'ouvriers religieux : d'ailleurs 1 esprit sceptique de la civilisa* lion actuelle dédaigne des pratiques fondées sur la foi, sous prétexte des coutumes des- potiques et souvent barbares des compagnons. Leur |ilus beau souvenir est l'usage du tour de France, sorte de [^lerinage prati(|ue et aventureux, dans lequel le compagnon ne possédant ni maison ni patrimoine, aimait à se jeter sous l'égide d'une famille adop- tive dont il portait les insignes et le mot d'ordre (25;.
Ce pèlerinage de l'artisan, généralement appelé le tour de France^ avait de précieux avantages pour l'instruction du compagnon et pour le progrès de Tindustrie. Chaque ville, chaque atelier présente toujours quelque chose de nouveau et d'utile. Comme les^ ipa« tières premières présentent de grandes variétés selon les lieux, et exigent des modifica- tions dans leur emploi, le compagnon rapportait dans ses foyers toules les découvertes ou les perfectionnements qu'il avait recueillis dans ses lentes pérégrinations par les villes et les bourgades de France. Ces voyages profitaient k l'indus^trie elle*mème. Eux seuls, 60 effet, pouvaient établir promplement la communication des lumières, former de toules les découvertes un patrimoine commun. Dans les professions de maçon, de serrurier, de
(24) Egroh, toc. eiU
(25) G. Saicd, Le compagnon du tour de Frunee, cité dans M. l*abbc Och-Ljlcroix, op, rt/., p. il*
43 INTUOOUÇTION. t«
cliarpenlier, du menuisier, de teintorier, il faut beaucoup Yoir pour bien imiter et une pratique varit^e peut seule donner une grande habileté.
Les compagnons n*a valent le droit ni d'exercer le métier è leur propre compte ni de travail- ler dans des endroits cachés, mais seulement dans la boutique du mattre. Cette prescription parait assez^ juste ; car lus compagnons n*ayant à supporter aucunes des charges delà maî- trise auraient pu fabriauer les ouvrages è plus bas prii et emporter ainsi la substance des maîtres : en outre, échappant par leur clandestinité aux visites des gardes et par consé- quent à la re^fionsabilité de leur travail, ils auraient inondé le commerce d*objets délec- tueox. Par ces motiTs, on comprend l'activité vigilante des maîtres pour arrêter les tentati«- ves frauduleuses des compagnons. Au moindre soupçon, sur le plus f<iible indice, les gardes du corps avertis, envahi.ssaient la demeure du compagnon accusé. La plus petite trace de délit, le faisait inévitablement condamner à la cooGscation de l'objet fabriqué, è une amende, quelquefois même à l'exclusion du métier.
Les apprentis et les compagnons, è l'époque des exercices préparatoires à leur admis- sion è la maîtrise, recevaient le litre d'aspirants. En se présentant pour Texamen, ils dpTaient exhiber leur ccrlincat de naissance, attestant au moins leur vingtième année, leurs brevets d'apprentissage et de compagnonnage; plus, une attestation de moralité et de probité : rarement les gardes transigeaient sur tous ces points.
Après la vérification de ces différentes pièces, les gardes du corps interrogeaient l'as* piranC sur toutes les branches du métier : sts réponses annonçaient-elles des connais- sances suffisantes, il était admis au i:hef-d œuvre consistant dans l'exécution des princi- fiaux articles de l'art adopté par l'élève.
Ce chef-<l'œuvre, toujours considéré comme la preuve la plus sûre et la plus palpable de la ca|)acité de l'aspirant, était entouré des plus minutieuses précautions. L'aspirant n'y pouvait travailler qu'en présence des gardes examinateurs, dans un appartement fermé de la Maison-de-villc, ou de la demeure du syndic du métier : personne, ni pa- rents, ni amis, ne |»ouvaient le visiter pendant l'exécution de son chef-d'œuvre, de peur que l'aide ou les conseils d'autrui ne lui retirassent le mérite de la spontanéité. Le chef- d'œuvre achevé, on Texposait publiquement à la visite de tous les maîtres : néanmoins ies seuls gardes en demeuraient juges compétents : s'ils l'approuvaient , l'aspirant était admis, conduit devant les officiers de justice, prétait serment de fidélité aux statuts, payait au roi, è la communauté, à la confrérie, aux gardes, diverses sommes assez considérables. Si au contraire les gardes déclaraient le chef-d'œuvre imparfait, ou que l'aspirant eût contre lui Pantagonisme jaloux de quelques maîtres, il n'entendait jamais sans douleur, quelquefois sans désespoir, la sentence sévère qui, malgré ses longues années d'apprentis- sage et les énormes sacrifices qu'il s'était imposés, l'excluait pour toujours de la jouis- sance de la maîtrise.
Afin de donner une idée de la nature de cette œuvre préparatoire si importante, nous joignons ici finléressante description des chefs-d'œuvre de quelques métiers particu- liers.
L'examen de l'apothicaire-cirler était accompagné d'une pompe extraordinaire, qui a fourni au fameux Molière le sujet d'une scène du plus fin et du plus gai comiaue. Les lardes du métier, vieux sénateurs de la pharmaceutique, deux docteurs ou deux licenciés en médecine, revêtus de leurs insignes, |K>rtant sur un front ridé par l'étude la gravité magistrale, interrogeaient l'aspirant sur les propriétés bienfaisantes ou vénéneuses des plantes, sur les qualités vivifiantes ou délétères des drogues, sur les conditions essen- tielles à toutes les préparations médicinales. La science paraissait-elle suffisante, les juges le proclamaient digne d'entrer dans le corps des apothicaires, en payant toutefois quarante sous tournois au roi, quarante aux examinateurs, et trente à la confrérie.
L'aspirant drapier devait teindre quatre sortes de draps de couleurs dilférentes, expliquer leur nature, leur qualité, les apprêts de leur confection et de leur teinture.
L'aspirant cordonnier taillait et cousait une paire de bottes, un collet en peau de bouc, de chèvre ou de mouton, trois paires de souliers, une paire de mules, tandis que le sa- Telier confectionnait une paire de souliers à homme et à femme en cuir de mélange, remontait une botte è rosette aussi de mélange. L'un et l'autre devaient travailler sans pa- trons ni modèles, rigoureusement enfermés dans la maison du prévôt de la corporation.
Le chef-d'œuvre du boucher consistait è tuer et à appareiller un bœuf, un veau, un pore el un mouton.
Le menuisier taillait des pièces de bois en mode ancienne et moderne, avec assemblages, liaisons et moulures de tout genre.
Le chef-d'œuvre de l'aspirant tailleur s'étendait aux costumes des hommes d'église, de guerre, de palais et de théâtre
Inutile il serait de multiplier d'avantage nos citations, celles-ci suffisant pour nous faire aperceroir les conditions constitutives de ces pièces d*examen. Aucun aspirant ne pouvait être dispensé du chef-d'œuvre à moins d'être fils de maître, auquel cas il n'en faisait qu'an demi ou même aucun. Chaque état traçait son chef-d'œuvre conformément à ses exigences spéciales, de telle façon que l'aspirant pût montrer son talent dans les diverses parties de son art. Certes, on ne saurait nier qu un examen aussi rigoureux et des pres- criptions aussi sages requérant de l'élève tant d étude et de travail, niaient produit parmi
47 INTRODUCTION. 4&
les artisans uns tîto émulolion, qui ne sera pas restée sans influence sur le progrès de J'induslrie ^26).
i V.
Droits et devoirs drs maîtres. — Temps du travail» — Privilèges des fds et veuves des maîtres. -- Quartiers et rues de métiers. — Boutiques et enseignes. — Luttes entre des maîtres de corps différents. — Saisies.
L*aspiranl proclaroé maître, avait-il en cette qualité prêté serment devant les officiers de la justice, (|u*il devait encore, avant d'ouvrir son alri^iier, faire inscrire son nom et sa demeure sur les registres des gardes. Par cette prescription, on se proposait d*empêcher aucun maître de se soustraire h leur vigilance et d'écli»pper à la fidèle observation des différents devoirs du métier. Si le nouveau maître établissait sa boutique dans la môme rue que son ancien patron, les statuts ne lui [lermeltaient de la (ixer qu*â une certaine dislance de la sienne. Par là, on semblait éviter toute lulle de rivalité, toujours f^tci le à naître entre deui hommes dont l'un se trouvait aisément disposé à faire expier h l*autre les aigreurs et les chagrins de son ancienne domination.
Les lettres de maîtrise conféraient à leur posses.seur un droit imprescriptible sur toutes les branches du niélier. Le maître pouvait étendre son traHc selon les ressources de son activité ou le nerf dt' sa fortune, mais il ne devait jamais s'écarter des règles iujposées, concernant la nature du trafic, la forme ou les dimensions de Touvrsge : toute innovation lui demeurait interdite. Si les gardes le surprenaient travaillant à une fabrication hasardeuse, ils le condamnaient inévitablement à l'amende, à la confiscation de son ouvrage, si l'ou- vrage était défectueux quant à la forme et surtout à lu valeur de la matière première, ce qui profitait h la fraude nuisait au métier.
Néanmoins, bien que privé du droit de tout essai nouveau, il ne devait pas moins s'ap- pliquer è gérer dûment et loyalement les aifaires de sa profession, encourager le progr-ès. C'est grâce à celte impossibilité d'innover frauduleusement que nos inanufaclures ont obtenu et consacré penaant plusieurs siècles leur supériorité et une réputation qui plagait notre industrie à la tête de toutes les industries qui pouvaient leur faire concurrence. Qui ne connaît le fini de nos tapisseries d'Aubusson, des Gobelins, les plus belles du monde, môme sous le régime des corporations? Nos fils et nos toiles de Bretagne n'étaienl- ils pas recherchés dans toute l'Europe ? Les tissus et teintures du fil et du colon employés à Cliolel el à Limoges pour mouchoirs ont-ils jamais été égalés par ceux que nous voyons comme fournis sur ces préparations des anciens maîtres? Toute fraude dans la vente ou la fabrication de ses produits, toute falsification illégale dans la composition de ses ouvra- ges, entraînait toujours de très-rigoureuses punitions. Pour prévenir les abus, les gardes des métiers faisaient à jour et à heure indéterminée des visites chez tous les maîtres, qu'ils tenaient ainsi dans une salutaire inquiétude.
Le chômage aflligoantdetant demilliersd'ouvrlers, qui denos jours a montré les excès et les dangers d'untiproductionincessante, illimitée en disproporition avec les nécessités de la consommation, avait sans doute été prévu par les chefs des vieilles corporations du moyen âge, lorsqu'ils renfermèrent dans des limites sages les jours et les heures du tra- vail. La durée du jour naturel en était la règle la plus commune : les dimanches et les fôies aucun coup de marieau ne devait troubler les rues paisibles de la cité. Tout travail public iiu particulier était strictement défendu à peine d'amende. Si un maître, cédant aux ten- tations d'une cupidité immodérée, exécutait quelque ouvrage dans le recoin protecteur d'une chambre ignorée, ce n'était jamais qu'au milieu des soucieuses angoisses d'un cri- minel, qu'un voisin soupçonneux ou un rival jaloux se plaisait malignement à livrer entre les mains dt'S gardes et des nuigistrats. Grâce à ce point important des statuts le jour du dimanche était un jour de repos, conformément à la loi si sage du Seigneur. De nos jours, comment les dimanches et fêtes sont-ils sanctifiés ? Voici en quels termes l'archevêque de Tours s'exprime à ce sujet, dans son Mandement pour le carême de 18U :
« Y a-t-il beaucoup de travaux suspendus et d*aleliers silencieux ? Quelle est la niace publique, quelles sont les voies de la cité où les affaires du monde elles soins du négoce soient interrompus ? Partout Tagilalion, le bruit, l'ardeur des enfants des hommes se li* vranl, comme la veille, à leurs terrestres travaux. Ici s*élèvent h ^ra^lds frais des édifices que le Seigneur ne bénira point; là s'élaborent ou s'élalei}! les travaux de l'industrie, se poursuivent les spéculations du négoce; les calculs de l'insatiable cupidité. Dans nos campagnes, jusque daos les hameaux les plus retirés, l'oubli de Dieu traîne à sa suite (des profanations etdesdésordres non moins déplorables. Les travaux des champs, les soins -et les intérêts matériels absorbent des populations égarées qui ne respirent plus que la terre. £t, comme pour mettre le comble à ces aitentals contre la Majesté suprême, presque partout il se fait du dimanche un affieux partage qui en attribue une partie aux affaires du monde, et l'autre aux plaisirs. Afirès les travaux défendus viennent les joies désor- données; après les occupations serviles, l'intempérance et la dissolution
(iC) Oitin-Lacroix, toc, cit., pag. 12 à iL
49 INTRODUCTION SO
« Essaierons-Dous» N. T. C. F.» d*énumérer les conséquences de ces indignes profanations el les maux qu'elles enfaDlenl ? mais ne les voyez- vous pas se dérouler et se propager sous ▼os jeux?Âh l depuis que ce fléau déva^staleur exerce ses ravages, ceux qui savent observer ei prévoir, constatent avec inquiétude ralTaiblissement de tous les principes d'honneur, de devoir et de vertu....
« C'est ainsi, N. T. C. F., aue d'un cAté les révoltes ouvertes et les scandaleux outrages envers la Divinité, deTautrc I insouciance et la lâcheté dans l'accomplissement du premier des devoirs provoquent les coups de cette justice forte, patiente, toujours sûre d*elle-md- luet 91M napas besoin de punir tous lesjoursy parce qu'elle est puissante et éternelle; qu'il ne faut pas confondroavec cette justice de la terre que la multitude descoupables étonnent înlimide, et qiii, ayant trop à frapper, laisse échapper le glaive de ses mains. Ah I quand Dieu veut punir, ce n'est pas le nombre des coupables qui arrête ses coups.... il ne compte alors que les justes, el quand les justes ont disparu des nations, son bras s'appesantit sur le inonde (^). »
Ces profanations viennent de ce que nos ouvriers, privés de l'élément religieux ne voient plus que les stupides jouissances du présent.
Les heures dû travail dans la semaine variaient suivant la nature des occupations decha- que métier ; pour plusieurs, notamment pour leâ orfèvres et les drapiers, 6n les avait li- mitées sur le cours du soleil, en interdisant à cas artisans le travail nocturne ; les bûchers et menuisiers^ ne pouvaient commencer avant cinq heures du matin ni aller au delà de neuf lieures du soir.
Lorsque le mallreavaît reçu chez lui un apprenti, il lui devait le logement, la nourriture, riostniction exacte dans toutes les parties du métier et une bienveillance presque pater- nelle. En retour, Tapprenli devait au maître, honneur, soumission et le service gratuit do son temps d'apprentissage. Si quelque différend s'élevait entre eux, on en référait aux gardes qui, tout en punissant les apprentis rebelles et coupables, devaient aussi déployer une équitable rigueur contre des maîtres durs et méchants qui regardaient leurs jeunes apprentis moins comme des enfants à instruire, que comme des machines dont ils extor- quaieni, avec une inhumaine avidité, la plus grande somme de gain et de bénéGce pos- sible. Les statuts n'accordaient aux maîtres le droit de prendre un apprenti è leur service, qu'après la seconde année de leur entrée dans la maîtrise. C'était une disposition singuliè- rement favorable àTappreuti, puisquVn recevant son instruction d'un maître plus expéri- luenté et déjà éprouve par deux années de commerce, elle n*en devenait que plus solide el plus profonde.
Les maîtres jouissaient des plus précieux privilèges à l'égard de leurs fils qui, par ce seul titre voyaient tomber devant eux les innombrables entraves de l'apprentissage et de l'eramen. Les veuves des maîtres possédaient également quelques prérogatives. Elles pou- vaient continuer le métier (le leurs époux, avec les mêmes droits, pourvu toutefois qu'elles eussent prêté serment de Tidélilé aux statuts, payé plusieurs sommes au coffre du métier, à la confrérie et qu'elles demeurassent en viduiié; car, si elles contractaient une nouvelle alliance, elles perdaient immédiatement toutes ces prérogatives, dont elles jouissaient à ti- tre de veuves de maîtres.
Au moyen âge et même dans toute l'antiquité, les maîtres du même métier avaient l'usage de se réunir dans des quartiers spéciaux. A Rome, les marchands se classaient par genre d'industrie; au Forum, les banquiers; au quartier Tusculan, les marchands d étoffe d» soie, les conUseurs, les parfumeurs, les droguistes; dans Argitèle, les cordonniers; sous le portique d'Agrippa, les marchands de riches habits; sur la voie sacrée, les fournisseurs de toutes les brillantes bagatelles que Ton offrait aux femmes; à l'entrée des cirques, des bains ou des théâtres, les marchands de vin, de boissons, d'aliments cuits. Au moyen âgé, un grand nombre de villes présentaient le même spectacle : les noms de beaucoup de rues en sont encore de vivants témoignages. Ainsi à Kouen, les rues des Bonnetiers; des Pel- letiers ou marchands de peaux et de fourrages; des Tapissiers, fabricants et débitants de lapis à haute et basse lice ; h Rennes, les rues aux Foulons, où se trouvaient des ateliers de foulons à drap; de la Cordonnerie, de la Parcheminerie; de la vieille-Laiterie; de la Tiia- randrie ; à Saint-Brieuc la rue aux Toiles; à Dinan, la rue de la Laioerie.
Ce voisinage des boutiques ainsi rangées dans une même rue, occasionna souvent de vives animosités entre des marchands rivaux. Pour ce motif, les statuts défendaient ox pressément d'appeler et de retirer les acheteurs du magasin d'un autre à peine de punition et d'amende. Néanmoins, les querelles n'étaient pas rares à ce sujet : l'acheteur inoffensif, victime des bruyantes et injurieuses clameurs des marchands jaloux, sévit plus d'une fois obligé à une fuite prudente à travers les rangs ameutés d*une populace rail- leuse.
Sous ce rapport, le classement di*s mêmes industries par rues etquartiers avait quelques inconvénients : d'un autre côté, il pouvait être utile à l'acheteur, en ce sens qu'il lui laci- Illait l'achat de ses ujarchandlses. Une longue rue toute peuplée de boutiques pareilles, ressemblait pres(|ue à la galerie d'un musée. S[)ectateur intéressé et d'une perspicacité ra-
(37) Voir on petit volume ayant pour titre : Ânociations de prière* pour la réparation des Hasphènui, elc; T9urs, Marne ol Compa;;'tilc, 1818, iu-18, pag. 56*61.
RI INTRODUCTION. ^
rement en défaut^ Tacheleur voyait en peu do temps la diversité et la nature des produits, et dès lors pouvait choisir plus promptement et plus sûrement ceux qui paraissaient de meilleure qualité. Cependant on ne peut nier que Teparpillement actuel des Doutiques dans tous les quartiers, n'offre aussi de précieux avantages, puisqu'il place à la pcrtée de chaque membre de la grande famille les objets divers nécessaires à la vie.
Le numérotage des maisons, méthode d*une date très-moderne, étant absolument in- connu au moyen âge, les maîtres des [métiers durent nécessairement adopter des signes particuliers pour se faire reconnaître ou se distinguer de leurs voisins. De le Tusage si ré- pandu alors des riches et brillantes enseignes pour attirer les regards des acheteurs. Le nom sonore du métal par excellence se rencontrait sur beaucoup d'enseignes : Au bras d^Or^ à la Pomme d'Or^ à VAigte d'Or. Quelquefois le marchand prenait |>our enseigne un tableau grossièrement peint, oii Gguraient les objets de son industrie. Les drapiers merciers étendaient à leur porte une large bande de drap sur laquelle se lisaient leurs noms entre- lacés par quelques dessins en broderie : un maîlre d^escrime plaçait sur sa porte des ar- mes en croix ; un marchand de boissons, des bouteillos ou des tonneaux ; un marchand de laitage, nne chèvre ou une vache ; les artisans en fer, des marteaux, une enclume, et un fourneau embrasé. Chaque enseigne exprimait la nature particulière des marchandises en vente dons le magasin dont elle décorait la devanture.
Les brevets de maîtrise assurant aux patrons le monopolo exclusif et absolu de leur métier, ils n'épargnaient ni soins ni efforts pour se le conserver intact.
AOn de prévenir ou de réprimer les envahissements frauduleux des corporations rivales» ils déployaient une vigilance qui souvent dégénérait en odieuses tracasseries. C'était une sorte de guerre quotidienne entre tels et tels corps, qui par des saisies, des dénonciations^ des procès interminables, cherchaient à entraver leurs opérations mutuelles. Les profession*; qui se touchaient par quelques points montraient toujours dans leurs poursuites récipro- ques le plus intraitable acharnement : le fripier et le marchand en neuf, le savetier et le cordonnier, l'hôtelier et le rôtisseur ne se pardonnaient aucune transgression.
Si nous le voulions, nous aurions bien des citations à faire sur les saisies de différente nature, car il ne s'est pas rencontré de corps de métiers qui n'ait intenté à des rivaux ou soutenu par lui-même des luttes presque quotidiennes, de longs et dispendieux procès. Les dépenses de ce genre formaient des sommes immenses : h Paris (28), les procédures j udiciai- res entre les fripiers et les tailleurs durèrent deux cent quara'^ite-sixans, de 1530 è 1T7G.
Qn rendit pour eux plus de vingt mille arrêts. A Rouen, les procédures ne furent ni moins longues ni moins ruineuses : les registres du vieux parlement de Normandie en fournis- sent des preuves nombreuses.
Nous allons finir ce paragraphe de notre Introduction^ en donnant le texte d'un procès- verbal de saisie exécutée à la requête des barbiers-perruquiers-baigneurs-éluvistes de Dol — (Bretagne-France^.
« L'an mil sept cens soixante quinze, le premier jour du mois d'avril, environ midif sousigné René Julien Mancel, sergent royal général et d'armes, reçu au siège présidial de Rennes, établi et donieurantà Do!, Grande Rue, paroisse Notre-Dame, certifie qu'à la requête du sieur Pierre Neveu, lieutenant des maîtres perruquiers de la ville de Dol, et Alexis Boisle inspecteur de ladite communauté, demeurans audit Dol, paroisse de Notre-Dame, qui ont élu leur domicile en l'élude de maîlre Jean Laurent Bidan leur procureur» sise en la ville de Dol, rue Ceinte, paroisse du Crucifix, sur l'avis leur donné que le nommé Noël demeu- rant en la paroisse de l'Abbaye entréprénoit sur l'état des maîtres perruquiers au préjudice lie leurs statuts et règlemens, je me suis transporté en compagnie des sieurs JeansJSustache Daussy et François Mélivier maîtres perruquiers de ladite communauté de Dol, y demeurans dite paroisse de Notre-Dame (29) on la maison et domicilie dudit Noël Aubert où étant avons trouvé un homme h nous inconnu, qui nous a dit se nommer Jean Dufeii et demeurer en la paroisse de Flergner, assis dans une chaise, avant une serviette au col, et ledit Aubert se préparant à le raser, ayant un plat à barbe de terre» trois rasoirs, un cuir et des frotoirs sur une feneslre. Comme la conduite dudit Aubert est une entre- prise manifeste aux staluts des maîlres perruquiers, j'ai en la présence desdils maîtres cy- dessus dénommés et des sieurs Pierre Neveu, Alexis Boisle et Jacques Girard, maîtres perru*- quiers qui sontà l'instant inlervenus et surleur réquisitoire saisi et missous la garde du roi et de ta justice, le plat h barbe, les rasoirs, le cuir, la serviette et les frotoirs cy«dessus, lesquelles choses cy-dessus saisies du consentement desdits maîtres, j'ai emportées pour ôtre avec le présent déposées au greffe de police de la ville de Dol, et pour avoir ladite saisie bonne et valable, dire et ordonner que les choses saisies seront confisquées au profit de ladite
communauté, et pouren outre s'ouir condamner à l'amende prononcée par lesdiisstatuts contre les contrevenants à iceux, j'ai audit Noël Aubert en parlantàsa personne donné assignation à comparoitre à la première audience du siège de police de la ville de Dol vingt quatre heures franches, etc., et en oiitre répondre et procéder ainsi que de raison par dépens
(28) Uapport de la Chambre de Commerce de Paris, m 180.*), (29J Voy. Dictionnaire de Bretagne, par Ogée, v^o DqI • 1813.
INTRODUCTlOiN. 94
•I ai laissé copie «lu présent audit Auberl sous mon seing et ceux desdits mattres. lesdits |oar et an que devant.
c IfmcKL — UtoTiBK — Dadsst — GiftAmo, syndic -* Boislb , inspecteur et contrôleur — Nbvko, lieutenant.
« Cnntrollé à Dol. le 1" aTril 1775.
ROQDBT. 9
Que signitiaient cesamennes, ces saisies» ces conGscations, s'écrie 11. Ouîn-Lacroix, après en avoir rapporté un certain nombre? A quoi servait cet écrasant monopole ? Quelle utilité |iOttvait-on retirer, pour le vrai progrès des arts» d'une surveillance pleine de rancune, de jalousie et de haine d'état 7 (30) Ces amendes, ces saisies, ces confiscatioos, servaient à maintenir et perpétuer ces corporations dans tonte leur pureté. Elles empêchaient tout empiétement, toute fraude, et assuraient à l'ouvrier une position acquise è grand'peine.
I VI.
Assemblées des corps de métiers. — Election des gardes des corporations. — * Droits et devoirs des gardes. -^ Traits de leur vigilance. — Devoirs des membres du corps entre eux. — Droiis pécuniaires imposés à chaque artisan ou marchand pour sa réception dans un corps d'art et métier. — Droits de capitation d'industrie des corporations. — Equipements des miliciens par tes corporations. — Autres réclames pécuniaires.
L'administration d'un corps de métier ressemblait h celle d'une véritable cité, ayant ses lois, ses assemblées électorales et délibérât! ves, ses magistrats et ses gardes. Chose digne de remarque» k notre époque, où l'on s'occupe tant de suffrage universel, presque toutes les aBaires de ces communautés industrielles se réglaient ()ar le libre vote de tous les membres. S'il s'agissait d'un statut, on le rédigeait en commun, après une délibération dans laquelle chaque membre avaic droit d'émettre son opinion; il est vrai que le prince devait accorder sa sanction au statut, pour lui donner une force légale; cependant il n'en de- meurait pas moins l'expression des pensées et des volontés du corps.
Devait-on choisir les magistrats ou gardes de la corporation? tous les membres se réunissaient dans la salle commune, donnaient leurs suffrages k ceux qu'ils jugeaient les plus dignes; la pluralité des voix décidait seule l'élection du candidat. Si quelque affaire srave s'élevait au sein de la corporation, les maîtres du métier délibéraient ensemble sur la manière dont elle devait être dirigée, en se déchargeant toutefois du soin de l'exécu- tion sur les gardes élus.
Par ces motifs, les corporations attachèrent toujours une grande importance k leurs assemblées, dont aucun membre, sans raison légitime, ne pouvait se dispenser sous peine d'amende. L'élection des gardes se faisait par ces assemblées convoquées annuellement pour cet objet, par le syndic ou prévôt de la communauté.
La dignité de garde conférait au titulaire des droits nombreux : ceux de convoquer les assemblées du corps, de les présider, de recueillir les suffrages, de dresser Tordre des déli- bérations, dn recevoir les apprentis, d'assister à ta confection du chef-d'œuvre et k l'eiamen des aspirants k la maîtrise, de faire les visites d*inspection chez les maîtres: en unmot^de veiller k l'exacte observation des statuts.
Cette dignité devenait quelçjuefois très-onéreuse, en ce sens aue pendant les années du sa gestion, il ne se rencontrait pas de semaine, ni de jour, dans lesquels le garde eu charge n*eût k s'occuper de quelque affaire de la société, soit d'une correspondance avec les autorités, soit des plaintes ou réclamations de ses confrères devenus ses subordonnés ; d'où il advenait que, pour conduire avec honneur l'administration générale de sa corporation, il se voyait forcé d'omettre et de négliger les opérations de son propre négoce ; d'un autre côté, cette dignité présentait au garde de lucratives compensations. Tous les actes de sa ges- tion lui assuraient un droit inaliénable k une rétribution certaine : un serment d'apprenti, un examen d'aspirant, une assistance i un cbef-dœuvre, une réception de mattre, une visite d'inspection, une saisie d'objets illicites, valaient au garde autant de sommes d'argent, qui dans le cours d'une année, formaient un capital suffisamment capable de payer les labeurs et les soucis de son admiuisiralion, et c'était justice: ainsi sont payés les membres des tribunaux de commerce.
Le nombre des gardes chargi^s de régir la corporation variait de trois k six, et même k huit proportionnellemoni k la quantité générale des associés. Dans Torigine des corpora- tions, les gardes ne géraient qu'une seule année, après laquelle on les renouvelait simultanément par une même élection. L'expérience découvrit le vice d'une semblable coutume : aucun ancien garde ne demeurant dans l'administration d'un exercice k l'autre, les nouveaux, ignorant souvent le cours des affaires» portaient préjudice au corps entier. Les négociations, commencées par les gardes sortants, n'étaient pas toujours pour- suivies parles entrants: d'ailleurs un exercice d'un an sullisatt rarement k l'accomplisse- ment d*une affaire un peu considérable. Le garde le plus zélé et le plus actif n'osait tenter
(56) Ocm-LAcaoïi, foc. crf.^.pag. 21-33.
S5 iNTRODUCTlOn. 5«
une entreprise uliie, dont le (ompsscul pouvait oâsiirer le succès. Pour ces motifs, on jagea sage et nécessaire de renouveler le conseil administratif, non point inlégraieinent, mais par une élection partielle et successive, aUn qu*à c6tédes membres nouvellement élus et eonséquerDment peu expérimentés dans le maniement des affaires, siégeât uu ancien, dont les connaissances et la sagesse pussent leur servir de guide et de conseil.
Les §[ardes conduisaient les apprentis et lesaspirants devant les oOiciersde la justice, pour la prestation du serment. Les élèves, à cette 0( casion, devaient leur payer une réiribuiton de cinq,. de dix, de vingt sous tournois. Une somme s^emblable leur était encore allouée pour leur assistance à la confection du chef-d'œuvre de l'aspirant, dont ils examinaient et jugeaient seuls les qualités. C'est ainsi que sont rétribués les membres d^in jury d'examen pour toutes les parties sujettes à celte formalité.
. Les visites annuelles d'inspeclian ordinairement fixées h Pâ(meSr è la Pentecôte, à la Toussaint et à Noël, se faisaient par les gardes ruanis dans l'atelier de chaque marchand, qui devait leur payer une îndenniité de plusieurs sous. Si , dans le cours de l'armée, sur )a dénonciation d'un confrère'ou d'un étranger. Cm soupçonnait quelque rnaltre de fabrication illicite et de manœuvres criminelles, les gardes avertis investissaient secrètementsa demeure, qu'ils fouillaient dans ses plu» obscurs enfoncements^ se faisant ouvrir, au nom de la loi, les chambres et armoires suspectes. Dans le cas de refus ou de résistance, ifs appelaient à eux les arquebusiers, pour agir avec une inexorible ligueur. Ces vi.-^ile» extraordinaires se terminaient ordinairement par une condamnation h Tamendeet à ta coiitiscalion des objets saisiSrSur lesquels les gardes prélevaient toujours une portion déterminée fiar la sen- tence du jugement, comme il arrive aujourd'hui aux marchands souf»çonnés lie vendre à faux poids, ffrusses mesures, ou de livrer des marchandises fraudées, quand un commis- saire veut faire une visite domiciliaire.
Ces rétribuions pécuniaires, invariablement attachées aux divers actes des gardes purent entraîner des exiès, et faire que ces visites domiciliaires, instituées primitivement dans l'intérêt général du corps servissent à couvrir despécleuv prétesles» les jalouses dérionciatiun.s des maîtres ou la haine et la cupidité des gardes, qui y déployaient tant d'activité, quelque- fois bien moins par un esprit d'équité protectrice que par I esfoird'un bénétice peu honnèle.
Les gardes veillaient également à la tenue et à l'ouverture régulière dos marchés, h la qualité des denrées et des marchandises exposées en vente» h la délimitation [)récise, et au »UAintien fkièle 6es droits de cha(|Ut) corps.
Tous les membres leur devaient honneur, respect et soumission: toute irrévérence à }eur égard s'expiait par une amende, ou même par une punition corporelle. Mais si le» membres de Ki corporation devaient aux gardes une soumission respectueuse, les gardes à leur tour devaient aux membres une juste et loyale gestion de leurs intérêts. Ni for de celui-ci, ni les adulations de celui-là, ni les menaces, ni les séductions ne pouvaient légi- timer ou excuser d'injustes et eriujinelles préférences. Quand on réclamait leur intervention dans une cause concernant le métier, aucun motif ne pouvait les dispenser d'oblempé- reràla réclamation; autrement ils s'exposaient à encourir une amende.
Si nous résumons les traits si variés de l'administration des gardesdes corporations, nous nous trouvons en face d'une double |)er^pective. Nos conclusions ne peuvent leur être ni tout à fait favorables, ni eniîèrcmenl contraires; car si, d'un côté, nous les voyons trop souvent guidés par une basse avidité, vexer les membres du métier, on doit^d*un autre eôté,'leur savoir gré de leur zèle à s'opposera Tintroduction dans les marchés de produits mauvais, ou h la falsitication coupable des denrées. Ces considérations S(»nl graves et si nous ne devons point entièrement loder, nous ne pouvons uon[)lûs condiunner absolu- ment l'administration des g/irdes des métiers.
Pour compléter nos idées sur l'esprit des corporations, nous allons ici donner le ta- bleau indicatif des diverses souimes qu'en France, chaque maître devait payer au trésor |)Our son admission dans un corps de métier, sommes souvent considérables qui , unies à celles dues aux coÎPres de la communauté et de la confrérie, aux gardes pour droit d'exa- men et de chef-d'œuvre, absorbaient une portion des petites économies que l'ouvrier viui- ianl avait pu réaliser pendant le temps de son apprentissage. Cet onéreux tribut excita des plaintes fréquentes el de vives réclamations de la part des artisans. Aussi lors de Tédit de suppression des corporations, publié par le ministre Turgot, en 177ô, une dits princi- pales causes de leur enq)ressement à l'accepter, fut de voir qu'on abolissait enfin le |)rélè- vement ruineux des redevances (écuniaires. Pauvres ouvriers qui ne voyaient pas que, quand par suite des intrigues des parlements et des mnîlres, Louis XVI se vit dans la nécessité de rétablir les communautés supprimées, il ne parla de ce tribut qu'avec uije extrême réserve ; il avoua même qu'il en aurait désiré l'entière disparition ; mais le mauvais état des finances do cette époque le forga de les conserver, sinon intégralement eouime autrefois, du moins à un degré qui ne fut pas sans causer quelque réclamaliou de la part des maîtres. Voici, d'après l'édit de 1778, le tableau des divers liroils de récep- tion a la maîtrise de chaque métier. On y remarquera que pour éviter le morcellement des arts è peu près semblables, qui , naguère donna naissance h tant de rivalités et de luttes opiniâtres, on a eu soin de classer sous un même régime les professions ayant le plus de rapport entre elles par leur objet, par la nature des matières qu'elles emploient, ou par la forme que l'industrie sait leur donner. Ce tableau aura aussi l'avaniage de faire
n l.'^TRODUCTIOX. 5S
sippréci^ryimporlance rclalÎTe de chaque mélîer, par le chiffre plus on moins considérable des droits de réceplion. Ces redevanceft, une fois payées, ils étaient faits participants de tous les droits et privilèges attachés è la corporation dont ils étaient membres titulaires. Ils ▼uulurent» dans un moment oi^ périssait toute institution religieuse, ils Tonlurent* Toir uo affranchissement là où pour eux et leur industrie, il n'y eut que ruine et plus tard croei abandon de la part de ceux qui les flattaient par l'apparence d'une liberté qui ne gênait en rien la soumission à des lois équitables qui garantissaient leur présent, et leur assurait pour l'avenir d'abondantes ressources.
TABLEAU INDICATIF
DES DROITS DE RÉCEPTION A LA MAITRISE.
Tarif de t778 éouncéeo liTres^
1* Fabricants de toutes sortes de draps el étoffes en lauie 300
^ Fabricaots de toutes sortes d^étofles de soie pure ou mélangée, coton, poil de cbètre ; ruban-
Dîers, bontonniers. 300
3* Fabricants de tous oayrages en soie, biine et antres matières pures ou mélangées, mises sur
le métier à bas. 200
4* Fabrk:anls de toutes sortes de toiles en fil et en coton. iOO
(lieux qui exerçaient ces quatre profesi-ions avaient la faculté de teindre, de donner tous les jppréts aux ouirrages de leur fabricaliony et de les Tendre en gros et en détail concur- remment avec les marclrands.) 5* Teînloriers en laine, soie, lii, coton, au grand et an petit teint. 300
(Avec faculté de vendre toutes marchandises sans pouvoir fabriquer, apprêter ni enjoliver.) 0* Merciers -quincailliers. 000
7* Epiciers, conliseurs, ciriers. 400
8* (Mëvres, joailliers, lapidaires, borlogers* 400
9* Balanciers. iOO
10" Chapeliers, pelletiers, fourreurs. 300
11* Tailleurs, fripiers d*habiis en neuf et en vieux, cbasubliers, brodeurs. 300
1^ Conlonniers en neuf et en vieux. 200
I3i* Lingéres en neuf. 200
(Avec faculté de vendre en gros, h la pièce et à Taune toutes sortes de toiles concurrem- ment avec les merciers.) 14* Bonnetières, ialseuses et marchandes de modes, plumassières. 300
(Avec faculté de jouir, comme par lu passé, eu concurrence avec les perruquiers, de leurs droits sur la parure.) 19" Boulangers. 250
(Avec faculté d*employer du beurre et du hit, en concurrence avec les p&lissiers.) 10* Bouchers, charcutiers, chandeliers. ^^
17* Cuisiniers, traiteurs, rôtisseurs, p&tissiers, cabaretiers, aubergistes. 400
(Avec faculté de vendre eu détail du cidre, de la bière, en concurrence avec les marchands de ridrc et de bière.) 18* Tinaigrîers, cafetiers, limonadiers. fy^
19* Marcbiainds de cidre et de bière. ^ 300
20* Maçons, couvreurs, plombiers, paveurs, tailleurs de pierre, sculpteurs en pierre et tous"
constmcleurs en plâtre, pierre, ciment. 300
21* Charpentiers et autres constructeurs en bois. 2>^
22* Menuisiers, ébénistes^ sculpteurs en bois, tourneurs, lutliiers, layetiers, pcigniers et coffreticrs. 400 23* Tonneliers, bosseiiers, futailiers. ^^
S4* Couteliers, armuriers, arquebusiers, fourbisseurs cl tous autres ouvriers travaillant en acier. 200 »* Serruriers. ^^^
(Avec faculté de faire tous ouvra^^es en fer.) 28* Maréchaux-ferranls , grossiers, uillandicrs, clouticrs, éperonniers et tous ceux faisant les
ouvrages en fer autres que les clefs ei les serrures. 3^
27* Fondeurs, chaudronniers, potiers d'étain et autres ouvriers en cuivre, éuin et autres méuux,
excepté Tor el Targeiit. -jJJJ
28* Selliers, bourreliers, carossicf s, charrons et autres ouvriers en voilures. 41H>
(Avec faculté de ferrer les roues en concurrence avec les maréchaux.) 29* Tapissiers, fripiers, faiseurs et vendeurs de meubles en neuf el en vieux. «jw
30* Luneiiers, miroitiers, doreurs sur cuivre. ^^
TpÏ* Peintres, doreurs, vernisseurs. *"^
Si* Tanneurs, corrovcurs, hongroveurs, peaussiers, m'^giN^icrs cl autres fabricants en cuir cl en
ucau. f^
35* Ga: tiers, parrim^îurs, poudrieis. •'""
IXTBWVCTIM.
Tarif d* 1778 CBlitm.
300
34f* Amidonnierf ,
SS* Faicficiers, varkri, Titriers,
30* Caitîert, papelien, donîiMHMrs» fe«iUelieri»
57* Cordierf, filaftsierft(SI).
Outre les sommes ci-dessus meniionnées, et qoe chaque aspirant deyail payer lors de sa réception, la corporation en masse payait annuellement un impôt, apfielé capitalîoii d*industrie, et réparti sur chaque membre! raison de son débit et de son commerce. Cette capitaiion correspondait k peu près aui droits des patentes actuelles, arec cette ditrérence cependant que, de nos jours, les agents Gscaux perçoivent directement de chaque marchand les droits de sa taxe, tandis qu'au temps des corporations, ils traitaient uniquement arec les gardes en chaire, seuls représentants légaux de tout le corps et ses vaillants défenseurs. Comme nous ne pouTons présenter un tableau général pour toute la France, nous donnons ici le tableau des droits de capitation sur chaque corps ffindustrie, è Bouen(32), tels qu'ils ataient été réglés par unéditde Louis XIV, en mars 1701 et Juillet 1715, et que nous extrayons du livre de M. Tabbé Ch. Ouin-Lacroix. L'intendnnt de la généralité publiait chaque année le tableau de ces droits recueillis parles agents des iinaiices royales.
TABLEAU DES DROITS DE CAPITATION DINDUSTRIK
mrosÉs sum cbaqcb comrosATioir.
RoMf ncs OwnniATioim Tarif des droits
enlirres.
Amidonniers* 160
Apothicaires. 500
Badestamiers. 585
BaSancicrs. 75
Bonnetières. 500
Bouchers, charcutiers, cbaDdeliers. 2780
BoucliiTS du Vieux-Marché* S99
Boulangers. 1000
Bourreliers-bàtiers. 2i0
Brasseurs. 200
Brodeur^-chasubliers. 96
Cardiers. 180
Cartiers-dominotiers. 447
Chapeliers. lOiO
Charbonniers. 104
Charrons. 208
Chaudronniers. 216
Chirurgiens. 585
Cioutiers. 72
Cordiers-niassiers. 415
Coffretiers. 78
Cordonniers. 858
Corroyeurs. 480
Couteliers. 104
Couturières. 299 Cuisiniers-pi^iissiers, cabaretiers, aubergistes. 5600
£crivains-véri6caleurs. 230
Eguilietiers. 42
Eperonniers. 36
Epiciers-confiseurs. 5780
Eiamiers-plombiers. 288
Faïenciers, verriers, boutelllars. 760
Ferblantiers. 108
Fondeurs. 31
Fourliisseurs. 48
Fripiers. 576
Horlogers. 232 Joueurs et faiseurs dHnstruments de musique. 84
HOMS MES CoitfOBATKniS.
Liln^ires, imprimeurs.
Lingères en neuf.
Lingères en Tîeux.
Loueurs de caresses.
Loueurs de cfacTaux.
Lunetiers, miroiu'ers.
Maçons, couvreurs , paveurs» tailleurs
pierre. Marchands de cidre et de poiré. Marchands de grains. Marécliaux-grossiers. Merciers-drapiers.
Menuisiers, ébénistes, sculpteurs en Imms. Orfèvres. Passementiers. Papetiers.
Parfu meurs- poud riers. Peinlresnloreurs. Pelletiers fourreurs. Perruquiers. PUlriers. Porteurs de sel. Porteurs de grains. Hubanniers. Savetiers. Serruriers. Tailleurs-fripiers Talonnicrs. Tanneurs. Tapissiers.
Temturiers en laine^ soie, (IL Toiliers. Tondeurs. Tonneliers. Ver^eiiers-roquciiers. Vitriers. Vinaigriers, cafetiers, limonadiers (33).
Tarif des droiU liîres.
660 1120
'40 90 6S
108
dt
W
1910
804
600
30814
2520 872
3560 430 181 125 500 858 700 liO 140 876 564 480
9072 18
1640 850
«380
3450 168 82$ 300 174
S420
(31) Ovm-Laciioix, loe. cit., pag. 379-383.
(32) Par ce tableau, on devra avoir une i«iéc de Timportânce de cet impdt.
(33) OciN-UcROix, hc ctf., p. 383-86.
*' IMBODUCTICW es
A f»% (ableaax des redevances financières des corporations , ajonlons enrore que, dans certaines circonstances de guerre, elles deyaient, comme les seigneurs, donner au roi un certain nombre de soldats alors appelés miliciens. Les miliciens fournis par les cor- porations dcTaienl être équipés à leurs frais , avoir l'Age , la force » la conduite convenables. Aucun , du reste , n'était admis qu'après l'examen d*un commissaire royal.
Chaque corporation équipait nn nombre de miliciens proportionné & %^% facultés et « la quantité de ses membres. Quelques-unes moins riches ou moins nombreuses , se n^unjssaienl è d'autres pour ces sortes d'équipements militaires. Toutefois, lorsque ces miliciens étaient entrés en campasçnp, ils ne demeuraient plus è la charge des cor- porations, mais passaient à celle du roi. Les corporations étaient, en outre, chargées : 1* des frais d'administration, de bureau, de jetons, de la rédaction et reddition des comp- tes; 3* des frais poui* la perception des droits de visite; 3* des frais d'étrennes pour dons et cadeaux a leurs protecteurs et aux magistrats; des frais de procès et de sai- sies, article aussi considérable à lui seul que tous les autres ensemble. Il n'j avait pas d'années où elles ne dépassassent pour les procédures judiciaires cinq, quinze, vingt, trente, quarante mille livres. Les contestotions entre elles devinrent si nombreuses et 5î longues, que dans le cours du xviir siècle, on proposa d'établir des tribunaux spéciaux |;our les jn{;er. Que n'est-il pas dépensé chaque année de notre régime actuel pour poursuites dirigées contre les ouvriers fraudeurs, les marchands faillis ou banquerou- tiers? Il semblerait que tant de parements eussent dû garantir aux corporations la con- servation intacte de leur monopole ou l'exemption de tous autres droits extraordi- naires. Presque jamais il n'en fut ainsi. Souvent, au contraire, elles virent le monopole acheté si chèrement, amoindri on ébranlé par des créations arbitraires, ou les impôts primitifs augmentés encore par une foule de chaires nouvelles et exceptionnelles. Les rois à toutes les époques mémorables de leur règne, è leur avènement au trône, è leur entrée solennelle dans une ville, è la naissance d'un prince, pour célébrer une vic- toire ou un mariage, s'étaient réservés le privilège de créer dans chaque corps d'art et métier un nombre illimité de mattres, qui venaient inopinément accroître celui de la corporation, et, par là, diminuer les fruits du travail ou de la vente, toujours plus x^^-- lits k mesure qu'ils se divisaient entre une plus grande quantité de membres. En 1637, à cause de la naissance du Dauphin, on créa quatre inattrises dans chaque corps :deot es 1M5, à l'occasion d'un autre avènement.
Louis XV poussa plus loin encore la liberté de créer de nouvelles corporations. Ce roi, qui aux plus alfreux dérèglements joignait d'excellentes qualités et un grand reste de foi, se trouva souvent en présence d'un trésor ruiné, épuisé. Le mauvais état des Gnances venait des guerres glorieuses et ensuite ruineuses du règne de son aïeul et de celles faites de son temps ; mais il venait aussi de prodigalités qui ne peuvent être ni excusées, ni justifiées. Pour faire face aux embarras financiers, il créa à Paris huit oor|iorations de chaque état, et six à Rouen. Les sommes provenant de ces corporaliona nouvelles étaient d'autant plus considérables que, pour les augmenter, on affranchissait les aspirants de toutes les formalités ordinaires des réceptions, des frais d'examen, de jurande, de festin, de confrérie. Il arriva de cet abus de l'autorité, que les corpora- tions régulièrement établies, se plaignirent de ces excès et adressèrent de fortes re» niontrances pour en arrêter le cours et même le trop grand nombre.
Pour se soustraire è l'invasion de nouvelles maîtrises dans leur association, les chirur- giensy les apothicaires, les orfèvres firent observer qu'il ne convenait pas de recevoir sans le chef-d'œuvre i\^s hommes inconnus, incapables probablement de gérer des pro- fessions qui intéressaient au plus haut point la vie des citoyens, et la sécurité dans le commerce des matières si précieuses d'or et d'argent. Ces remontrances obtinrent un plein succès et prouvent que, si l'on employait quelques moyens peu loyaux pour se procurer de l'argent, ce n était pas, comme on ra si souvent et si malicieusement réf été* par toutes sortes de moyens contraires à l'équité.
Afin de trouver des ressources pour la guerre qui se termina par le traité de paix conclu à Kiswick et en même temps pour régulariser l'administration des cor* poralions, on créa des charges honorables, importantes, dont les titulaires payaient une somme déterminée à leur entrée eu fonctions, en voici quelques-unes sous le nom éioffices.
169L t696.
Des S3rndîcs dit marchands. Des oiouleQrs de boit, *
Des coartiers de Tin, Des distrilHileurs de papiers et parcbeniins orales.
Des pourvoyeurs, Tendeors d'baitres, Des vendeurs de poisson d'eau douce. Des essaveors el conirôleurs d*étain. 1705.
1692, 1694. Des contrèleors et maniaearsde cuirs.
Des coortien de ventes. Des visiteurs et conirôleurs des poids et ttesuiei.
Dis vendeurs de veaux et volailles. Des inspecteurs des boucheries.
Des auditeurs et examinaleurs des comptes des Des chargeurs de vins,
corporations. Des vendeurs, visiteurs, chargeurs de foins.
65
LNTRODCCTIOX
tk
Def gardes-hatcauz,
1705. Des Tisiteiirs de toute sorte d*eâax de senteur,
Des commissaires aas empilements de bois» Des contrôleurs et visiteurs de beurre frais. Des inspecteurs des porcs, du suif, des fruits.
Il est arrivt^, par malheur, que ces offices se sont affermés et quelquefois rendus h des accapareurs qui, ignorant le métier qu'ils devaient visiter, inspecter, contrôler, s'occu- paient beaucoup plus de bénéfices à réaliser que He ce qui pourait garantir les inlc- réts de la sociélé contre la fraude, et procurer le hien-élre de Tinduslrie qu'ils devaient secourir, et même encourager et perfectionner. Mais, nous le demandons à tout homme impartial, cet abus 5ufl]sait-il pour motiver ces déclamations, ces manœuvres impies qui ont provoqué et amené la suppression des corporations qui avaient une si visible utilité I
Etant un jour h la chasse, Louis XV entend le bruit d'une sonnette qui fixe sou attention. Comme il se dirigeait vers le lieu d'où le bruit lui est venu , il aperçoit uii curé de la campagne qui, accompagné de ses paroissiens, fait upe procession du très- saint Sacrement. Arrivé près de l'assistance, le roi saule de fon cheval, se met à .la suite du prêtre, accompagne son Dieu jusqu'au modeste reposoir préparé pour rece- voir le Roi des rois, le Mattre des souverains. Comme le plus simple des fidèles, Louis s'agenouille sans remarquer que le lieu où il se prosterne est rempli de boue. Quel- qu'un l'ayant reconnu , il s'empresse de lui procurer une planche pour le tirer de ce lieu sale et incommode. Le prince repousse l'objet qui lui est présenté en disant : iLais- sez! quand le Roi des cieux s'humilie au point où je le vois» un roi de la terre peut bien se mettre dans la boue en son auguste présence. »
En terminant le tableau de ces impôts infinis, nous pouvons conclure, ce semble avec justice, que si le régime des corporations devint dans le dernier siècle de leur existence en France si odieux aux marchands et artisans, cela tenait beaucoup moins peut-ôtr» au système réglementaire des statuts purement industriels , <)u'à celte niasse exagé- rée , oppressive , ruineuse d'impositions pécuniaires dont nous venons de faire Ténu- mération.
î VIL
Considérations générales sur les avamages et les abus des corporations et de ta concurrence illimitée, — Projet du ministre Turgot. — Lit de justice sous Louis XV 1^ roi de France, pour la suppression des corporations dans ce royaume. — Paroles de Vavocat Séguier. Opinions du Jurisconsulte Merlin et du Hollandais Jean de Witt, — Préambule de redit de Louis XVL — Opinion , en 1T77, de la chambre de commerce de Rouen sur cette matière.
Lorsque, en 1776, le ministère Turgot {3k) proposa à Louis XVI l'édit de suppression (les jurandes d'arts et métiers, une vive fermentation se manifesta par toute la France. Quelques hommes approuvaient cette mesure; d'autres, au contraire, la blâmaient et la regardaient comme un coup fatal porté à l'industrie. Cette divergence d'opinions nous prouve qu'il sera toujours extrêmement diflicile de décider si l'antique svstème des cor- porations ou la concurrence illimitée actuelle sont plus ou moins favorables au commerce et aux arts. Naguère l'autorité inexorable d*un statut, immobile comme le roc, aujour-
^) Le baron Turgot, le fougueux antagoniste des corporations d'arts et métiers, naquit à Paris en 17z7. £levé dans les séminaires, il étudia la théologie et marqua du goùl pour i*élut ecclésiastique qu'il quitta en 4751, pour se lier avec D'Alembert et les encyclopédistes qu*ii cgala en impiété. Désirant de connaître personnellement Voltaire, il se Ht annoncer par D'Alombert qui écrivait au patriarche de Fer- ncy : i Vous aurez bientôt une viMle dont je vous préviens; c'est celle de M. Turbot, maître des requê- tes, plein de philosophie f de lumières et de connaissances, et fort de mes amis qui veut aller vuus voir en b<)mie fortune; je dis en bonne fortune, car, propler metum Judmotum, il ne faut pas vous en vanter. > Livré à son penchant, enhardi par les hommes auxquels il s'éiail livré, le philosophe veut devenir admi- nistratirur et il veut que, dans toutes les communes, grandes ou petites, on établisse un conseil d'iustruc* tion de laquelle il dit : c L'instruction religieuse est bornée aux choses du ciel, et elle ne suffit pas pour la morale. Il faudrait une antre instruclion morale et sociale. Avec ce secoui*s, la nation ne serait plus reconnaissable en dix ans. Ce serait un peuple neuf; tout le monde serait instruit et vertueux, i Ttn'Kut devnit ministre de Louis XVI, et pendant son ministère il se montra passionné pour des réfui''* mes et il en opéra dont il ne connaissait pas la portée ; telle fut la suppression des corporations. En p^u*- lant de«Turgol et de lui-même, Malesberbes disait : c Turgot et in(»i, étions de fort honnêtes gens, c très- instruits, passionnés pour le bien : qui n'aurait cru qu'on ne pouvait mieux faire que de nous i choisir? Cependant nous avons mal administré, ne connaissant les hommes que par tes livres ; niaii- < quant d'habileté pour les affaires, nous avons laisse diriger le roi par M. de Maurepas; et sans le vou* « loir, ni le prévoir, nous avons contribué à la révslution» > Les innovations qu'il se permit le rcndi- renl ridicule; il fut chansonné, on fabriqua des tabatières plates qui se nommaient turgotities qui devins rentàla mode. Il s'en conservait encore que j'ai vues dans mon enfance. Nous ponvons assurer que Turgot provoqua la suppression des corporations, parco qtril savait quelles élaicnt basées sur la reli- gion) qn'd liaisbiit.
n INTROntCTION.
d*hu! roiigiie indomptée d^une concurrence qui courl Tile comme la foudre, Il est rrau
maïs ■• ^- - ' "- •- "-••^ ' " • ^'- -^— :-...-^ .•^•- .- ..
irréi frnji lonlrur.
Chacun sait comment ces graves questions sont posées. Aujourd'hui, personne n*eD ignore tus phases brûlantes; nous n^oTons donc point besoin de les rappeler ici. Nous iH)us conteiitrrons, comme liislorien des corporations « de retracer comment ces deux questions furent considérées et disculées sous le règne de Louis XVI, quinze années seu* leraent avant la révolution de 1789. Ces discussions serviront à nous faire connaître les arantaj^es et les abus de Tun et Tauire régime.
A peine le projet de Turgot eut-il lrnns|»iré dans le public , que de tous e6tés il se pu- blia et s*imprima une foule d'écrits qui semblaient prédire la dernière heure de la pros* i»érité nationale. En détruisant les cor|N)rations, di^uîont-ils, on enlevait à tuns les métiers *égtde protectrice qui les avait défendues pendani tant de siècles. Les chapeliers de Paris rédigèrent un long mémoire, remarquable entre tous par la teinte lugubre dont il est em- preint. La véhémence de ces rérlamutions alla si loin que Louis XVI dut condamner plu- sieurs corps a supprimer leurs écrits.
Après avoir entendu ces bruits de la place publique, pénétrons dans cKte majestuenso etircinte où siège Louis XVI, entouré des niagîstr»ls les plus fameui du royaume, des avocats les plus renommés, des plus hauts digniiaires de rKlat. Assistons <tu lit de jus* ticc solennel tenu à Versailles le 12 mais 1776. et écoutons à la fois Tavocat défenseur cJescorjtorations menacée!*, et les paroles du monarque qui les supprime.
« La liberté est sans doute, disait Louis Séguicr, avocat célèbre au conseil du roi (35) , out« la liberté est le principe de touti'S les actions; elle est Tâmede tous les arts, et prio- cttialement la vie du commerce. Mais par ce mot il ne faut point entendre une liberté iiîdéfiuie, qui ne coniiattrail aucunes lois, alors ce serait de la licence, un f)rinci|>edu destruction |)our les métiers Les entraves salutaires de la loi iie sont point un obsta- cle à la liberté, c'est une prévoyance contre tous les abus que l'indépendance traîne à sa suite : les extrêmes se touchent de près.
c Qu'étaient les corporations h leur origine? Avant le règne de Louis IX, les prévôts de Paris réunissaient aux fonctions de la magistrature la recette des deniers publics. Le5 lualheurs des temps obligèrent de mettre en ferme ces recettes; mais les avides fermier^ outrepassèrent bientôt toutes bornes. Pour obvier aux abus, Louis IX érigea tous les mé* licr.H en corps distincts, qui pussent être dirigés au gré de l'administratiou. Hu reste, en agissant ainsi, il obéissait à l'in pulsion dé cette époque, où tout était corps, clergé, no- blesse, cours souveraines, académies.
€ Dans le régime des corporations, la loi veille également sur l'intérêt de celui qui vend et de celui qui achète; elle entretient une conOance réciproque entre l'un et l'autre; l'ac- quéreur et le vendeur trafiquent sous le sceaa de la foi publique. Dans le système de 1 indépendance, au contraire, chaque artisan se regardera comme un être isolé, dépen- dant non plus de statuts réguliers, mais de lui seul, et libre de se donner k tous les écarts d'une imagination souvent déréglée.
• Celte liberté illimitée que Ton désire obtenir fera bientôt évanouir cette perfection que rindustrieavaitacquise, et le commerce tombera dans cette inertie dont Côlbert, ce ministro
si sage et si laborieux, avait eu tant de peine à le tirer L'tffet d'une liberté illimitée
sera de confondre tous les talents et de les (anéantir par la médiocrité du salaire.
c Qu'aliez-vous faire en déchirant ces.statuts des cor|>oratious7 Jamais prince n'a été plus chéri que. Henri IV; jamais la France n'a été plus puissante que sous Louis XIV ; jamais le commerce n'a été plus étendu que sous la gestion de Colbert : c'est néanmoins fauvragede Uenri IV et de Louis XIV, de Sully et de Colbert que vous allez anéantir... » A c«*s motifs de Colbert et à plusieurs autres qui ne sont pas rapportés ici, voici ce que répon J Turgot, et avec lui, les ennemis des corporations :
4 On ne peut nier, en elTet, que l'organisation des corporations d'arts et métiers n'ait rendu de grands services au commerce et aux arts, dans les temps si orageux du moyeu ège. Les commencements furent utiles au développement et à la prospérité de riiidusirie naissante; mais une fois que, par suite de leur organisation même, elles devinrent mal- tresses de toutes les branches de métiers, on ne peut se dissimuler qu'elles exercèrent une influence souvent très-nuisible au progrès, par le despotisme des statuts; n'excluant ou D admettant qu'avec des formalités souvent onéreuses tin apprenti étranger ; par un mono, oie ombrageux, qui concentrait entre leurs mains des droits et des privilèges cxce«sils; par rimmotiilité fatale rigoureusement imposée à la fabrication des ouvrages astreints aux mêmes formes et aux mêmes dimensions. Dans presque toutes ces commu- nautés, le nombre des menilires était limité; les apprentis devaient ne point se marier et |»dsser six ou huitausau service du maître, avant de pouvoir travailler en leur nom; puis, DU moiiienl d'être reçus maîtres, ils devaient subir un examen chargé de tant de frais |:écuoiaires, entouré de tant de formalités vexatoîres, soumis è tant de menées, de cabalos
(X*) Extrait analyiiqiie du discours de Louis Së^uier
17 INTRODOCTiOX,. <8
•I de coterie* que l'apprenti le plus digoe, le plus capable, se Tojrail iropitojabiement rejeté, tandis que le fils d*un maître, protégé parce seul litre, était reçu sans examen, Mns épreuve e( avec exemption (tnrtiplle, et quelquf'fois totale de redevance d^argent. Où était alors la justice? et que pouvait-on attendre d*une pareille iniquité pour le perfectionne- mont de rindustrle? N'élait-ee pas éloutl'er le génie au début de sa carrière, et i^rrèUt dans sou origine toute tcfutativu d'amélioration? On invoque une sentence (te Merlin, qui dit: « Il est certain que le principal mobile du commerce est la concurrence; c'est pnr elle seule que les arts se perfectionnent, que les dnnrées abondent, que rBtdl se procure un grand nombre de proauits à exporter, qu'il oblient la préférence par le bon marché, enlin qu'il remplit son objet immédiat, qui ostd'o«!euperetde nourrir le plus grand nombre d'hommes qu'il lui est possible. » Les membres des corporations ayant eu soin de se mettre à l'abri d'une semblable concurrence par leurs statuts, ils se montrèrent presque toujours, à p«irt quelques honorables exceptions, indolents et paresseux, soit pour accroître, soit pour perfectionher le mélier qu'ils avaient adopté. Nous ne pouvons citer à nolro appui une autorité plus respectable que celle du célèbre hollandais Jean de Witt: « Le gain assuré, dit-il, des corporations rend les artisans lâches et indolents, au détriment des ^ens fort habiles auxquels la nécessité donnerait du zèle pour toujours mieux faire. »
Cette honteuse stagnation imposée au progrès de l'industrie par les corporations, et les vices nombreux de leur administration intérieure provoquèrent souvent de vives pinintes parmi les artisans qui en étaient victimes, en sorte oue beaucoup d'entre eux regardèrent l'édit de Louis XVV comme un acte de bienfaisance éclairée.
Nous citon» le préambule de cet édit de l'édit loi-môme, et nous verrons que le rm éprouve un vif chagrin du la mesure qui lui est extorquée.
« Nous devons, dit ce monarque, à tous nos sujets de leur assurer la jouissance pleine et entière de tous leurs droits. Nous devons surtout cette protection h cette classe d'hoiûmes qui, n'a3*ant d'autre propriété que leur travail, ont d'autant plus besoin d'employer dans toute leur étendue les seules ressources qu'ils aient pour sulîsistcr. Nous avons vu arec douleur les atteintes qui ont été données à ce droit naturel et commun par des institutions anciennes, è la vérité, mais que ni le temps, ni l'opinion, ni les actes mêmes, émanés de l'autorité qui semble les avoir consai^rés, ne peuvent légitimer.
« Dans presque toutes les villes de notre royaume, l'exercice des diflTérenls arts et métiers est concentré dans un petit nombre de maîtres réunis en communauté, qui peuvent seuls, è l'exclusion de tous les autres citoyens, fabriquer ou vendre les objets de commerce particulier dont ils ont le privilège exclusif, en sorte que ceux de nos sujets qui, par goût ou par nécessité, se destinent è l'exercice des arts et métiers, ne peuvent y parvenir nu'eo acquérant la maîtrise è laquelle ils ne sont reçus ({u'après des épreuves aussi Ion* l^ues que nuisibles et superflues, et après avoir satisfait h des droits et exactions nom- oreuses, par lesquelles une partie des fonds dont ils auraient eu besoin pour monter leur commerce ou leur atelier, ou même pour subsister, se trouvent consommés en pure pi^rte. Ceux dont la fortune ne peut suflire à ces dommages sont réduits h n'avoir qu'une subsis- tance précaire sous l'empire des maîtres, à languir dans l'indigence ou à porter hors de leur patrie une industrie qu'ils auraient pu rendre utile à l'I^^tal.
«Toutes les classes de citoyens sont privées du droit de choisir des ouvriers qu'ils vou- draient employer et des avantages que leur donnerait la concurrence par le bas prix et la perfection du travail. On ne peut souvent exécuter l'ouvrage le plus simple sans recourir à plusieurs ouvriers de communautés différentes; sans essuyer les lenteurs, les infidélités, les exactions que nécessitent ou favorisent les prétentions de ces divers corps, et les ca- prices de leur régime arbitraire et intéressé.
« Ainsi, les eiTets de ces établissements sont, k l'égard de l'Etat, une diminution inap- préciable de commerce et de travaux industrieux; è l'égard de beaucoup de nos sujets, une perte de salaire et de moyens de subsistance; è l'égard des hnliilants des villes en général, l'asservissement h des privilèges exclusifs, dont Telfet est absolument analogue à celui du mono|K)Ie effectif, monopole dont ceux qui l'exercent contre le public, en travail- lant et vendant, sont eux-mêmes les victimes, quana ils ont à leur tour besoin des mar- chandises ou du travail d'une autre communauté.
« Ces abus se sont introduits par degrés; ils sont originairement l'ouvrage de l'intérêt des particuliers qui les ont établis contre le public, et ce ne fut toujours qu après un long intervalle de temps que l'autorité, tantôt sur[»rise, tantôt séduite par une apparence d'uti- lité, leur donna une sorte de sanction. La source du mal est dans la faculté même accordée aux artisans du métier semblable de s'assembler et de se réunir en corps.
« Il parait que lorsque les villes commencèrent à s'affranchir de la servitude féodale et à se former en communes, la facilité de classer les citoyens par le moyen de leurs profes- sions introduisit cet usage, inconnu jusqu'alors. Les différentes professions devinrent ainsi comme autant de communautés particulières dont la communauté générale était composée. Les confréries religieuses, en resserrant encore les liens qui unissaient les personnes d'un même état, leur donnèrent des occasions plus fréquentes de s'assembler pour s'occuper de l'intérêt commun de la société particulière, qu'elles poursuivirent avec une activité continuelle au préjudice des intérêts do la société générale. Les communuuiés, une fuis
49 mtBODOCnM. 10
fi>miées» rédigèrent des statuls , el mus différents prétestes de bien publie, les fireni suto- riser par la police.
« La base de ces statuts est d*abord d*eiclure du droit d'eiercer le métier quiconque ii*ast pas membre de la communauté; leur esprit général est de restreindre le plus qit*it est possible le nombre des mafires, de rendre Tacquisilion de la maîtrise d'une dlOicMlté
Cresique insurmontable pour tout antre que pour un enfant des maîtres aciufis. Cesl à ce ut que sont dirigés les frais et les formalités de réception, les difficultés du chif d'œurre* touiours jugé arbitrairement, surtout la cherté et la longueur inutile îles apprentissages et la servitude prolongée du compagnonnage, institutions qui ont encore pour ohj«a de faire jouir les maîtres, gratuitement et pendant plusieurs années, du travail des apprentis.
c Lhs communautés s'occupèrent principalement d'écarter de leur territoire les uiarch^n* dises et les ouvrages des forains, s appuyant sur le prétendu avantage de bannir du corn* nierce des marchandises mal fabriquées ; ce motif les conduisit è demander pour elles-mêmes des règlements d'un nouveau genre, tendant à prescrire la qualité des matières premières, leur emploi et leur fabrication. Ces règlements, dont Texécution fut contiée aux officiers des communautés, donnèrent h ceux-ci une autorité gl'î devint un moyen, non-seulement d^écarter encore plus sûrement les forains, sous prétexte de cnntraxentirm, mais encore d'assujettir les maîtres mêmes de la communauté à l'empire des chels, et de les forcer, par la crainte d'être poursuivis pour des contraventions supposées, à ne jamais sé|iarer leur iutérèt de celui de leur association, el, par conséquent, à se rendre complices de toutes les manœuvres inspirées par Tesprit de monopole aux principaux membres de la société.
m Parmi les dispositions déraisonnables et diversifiées a l'infini de ces statuts, mais tou- jours dictées par le plus grand intérêt des maîtres de chaque communauté, il en est qui excluent tous les fils de maîtres ou ceux qui épousent des veuves de maîtres; d'autres rejelteot tous ceux qu'ils appellent étrangers parce qu'ils ne sont pas nés dans la même Yille; d'autres prononcent qu'il suffit d'être marié pour être exclu de l'apprentissage, et conséquemmeut de la maîtrise. L'esprit de monopole qui a présidé è la confection de ces statuts a été poussé jusqu'à refuser aux femmes l'eiercice des métiers les plus conve- oabl<» h leur sexe.
« Nous ne suivrons pas pins loin l'énumération des dispositions bizarres, tyranniques, contraires k l'humanité et aux l)onnes mœurs dont sont remplis ces esiièces de codes obscurs, rédigés par l'avidité, adoptés sans examen dans des temps d'ignorance, et aux- quels il suffit d'être connus pour devenir l'objet de l'indignation publique.
« Les communautés pai'vmrent cependant à faire autoriser leurs privilèges dans les Tilles principales, quelquefois par lettres royales, souvint par des arrêts des parlements, quelquefois par de simples jugements de police ou même par le seul usage, enfin l'habi- tude prévalut de regarder ces titres coicme un droit commun. Le gouvernement, de son cOté, s'accoutuma à se faire une ressource de finance des taxes imposées sur ces ceminu- naulés et de la multiplication de leurs privilèges; car, indépendamment des taxes d'établis- sement de jurandes nouvelles, il créa dans les communautés des offices sous diflérenb'S dénominations, en les obligeant de racheter ces offices au moyen d'emprunts qu'on les autorisait h contracter, et dont elles payaient les intérêts avec le produit des gages ou d.*s droits qui leur étaient aliénés.
« C'est sans doute l'appât de ces moyens financiers qui a prolongé l'illusion sur le pré-* jodice immense que l'existence de communautés cause à l'industrie et sur l'atteinte qu elle porte an droit naturel. Cette illusion a été portée chez quelques personnes jusqu'au poiiti d'avancer que le droit de iravaUUr était un droit royal que le |)rince pouvait venJre et que le suiet devait acheter. Nous nous bfttons de rejeter une (lareille maxime. Dieu, en don- nant s l'homme des besoins, en lui rendant nécessaire la ressource du travail, a fait du droit de travailler la propriété de tout homme, et cette propriété est la première, la plus sacrée et la plus imprescriptible.
€ Nous regardons comme un des premiers devoirs de notre justice, et comme un des actes les plus dignes de notre bienfaisance d'affranchir nos sujets de toutes les alteinies portées k ce droit inaliénable de l'humanité; nous voulons, en conséquence, abroger ces institutions arbitraires qui ne permettent pas è l'indigent de vivre de sou travail, qui repoussent un sexe k qui sa faiblesse a donné plus de besoins et moins de ressource^»; qui éloignent l'émulation et rendent inutiles les talents de ceux que les circonstances excluent de I entrée d'une communauté; qui privent r£tat et les arts de toutes les lumières que les étrangers y apporteraient; qui retardent les progrès des arts par les difficultés multipliées que rencontrent les inventeurs; qui, par les frais immenses que les artisans sont obligés de payer pour acquérir la faculté de travailler, par des exactions de toute espèce, par des procès interminables suscités entre les communautés k propos de l'étendue de leurs prif îléges, surchargent l'industrie d'un impôt énorme» onéreux aux siûets sans aucun fruit pour l'Etat.
a Nous ne serons point arrêtés dans cet acte de justice par la crainte (ju'une foule d'arti- ttns n'usent de la liberté rendue k tous pour exercer des métiers qu'ils ignorent, et que le put>lic ne soit inondé d'ouvrages mal fabriqués. La liberté n'a point produit ces lleheux fetfeis dans les lieux où elle est établie depuis longtemps. Les ouvriers des faut>ourgs et dts endroits exempts de jurandes ne travaillent pas moins bien que ceux de Paris. Tout
71 tNTUOinJCTlO?^. 72
le monde sait d*aiI1eurs combien la police des jurandes est illusoire pour ce qui concerne la perfection des ouvrages et que, tous les nieaibres des communautés étant portés par i*es|)rit de corps à se soutenir les uns les autres, un particulier qui se plaint se voit presque toujours condamné et se lasse vainement à poursuivre de tribunaux en tribu- naux une justice plus dispendieuse que Tobjet de sa plainte.
« Ceux qui connaissent la marche du commerce savent aussi que toute entreprise îinportantedo trafic ou d^induslric exige le concours de deux espèces d'hommes :d'ontrepre* neurs faisant les avances des malières premières avec les ustensiles nécessaires h chaque iH>mmerce,et de simples ouvriers, qui Iravaillentpour le compte des premiers moyennant un dalaire convenu. Telle est la véritable origine de la distinction entre les entrepreneurs ou maîtres, et les ouvriers ou cnm))agnons, laquelle est fondée sur la nature des choses et ne dépend point de rinslitution arbitraire des jurandes. Certainement ceux qui em- ploient dans un commerce leurs cafiliaux ont le plus grand intérêt è ne confier leurs ma- Cières qu*à de bons ouvriers, et Ton ne doit pas craindre qu*ils en prennent au hasard. On doit présumer aussi que les enlreprencurs ne niellront pas leur fortune dans un com- merce qu'ils ne connaîtraient pas assez |)our être en état de guider et de surveiller leurs travaux. Nous ne craindrons donc |)oint que la suppression des apprentissages, des com- pagnonnages et des clK'fs-d œuvre expose le publient être niai servi. Dans les lieux oiji le commerce est le plus libre, le nombre des marchands et des ouvriers est toujours limité et nécessairement p^oporliotnlé aux besoins de la consommation. Il ne passera point cette proportion dans les lieux oik cette liberté sera rendue» aucun nouvel entre|ireneur ntt voulant risquer sa fortune dans un établissement d*un succès douteux eh soumis à la concurrence de plus anciens actuellement bien achalandés. »
Voici l'un des mille graves inconvénit^nts de la libre concurrence:
Aux travaux h la main Ton a substitué le travail de mécaniques pour le cordage, le tis<- sage des étoffes de laine, de colon et de soie. Ce procédé centuplant la force de produc- tion, les marchés se sont trouvés encombrés, les ventes n'ont pu suilire à Técoulemeot iies marchandises fabriquées, empilées dans les magasins. Pour narer à cet affreux ena- burras Ton a eu recours à des moyens peu loyaux pour amener le bas prix des objets proposés aux acheteurs. Au lieu d'étoffes fortes, solides que nous achetions encore dans notre première jeunesse on nous présente des draps d'apparence excellente, mais du plus mauvais usage. Ainsi en est-il de tous nos tissus de laine, do til et de soie. Au défaut de force se joint le défaut plus odieux encore du faux teint, qui cause au consommateur conliant le plus grand préjudice. La fraude sur ces points n'est pas la seule: les matières sont mélangées : la laine contient du coton, le colon se combine avec Te chanvre et le lin* El qu'est-il arrivé de la? mille dommages pour le marchand en détail trompé par le fabri- cant, mille injustices pourles acheteurs indigènes; même fraude sur les objets envoyés à 1 étranger, qui «ne fois trom|[)é abandonne notre industrie qui, pour quelques francs, résul- tats de riiyustic«« se voit re|)oussée quand elle ose présenter de nouveaux produits. C'est là un malheur dont j'ai souvent entendu se plaindre d*excellenti capitaines au long cours que j'ai eu le plaisir de compteur au nombre de mes vrais amis.
11 arrive encore de cette fureur de produire indéfiniment et à tion marché, que la France est sous le coup terrible d'un luxe qui la ruine. Ce ne sont jtius seulement nos lamilles opulentes, Jes habitants de certaines grandes villes, les personnes riches et forcées de représenter qui se jettent dans de loJles dépenses pour satisfaire un goût effréné de paraître. Cette contagion s'est surtout répandue au sein de nos campagnes el enlève à nos jeunes paysannes Je soin de travaux utiles et lucratifs pour les précipiter dans des dépenses exagérées, causes de mille malheurs, de mille iniquités inconnus à nos bons aïeux I Une jeune fille des champs rougira de filer, parce qu'elle aura appris à faire des broderies qui ne peuvent plus s allier avec des occupations qui faisaient jadis , et qui font encore la gloire de la femme forte. Du luxe dans les vêtemenls on tombe dans le luxe des ameublements, car les articles de menuiserie, brillants, éclatants, mais sans S(didité, sont facilement Tobjet de la convoitise de la personne qui veut fixer sur elle l'attention. Pour suilire à ces dépenses isolément peu considérat)les , niais dont la réunion est ruineuse, â quel moyen a-t-on trop souvent recours? Vous le savez, vous qui ea auriez fait la cruelle expérience 1
Comme nous ne sommes pas systématiquement contempt«>urs du présent, nous dirons que nos fabricants ont apporté à la confection de certains tissus un talent qui, soutenu par une grande application , les a menés à un grand perfectionnement, comme il est arrivé à la spécialité des chAles ï^rnaux, quii, disent les connaisseurs, approchent autant que possible des châles qui no^is arrivent de Cachemire. Mais, en mérité, ce progrès est-il uniquement dû, doit-il être excludivemeol attribué h Tcibseuce des anciennes matlrises, k la libre«concurrence7 nous ne le croyons pas, et pour fixer sur. ce point l'opinion publi- que, jetons un coup d'œil sur la libre concurrence sur le rapport des produits, des ouviiers et ou salaire.
Si nous quittons l'ouvrage pour nous occuper de l'ouvrier, quelle foule de réflexions se présentent à l'esprit 1 Sous le régime de la corporation, l'ouvrier était assuré de sou sort, comme membre de la société industrielle, et jouissant d'une nrolection eOlciice. La corporation était i en effet, un personnage important dans i'Ëtat. L ouvrier n*était pas
n INTRODUCTION 7i
isolé, sa position élail nettement tracée, il connaissait ses droits et ses devoirs, wlaté- riellement , son salaire était élevé, car c'est la corporation qui le fixait, en quelque sorte* iforaieroent, il vivait sons un régime hiérarchique sanctionné par la religion catholique. La eorporation industrielle s*est seulement développée au sein du catholicisme, parre qo*elle est fondée sur le repos du dimanche. Chose étonnante! !e travail est organisé en vue du repos, Fouvrier n*était pas considéré comme.one machine, mais comme un chrétien qui devait avoir ici-bas des préoccupations plus nobles que celles de son humble profession, ou plotftlil voyait dans sa profession même Tordre de la Providence, et il s*jr soumettait avec résignation. L'ouvrier aujourd'hui a perdu sa foi et ses habitudes religieuses, il est acces- sible à tous les sophismes, h toutes ces utopies, et nous en avons vn la triste preuve i^ousnosyeux. En 1890, nous avons vu tous les centres industriels, sous l'influence des doctri«> lies révolutionnaires, jetés sur la rue pour jr faire Témeute et courir susà Tautorité royale, lueoacer la sécurité publique; la même chose s'est vue en 1848.
Les ouvriers ont-ils gagné en importance politique? Hélas, non. Ils ont acquis régalite, mais l'égalité, en donnant tout à tous, donne peu h chacun; un droit aussi divisé est bien près de s'annuler. Et, en effet, les ouvriers n'ont influé en rien sur les événements; s'ils ont joué un rAle,ç'a été à leur détriment et comme instruments d'ambitions qui leur étaient étrangères. Confondus dans le reste de la nation , ils n*ont plus rien qui leur soit personnel ; ils ne participent que pour leur pari, et d*une manière insensible» aui sen- timents et aux intérêts généraux. Mous avons dit que, au moyen âge, les arts et métiers des paurres mettaient sur pied des armées qui luttaient contre les rois de France, que ceux de Rouen, Paris, etc., donnaient des inquiétudes au gouvernement, ainsi que ceux de Florence, etc. Dans les temps modernes, au contraire, I action politique des ouvriers dé- génère immédiatement en une anarchie encore plus fatale è eux au'aux autres. Pourquoi cela? C'est qu'autrefois l'armée industrielle avait un ordre, une hiérarchie qui en cen- iBplait la force et en assurait la prépondérance. Les corporations ont marqué dans notre histoire : au milieu des troubles civils et religieux, elles ont paru sur la scène et ont dé- fendu leur cause avec succès. La ligue s'appuyait sur elles, et elles dominaient les princi- pales villes du royaume. Si plus tard elles tombèrent dans le discrédit et furent dédaignées f>ar l'autorité royale, on peut attribuer leur disgrâce au souvenir de la ligue qu'elles ren-» direot puissante. On s'est récrié contre la richesse des corporations; mais que dire de J'état malheureux d'un trop grand nombre d*ouvriers? Que penser surtout de leur état moral et religieux? Dégagé de tout lien qui les attache à la véritable croyance, ils Jtiï perdu presque toute idée de cette vertu. Ils vivent pour la plupart dans un état de dé- gradation SI digne de pitié qu'il a servi de point de départ au cri de ralliement, aux pro- IcgatiODs du socialisme qui a prétendu trouver dans la spoliation du riche la solution du problème qui rêve l'amélioration du sort de celui qui est pauvre, qui vit dans l'indi- gence, dans l'affreuse misère; moyen absurde, ruineux, inventé depuis queloues jours seulement, .et déjà propagé, répandu de telle manière qu'il tient toujours la société comme sur on volcan.
D'autres moralistes voudraient que l'ouvrier fût plus instruit, et ils crient è tue-tête contre l'ignorance de la classe ouvrière i Mais, en vérité, de quelle ignorance veut-on nous
peuple tous les moyens imaginables d'instruction. Ecoles gratuitespU
dans toutes les parties les plus populeuses des villes, écoles .è vil prix mises au sein de nos campagnes, et encore à la condition qu'il y sera admis un grand nombre d'enfants qui sont instruits gratuitement; ajoutons même, i la louange des instituteurs et des institu- trices, qu'ils ne refusent aucun des enfants qui leur sont présentés. Les moyens de faire instruire les enfants sont mille fois plus multipliés quils ne i'étaient autrefois, et ce n'est que depuis soixante ans que Ton crie è l'ignorance de l'ouvrier 1 Allons donc cher- cher ailleurs la cause du mal, et nous la trouverons dans la position de l'ouvrier qui , devenu grand, ne voit plus autour de lui ce qui jadis le tenait attach<^ à Dieu, h la reli- |îoa, aux lionnes mœyrs, disons même au sentiment de la nationalité française. £o6ii, si nous étudions l'ouvrier sous le rapport du salaire, quel spectacle ? J'avoue
3ue, comme le disent nos philanthropes, l'ouvrier est , libre de travailler ou de chômer, e se livrer au travail è son compte, ou dans l'intérêt de tel maître qu'il lui plaît de choisir. Voilà assurément un privilège; mais ce privilège lui manqua-t-il jamais!
Le temps du travail était autrefois limité, aujourd'hui une loi est intervenue, et nous savons combien souvent elle est violée.
Ne voyons*nous pas de malheureuses femmes travaillant par milliers dans des fabriques, des enfants gagnant tristement leur vie à un â^e où ils ne devraient connaître que les jeux de Tenance. Le législateur a été obligé d'intervenir pour empêcher que l'enfant no pAt être admis dans les fabriques avant l'âge de huit ans, il a dû limite!^ la durée du travail qui lui est imposé. Ce relâchemen! des liens de la famille n*effraye-t-il pat l'homme sérieux, Thomme qui réfléchit? La famille se dissout dans la classe ouvrière, c'est le moment de pousser le cri d'alarme. Il y a ici un mal que nos pères n'ont pas coona ; l'ancien ouvrier n'avait pas seulement la grande famille de la corporation à
DlCTIOH!! DBS COKPBiRlES ET COBPOR. 3
U INTRODUCTION. 76
laquelle ii apparlenaitf il avail encore la famille parliculière, son foyer domestique. Sa femme travaillait chez lui« au milieu de ses enfants et du soin de son ménage ; elle ac- complissait gaiement sa lAche^elle n'était pas condamnée au travail monotone des manu- factures. N'est-ce pas là un point important? V^oyons ce qui revient du salaire de l'ou- vrier de nosjours» prenons un exemple. La fabrication delà soie produite Lyon une valeur de 200 millions de francs et occupe 175,000 ouvriers. Ce résultat paraît magnifique au
f>remier abord , et cependant que reste-t-il à l'ouvrier de toute cette* richesse? Quelle eoDomie fait-il sur son salaire? Toute celle popuhition est triste, inquiète. Les écono- mistes prêchent l'épargne ; il est facile h l'économiste d'épargner sur ses traitements, maisTouvrier vit au jour le jour, sa destinée individuelle ne lui inspire aucune pr4- toyance. La prévoyance est une vertu qui excite une haute suite d'eflbrts, et si les mas- ses n'en sont pas susceptibles , c*estau gouvernement à y suppléer. Le meilleur moyen de moraliser et d'instruire l'ouvrier serait le retour aux corporations fondées, basées »ur la religion. Puisse ce régime revivre I on le dit contraire au développement I erreur accré- ditée par l'irréflexion.
Qui ne conçoit que, pour obtenir le plus de travail et par suite le plus de béni'nce possible, l'ouvrier qui aspire h la maîtrise doit employer tous ses talents à égaler et môme à surpasser celui qui, dans la même partie, a déjà une réputation acquise.
On se> plaint de la rigueur des examens et des frais qu'ils entratnaient ! Mais aujour- d'hui dans quelle profession peut-on se fixer sans des exnmens coûteux et presque rui- neux? et ces examens tiennent éloignée la médiocrité, comme au temps des corpora- tions.
§ VIII
Sceaux des confréries, — Leurs armoiries, — Leurs bannières , etc. Explication descnpimH
symbolique.
Ce^l principalement au temps des croisades que se propagea l'usage de certains insi- gnes, ou t)annières et étendards découpés (36) et do couleurs diverses, par lesquels les Iieuples européens rassemblés sur une même terre pour une cause commune se distinguaient es uns des autres, et do signes particuliers ou blasons qui faisaient reconnaître seigneurs, nobles, barons, chevaliers.
Les fêtes des tournois, si usités aux xi' et xu* siècles, en favorisèrent aussi la propaga- tion, si même nous ne devons pas dire qu'elles les firent inventer. Dans ces solennilés chevaleresques, les jouteurs, complètement cachés sous leurs Caisses arorures, portaient sur leurs tioucliers ou leurs cottes d'armes, des signes particuliers qui devinrent ensuite Jours blasons.
C'est à cette grande époque que se présenta sous des formes plus régulières et plus savantes, le fier symbolisme armoriai, auquel vers le xiv* siècle, on aiouta l'entourage.des ligures de bêtes féroces, de liona, de griifons, de vautours, à pose afti^re, qui semblaient de muettes menaces, aH triomphaient 1 orgueil du maître, la fierté du guerrier. Tout grand seigneur avait son écusson, sa devise, son cri de guerre.
De 'même manière, les gens de métiers, marchands et artisans, soit pour se reconnaître dans les solennités7)ubliques, soit pour s'unir dans les mouvements populaires, voulurent aussi avoir des bannières, des armoiries, des devises, des cris de guerre; dans le midi, c'était Atlol: chez les habitants de Comminges, Ablot, En Bourgogne, Aboc, Les devises concordaient avec le métier. Les serruriers écrivaient sur teurs sceaux ou armoiries: fldéliti d secret; les apothicaires : avec nous sécurité et confiance; les drapiers, merciers- unis : Vamour de la patrie fut notre lien di'union. Les bannières servaient de point de ralliement et se portaient en tête du corps des artisans ou des frères de charité dans les cérémonies publiques. On représenta d adord sur les bannières le saint patron ; puis, à côté, au-dessous ou sur les revers, on plaça des blasons ordinairement composés avec le<i instruments du métier. Certaines corporations possédaient des bannières sur lesquelles étarent peintes en vives couleurs, ici les roues de la fortune; là des navettes, des ciseaux, des counerets, des marteaux formés en croix.
En 1MI7, lorsque le rusé Louis XI voulut organiser en corps de défense et de sûreté, les artisans de Paris, il les divisa en 61 catégories, auxquelles il donna une bannière rartirnt au milieu une croix blanche, comme signe général de reconnaissance pour toutes les corporations entre elles, et au-dessous les armoiries de la profession comme signe
rirticuiter entreles membres de la même communauté industrielle; les bannières, confiées la garde des chefs de chaque catégorie, étaient enfermées en un cotfre à triple clefsi d'oi^ elles ne pouvaient être tirées que par ordre du roi , ou de ses lieutenants dans les provinces. Les catégories organisées par Louis XI prirent le nom de bannières, qui, dans les réu-
(36) Voîr D'^HoiiER, grand armoriai de France; -— De Waillt, Elémenu de palépgraphie, art. scuivx; — lliCBKLET, Origines du droit; — F. Canel, Armoriai de hi Normandie; 4849; — Bulletin archéoto^^u^ de r Association bretonne; congrès de Saint-Màdo, 1849, et de Sainl-Brieuc, 1852, paisim.
INTRODOCTION.
7S
nions oa les marches génénlcs, se rangeaient d*après un numéro d'ordre déterminé. Tous les artisans el marchands étaient obh'gés h se faire inscrire au registre des bannières de leur étal, h peine d'amende et même de bannissement de ia rille. Chacun d'eux derait s'équiper et se fournir d*armes, dont néanmoins le port n'était permis que sur l'ordre du chef de bannière, h peine de mort, excepté toutefois en certains jours de fêtes où les arti- sans pouvaient porter des armes pour s'exercer h leur maniement. Les chefs de bannières ne pouTaieut réunir ou faire armer leurs hommes &ans un ordre émané du roi ou de ses lieutenants, sous peine de mort. Les francs bourgeois et les marchands en gros qui ne tenaient ni ouTroir* ni boutique, marchaient sous la conduite des échevins.
Les chefs de bannières devaient, en recevant leur titre, prêter le serment suivant que nous le reproduisons d*après le texte de l'ordonnance de Louis XI (37).
< Vous jurez à Dieu et sur ses saints Evangiles que vous serez bons et loyaux an rojret le servirezenvers et contre tous qui pevent vivre etmourir,sans quelconque personne excepter; obejrez au roy, à ses lieutenants, en ce qui vous sera ordonné et yrez ès*lienx qui vous seront dits et conduirez vos bannières et ceux qui se sont rangés soubzicelles en armes et habillements ainsi qu'il appartient, et vous employerez de tout votre pouvoir à faire etaccomplir tout ce que, de par le roy et ses lieutenants, vous sera commandé comme bons sujects et jusqu'à la mort ; et ne ferez, ne souffrirez faire aucunes séditions, rumeurs, tumultes, commotions, entre- prinses préjudiciables au roy et contre son vouloir; et se vous savez aucunes coupables machinacions, les révélerez incontinent au roy soubz peine d'eu estre punis comme rebelles; et avec ce promettez et jurez que ne assemblerez ne soutirerez assembler ne mettre en armes oeuK de votre bannière, el ne les mènerez, ne ferez mener en auscuns lieux pour user de quelque voie de fait sinon que par l'ordonnance du roy ou de ses lieutenants. »
On exigeait un semblable serment de chaque artisan, qui devait, en outre, jurer obéis- sance entière an chef de sa bannière. C'était vraiment la garde nationale de l'époque, et on découvre aisément combien elle puisait de forces dans la sévérité de sa discipline presque militaire. A Paris, la première fois que toutes ces bannières se réunirent, elles lorraerent un corps de nrès de quatre-viuKt mille hommes, passés en revue par Louis XI, accompagué du générai cardinal de La BaTlue et des plus hauts personnages de la cour. Ci-joint Ib tableau de l'ordre de la marche de ces bannières
LES SOIXANTE ET UNE BANNIÈRES DE LOUIS XI.
QuaîorsièMe Batuàire, Fripiers, rereudeurs.
Qmniième Baumère» Pelletiers.
Seizième Banmère, Fourreurs.
Dix-êeptième Bannière.
Première Taueon, baadroyeurs, eorroyeurs.
ikusième Bmmièrem Gdatoriers, boursiers, mégissiers (38).
Troiiième Banmère. Gaatitfs, aiguiUetiers, pareurs de peaux
Quatrième Banmère,
Cordomuers.
Cinquième Banaière.
iMNiiaiii^ei hm
Sixième Bannière»
Pâtissiers, meuniers.
Septième Bannière Forgenms, marécliaux.
Huitième Bannière. Serpîers, doutiers.
Neuvième Bannière, Serroriers.
Ùinème Bannière. UmlebefS, gainiers, rémouleurs.
Onûème Bannière* Ckauddiers, biTiliers.
Dùuùème Banmère. LscvieiSk seflien, eettelieim, maUetiers.
Treizième Bannière. Armuriers, fourbisseurs, brigandlniers (39), jbn-
Peigniers, artilUers, faliniers, tourneurs de bois bunc
Dix-^itième Bannière Bouchers de la grande boocberie.
Dix-neuvième Bannière» Bouchers des autres boucheries.
Vingtième Banmère, Tisserands de linge.
Vingt et umeme Bannière. Foulons de draps.
Vingt-deuxième Bannière» Faiseurs de cardes et de peignes pour b laine.
Vingt'troiiième Bannière.
Fondeurs de grants forces (ciseaux), teinturiers de draps.
Vingt-quatrième Bannière.
Ilùcbers.
Vingt-cinauième Bannièra
Couturiers.
(37) Ordonnancée des rois de France^ tome XV1«
(38) Fabricants de menus ouvrages de fer, mors, gourmettes, éperons, ^. . , . . ,
(39) Fabricants d'une sorte de cuirasse, en usage alors, et nommée Briganduie. Les soldats qui la por-
Uieot eu ayant abusé, on les appela Brigands.
79
Yingl'Siiième Bannière. Bonnetiers et foulons de bonnets.
Vvigî'Seplième Bannière.
Chapeliers.
Vingt-huitième Bannière.
INTRODUCTION. «0
Quarante-cinquième Bannièreé Libraires, parcheminiers, écrivains oi enlumineurs.
Quarante-Mixième Bannière. Drapiers, cbaussetiers.
Quarante-septième Bannière^
Fondeurs, chaudronniers, épiugliers, babncters« Epiciers apothicaires.
graveurs de sceaux.
Vingt-neuvième Bannière. Potiers d'élain, bimbelotiers.
Trentième Bannière.
Tisserands de laine.
Trente et unième Banmère. Poorpoiniiers.
Trente-deuxième Bannièrem
Maçons, earriers, tailleurs de pierre. Trente*troi$ième Bannièrem
Orfèvres.
Trente-quatrième Bannière.
Tonneliers et avaieurs de vins.
Trente-cinquième Bannière.
Peintres, imagers, chasubliers, vuiriers, brodeurs.
Trente-'Sixième Bannière.
Marchands de bùcbes, volturiers por eau balciiers, lignerons.
Quarante^iuitième Bannière.
Deciers. tapissiers, lemturters de fil. sole et toile» tandeurs.
Quarante^neuvième Bannière» Merciers-lunetiers, tapissiers*savaztnois.
Cinquantième Bannière. Maraîchers, jardiniers.
Cinquante et unième Bannière. Vendeurs d*eau, fromage et herbes potagères*
Cinquante-deuxième Bannière. Charpentiers.
Cinquante-troisième Bannière. Hôteliers, tavemiers.
Cinquante-quatrième Bannière. Peigneurs, cardiers.
Cinquante-cinquième Banmère.
passeurs et faiseurs de bateaux,
Trente'^septième Bannière.
Barbiers.
'Trente-huitième Bannière. Poulaillers, cuisiniers» rôtisseurs, saucissiers.
Trente-neuvième Bannière.
Charrons.
Quarantième Banmère.
Lanterniers, souilletiers, vanniers, ouvriers d*osier.
Quarante et unième Bannière.
Porteurs de Grève.
Quarante-deuxième Bannière.
Porteurs de sel, revendeurs de foin et de paihe, chaufourniers, estuviers, porteurs des halles.
Quarante-troisième Bannière.
Vendeurs de bétail, poissonniers pour le poisson de
mer.
Quarante-quatrième Bannière.
Pécheurs et marchands de poisson d*eao douce.
Cinquante-sixième Bannière.
Couvreurs, manouvriers.
Cinquante-septième Bannière.
Cordiers, bourreliers, courtiers, vendeurs de che- vaux.
Cinquante-huitième Bannière.
Bufleiiers, potiers de terre, nattiers et faiseurs d*e»- tanipes.
Cinquante-neuvième Bannière.
Notaires, bedeaux et autres praticiens eu cours d*é- glise, mariés non étant du métier.
Soixantième Bannière.
Marchands en gros, francs-bourgeois, sons la con* Juite du pr^ét des marchands.
Soixante et unième Bannière.
Membres du parlement, de la cbambrf; des comp- tes, de la cour des aides, de la cour des monnaie»
(40).
Cette organisation s étendit a la plupart des grandes villes du royanme ; Rot4en, entre autres, irit aussi ses corporaiions se ranger sous des bannières régulières, qui faisaient à la fois sa force dans les jours de crise et son ornement dans les solennités et les réjouis- sances publiques.
Les artisans et marchands attachaient également une grande importance à leurs sceaoi, cachets, armoiries, jetons ou médailles.
L*usage des sceaux est très-ancien et presque universel. Les Grecs et les Romains, disent les savants Bénédictins, se servaient de sceaux, non<-seulement pour sceller les testaments et les lettres, mais encore leurs marchandises. Au temps de saint Meièce, en 361, on cite des bourgeois d*Antiocfae (jui possédaient des sceaux particuliers. Les sceaux des gens de métier ou de négoce portaient souvent les instruments de la profession. Les auteurs du Trieor de Numismatique ont reproduit les sceaux de plusieurs corps d*état de Bruges, (l*après des Cartuiaires de 1U)7, sur lesquels un moulina vent» un tonneau, trois navettes, trois ciseaux, rappelaient les corporations des meuniers, des tonneliers, des tisserands, des couteliers ou r^^mouleurs.
Ce qu'ils représentaient en petit sur les sceaux ou cachets, ils le âguraient dans de plus vastes proportions sur les armoiries de la bannière ou sur renseigne de la boutique ; ils y ajoutèrent môme» à la façon des grands seigneurs, des ornements en feuillage, dios bao-
(iO) Ordonnances des rois de France tome X VU
SI
INTRODUCTION.
«î
«Jerollcs OotlanteSt des couronnes ouverles et fermées, des figures d*bonimes ou do bèle^, fièrvs d*aspect et d'altitude. Chaque cor|K>ration possédait son arnioirie» son sceau, ses jetons particuliers (^1). Ce goût des symboles héraldiques alla si loin, que plusieurs artisans se composèrent des armes, don! leur propre nom leur fournissait les signes.
Nous on donnons un instructif échantillon extrait d'un cartulaire de Clermont en Beau- ▼oisis (42).
Le Scifiirier. ijdevTK* Le Toonelier. Lecarpenlier. Carbonoier. LeMaçua. ÎJt Charron Leqoeu.
cmiroaiTioei be l armoibie.
Une def.
Un fer à cheral.
Un tonneau.
Une hacbe.
Un Teo cl*or en champ noir.
Un marteau et une équerre.
Une roue.
Une marmite.
Un lirre ouTcrt.
Le Chandelier.
LeMond.
Uffilé.
Pierre Sarrazm.
Jehan Leglay.
Lemoine. Glaidy. Levillain. Lépreux. Jehan Lecoq.
Trois chandelles allomées.
Tète d*argeot à cheveux d*or.
Un couteau.
Télé noire
TétechaoTe.
Un geai.
Tète capuchonnée de noir.
Trois épées.
Laide figure à caoachon.
Des armes.
Un coq.
Les marchands anglais avaient la môme coutume, et M. l'abbé Ouin-Lacroix (43) parle d'une table de.« fabricants de Tolède, en Espagne, Uble datée de 1570, et qui offre des traits à peu près semblables.
i IX.
SufCei wuUntureuses det erreurs de Luiher et Calvin sur les corporations d*arts et métiers, téflexians catholiques. Révocation de fédit de Nantes, Ligue des catholiques. Conclusion, lion.
La France, royaume éminemment catholique, la France, dont les anciens rois se fai- s.iieot un titre glorieux d'être fils aînés de l'Eglise catholique, la France vivait heurease Mius des lois qui tiraient toute leur force de la religion, quand pénétra dans son sein le 5chisme de Luther, bientôt suivi de celui, plus terrible encore, que lui apporta Calvin, hommes malheureusement trop célèbres, dont nous ne dirons qu'un mot qui mettra le lecteur en état de comprendre la légitimité des mesures prises par l'autorité spirituelle et leniporeMe, lesquelles atteignirent les corporations des arts et métiers.
Luther (îf ^rtin) naquit à Fiseleben, dans le comté de Mansfeld, d'un père qui gagnait sa vie en travaillant aux mines. Doué d'un esprit v:f et pénétrant, il fit de grands progrès. Il étudia à Eisernac, et se fit recevoir docteur à l'Université d'Erfurt, à l'âge de vingt et un ans. C'est vers ce temps que la foudre, ajant frappé un jeune homme à côté ds lui, il se détermina h se faire moine et à s'enfermer dans un couvent où vivaient des ermites de Saint-Augustin. Il donna à Wittemberg des leçons de philosophie et de théologie avec Ijeaucoup de réputation ; mais, étant malheureusement tombé sur les écrits de riiërésiar* que Jean Hus, il les lut et il se laissa empoisonner par cette lecture fatale. Dès ce mo« meut, il se montra ennemi de FEglise catholique, contre laquelle il s'éleva avec tout l'emportement de son caractère fougueux. Sous le prétexte aussi frivole que faux de ré- former TEglise catholique, le moine audacieux condamne le célibat des prêtres, les vœux inoiiastiques ; il rgette le purgatoire, la confession qui se fait secrètement à l'oreille du préire, les indulgences, la principauté du pape» les pèlerinages, etc.
Franpé des anathèmes que lance contre lui l'autorité ecclésiastique, Luther lève haute- tnent réteodard de la révolte contre l'autorité du pape Léon X, le protecteur des lettres, f|u*il appelle l'Aniechrist, comme il désigne l'Eglise catholique, la cour romaine, sous le uom de Babjlooe. Il ne 5'en tient pas là. Poussant jusqu'au bout l'impudence, il va jus- qu'à se maner, à l'âge de cinquante-un ans, à Catherine Bora ou de Bohren, jeune reli- gieuse d'une rare beauté, qu il avait fait sortir de son couvent deux ans auparavant, »uus prétexte de la cathécbiser, mais en réalité pour la séduire. Comme on lui laisait un juste reproche de son apostasie, il eut l'etfronterie de répondre qu'il lui était aussi impos^ sibU de se passer de femmes que de vivre sans manger. Nous n'en sommes pas surpris, puis- qu<3 ce même homme n a pas eu honte d'écrire à la fin d*une bible, de sa propre main, une prière dont voici la traduction : « Mon Dieu, par votre bonté, pourvoyez-nous d'habits, de chapeaux, de capotes et de manteaux; de veaux bien gras, de cabris, de bœufs, de moutons et de génisses, de beaucoup de femmes et de peu d'enfants. Bien boire et bien niaoger est le moyen de ne pas s'ennuyer, a Un homme aussi dégradé aurait dû inspirer du dégoût, il aurait dû être, pour tout homme instruit et qui .«^estime, un sujet d'hor- reur; mais il n'en fut pas ainsi. Pendant que l'Eglise catholique le repoussait de son gi- ron, à cause de son impiété, le prince de Saxe se faisait son protecteur, et lui offrait uu
(41) Ycir Le Mowen Age et la RemHssancif in-4% (43) MicacLBT, Origines du droit. (45) Ooix-Licaoïx, ioc, cit., pag. 514.
83 INTRODUCTION. U
abri, même contre raulorilé de Tempcreur d'Allemn^iie, qui élaîl effrayé des préJicatioDS d'un a|)Ostal qui« haïs!»aDt toute autorité» appelait les peuples i la révolte* et les soule- vait contre leurs raatlres légitimes.
Pour faire connaître à nos lecteurs un homme sous la bannière duquel se sont enrôlées des nations jadis catholiques» nous allons citer le portrait qu*en a fait un auteur mo- derne. « Luther, moine apostat et corrupteur J*une religieuse apostate» ami de la table et de la taverne» insipide et grossier plaisant» ou plutôt impie et sale bouffon qui n'é^iargna ni pape ni monarque; d'un tempérament d*énerguaièue contre tous ceui qui osaient le contredire; muni» pour tout avantage» d*une érudition et d'une littérature qui pouvaient imposer à son siècle et i sa nation ; d'une voii foudroyante et d'un ton altier et tran- chant : tei fût Luiher» le nouvel évangéliste» ou» comme il se nommait» le nouvel ecclé* siasle, qui mit l'Ëglise en feu» sous prétexte de la réformer» et qui» pour preuve de son étrange mission» qui demandait assurément des miracles du premier ordre» allégua les miracles dont se prévaut TAIcoran et Mahomet» c'est-à-dire le succès du cimeterre et les progrès des armes» les excès de la révolte» de la cruauté» du sacrilège et du brigan- dage. » Ajoutons à ces traits» que le P. Bourdaloue» dans son Sermon $ur Ui remords de (a conscience, assure que le chef des prétendus réformés affirme que la conscience est uu mot, et qu'il n'en ressent aucun reproche. Nous serions portés i le croire quand nous li- sons la prière rapportée ci-dessus» où l'impiété» la licence, la luxure» la gourmanJise sa disputent h qui aura le dessus» laquelle est très-certainement de Luther* comme l'avouj son historien Juncker (Vita Lutherie pag. 225).
Ce qui nous étonnera plus encore dans la personne du chef de ce que l'on est convenu d'appeItT la Réforme» c'est qu'il a autori&é la pluralité des femmes» comme le prouve si (K)nduile à Tégard de Philippe, landgrave de Hesse, le second protecteur du luthéranisme. Ce prince» ayant voulu» du vivant de sa femme Christine de saxe» épouser sa mattresfo, contre la loi formelle de l'Evangile» maintenue par l'Eglise catholique» il consulta Luther. Celui-ci assemble les docteurs de l'Université de Wittemberg» dans laquelle il avait prtj son titre de docteur, et qui s'était déclarée pour lui, ainsi que Frédéric do Saxe» son pro- tecteur. Cette Université avoue que Jésus-Christ a rappelé le mariage à sa première insti- tution, qu'il défund h l'homme de renvoyer son épouse» ajoutant que celui qui épouse une femme renvoyée conmjet le crime d'adultère. Elle avoue que» Adèle interprète des volontés de son Dieu» TEglise a toujours dit avec son divin Maître» « Que l'homme ne sé- pore pas ce que Dieu a uni. » La société chrétienne se conduisait d'après ces principes depuis |)lus de Quinze siècles, et si de rares exemples du contraire s'étaient présentés, ils avaient attiré h leurs auteurs une réprobation générale. Que feront donc ces graves personnages? D'un côté la loi claire, positive, bien connue d'eux-mômes : d'un autre côlé un puissant de la terre, un prince protecteur à ramener à cette loi ou à mettre en état de satisfaire une passion caressée. En pareille conjoncture» l'Eglise catholique, le Pape, son chef, n'a point hésité h frapper de ses foudres des rois puissants» au risque de s'attirer sur les bras une guerre ruineuse» et cela, parce que le Pape die et répète avec les apôtres : Il faut obéir h Dieu plutôt qu'aux hommes. Mais une hérésie naissante et déjà redouta- ble
Que le lecteur juge et prononce.
Avant de descendre dans la tombe, Martin Luther voit l'Allemagne» sa patrie» se par- tager entre le dogme catholique et ses inventions» ou plutôt ses suppresstons^ puisqu'il supprime presque toutes les pratiques et les croyances anciennes» pour leur substituer ses erreurs. Il voit aussi des princes s'armer pour lui prêter leur appui» et forcer» les armes à la main, les lidèles enfants du catholicisme à 0|iler entre la perle de leurs biens, les supplices» la mort» ou l'apostasie. Ce prodige s'oi>èce en un instant» et ce qui n*était qu'une étincelle en 1517» lut un incendie eu 1518» et l'histoire nous dit quel incompré- hensible embrasement cet incendie cau.Ha dans une grande partie de l'Europei et les maux que la secte a causés dans l'uni vers jusqu'à ce jour.
Le môme Martin Luther» pendant qu'il vivait encore vit sa secte se partager en une multitude de sectes qui, au nom de leur auteur premier, ajoutèrent ceux de nouveaux maîtres; de là les luthéro-zwingliens, les luthéro»calvinistes, les luthéro-oscandrieny, parce qu'à sa suite pullulèrent des docteurs nouveaux qui se crurent en droit d'iyouter ou de retrancher à renseignement de celui qui » leur ayant appris à rompre avec i^^i^}^^
calboli " " '
aucun
vergenteSi
vient du Pape.» principe qu'ils traduisaient par cette espèce de devise si commune au
xyi' siècle : Plutôt turc que papiste.
Cet homme trop fameux mourut à Arleb en 15&6 à 62 ans, regardé par ses partisans eux-mêmes comme un homme emporté» oui» dans ses colères» ne ménageait personne et auquel étaient familières les plus grossières injures contre celui qui lui avait déplu ; ce caractère il le conserva pendant toute sa vici contrairement aux fondateursj aux a'o-
85 INTRODUCTION. 8t
très de la religion catholique qui ont passé leur vie à combattre tous leurs penchants vi^ cieoi el è leur substituer les vertus contraires.
Que le lecteur sache bien qu*en traçant la vie et le caractère du principal cheide ceux qui se prétendent rZ/orm/i » nous parlons comnoie parle Thistoire du temps, quels qu^ên «oient les auteurs et leurs différentes manières d'apprécier la religion comparée à ra re- ligion catholique.
Si Ton nous demande d*où leur vient le nom de prolestants, nous dirons qu'ils le pri- rent au moment où Tempereur Charles-Quint avant convoqué i Spire une diète oik se trou- ▼aient jplusîeurs luthériens, el où il fut décidé qu'ils suivraient la *ieiigion romaine, ils* repoussèrent celte proposition en déclarant qu'ils protestaient; celle*proteslation se répéta à Augsbourg où ils présentèrent une confession de foi, qu'ils prétendaient soutenir toute ieur doctrine, ce qui ne les a pas empêchés d'y faire mille et mille changements, comme les leur démontre si admirablement ^Bossuet daus son immortelle Histoire da variai tiofu.
A la suite, et sur les traces de Luther, une foule de génies plus ou moins éminents,*mais tous inspirés par la même fureur contre TEglise et contre toute autorité, leva la léte et Mi onit à prêcher, chacun ajoutant ses erreurs aux erreurs de son compagnon ; il se Gt une teîle confusion que bientôt, ne pouvant plus s'entendre, le protestantisme se trouva dans une telle confusion sous le rapport de la croyance que ce fut à peine si Ton trouva deux hommes, même parmi les plus habiles, qui nussent s'entendre sur les mêmes points. St ce qui fut pire encore, c'est que du jour au lendemain, le môiue homme n'était pas capa- bla de répéter intégralement une parciîle profession de foi. De tous ces chefs de secte, aoi, à cette fatale époque, se disputèrent la gloire impie et sacrilé^e de faire le plus de mal possible à l'Eglise catholique qui les avait conçus , enfantés et nourris du lait de la saioe doctrine, comme parle l'apôtre saint Paul, parmi ces hommes qui se faisaient uno ^oie féroce de soulever les peuples contre les peuples, les pères contre les fils, les enfants contre les auteurs de leurs jours, en levant des armées au sein de leur patrie pour eu e&tenuiuer les fidèles restés attachés à l'Eglise véritable, nous citerons Calvin.
Jean Calvin naquit à Noyon en 1509 d*un père qui s'appelait Cauvin, qui exerçait lo- oiëtîer de tonnelier dans la ville dont il devint échevin et dans laquelle il fut honoré du- litre da procureur fiscal de l'évêché. Dès l'âge de douze ans, Calvin fut honoré d'un eaoonicat dans sa ville natale, et plus tard il fut pourvu de la cure de Pont-rBvêque« bien- que jamais il n'ait reçu Tonction sacerdotale* Les hommes ecclésiastiques flattant son esprit naturellement ambitieui, il sollicita un riche bénéfice qu'il vit accordera un petit-fils des conuétables de France, à ce qu'il appelait son préjudice. Cet échec ayant en même temps blessé son orgueil, il médita une vengeance contre l'Eglise catholique dans laquelle il était né ei qui lui procurait abondamment de quoi pourvoir è lous ses besoins. L'oci^a- sion ne tarda pas ii se présenter, et voici celle que choisit l'ennemi, inimieuê komo, Jjn luthérien nommé Wolmar se présenta à lui comme maître dans la langue grecque et en nièuie temps dani la liberté de penser. Bientôt son humeur inquiète goûte les nouvelles doctrines et il moolrc a les soutenir une ardeur qui éveille sur lui les yeui de l'au- torité, è la surveillance de laquelle il échapiHS en se réfugiant à Paris, puis enfin à fiâle d'où il envoya à François 1" son livre de Vinslilulion chrétienne qui contient toutes sas erreurs et qui est devenu comme le catéchisme des calvinistes sos disciples. Après plu- sieurs courses en Suisse et en Italie, ce patriarche de la nouvelle secte s'établit h Genève où il fut fait prédicateur et professeur en théologie, et Genève devint le théâtre du calvi-^ iiisme. C'est là que Calvin mourut l'an 1o6i dans le désespoir et d'une maladie horrible, au dire de Ton de SfiS disciples, témoin oculaire : « Caltinus in desperaiionee finiens obiii iurpiêiimo el fadissimo morbo quem Deut rebellibuê et maledictis tomminatus est^prius ex* erueiatus et eonsumptut : quod ego verissime tes tareaudeo quifunestum Hlins exitum et exitium iûswkeis oculis prœsens aspexi. (Joa?iïies Uare:i, apud Pttr. Cusmenium.) Calvin finit s^s jours dans le désespoir: avant de mourir il fut tourmenté, consumé par une maladie horri- iile et très-honteuse dont le Seigneur a menacé les hommes rebelles et maudits. Ce que ie déclare, je Tose attester comme très-vrai, moi qui de mes propres yeux ai vu la fin et la nialheor funeste et tragique de cet homme. » Telle è peu (très fut la lin de Luther.
Voici, croyons-nous, les points de ressemblance et d'opposition qui se remarquent entre les deux chefs du parti prétendument réformé. Luther comme Calvin naît dans le sein de l'Eglise catholique, ils y prennent tous les deux Tinstruction religieuse, el même ils se consacrent à Dieu dans des ;sociétés reconnues. Ils sont enfants privilégiés d'une mère assurément généreuse envers tous ses enfants. Si les mauvaises lectures pervertissent Luther, une mauvaise société égare Calvin. L'orgueil froissé fait éclater Luther, qui voit avec dépit qu'on lui préfère un autre religieux dans la prédication d'indulgences oui vont retentir dans tout Tunivers pour l'exécution d'une œuvre éminente; Tambition déçue fait aposiasier Calvin. Victimes de passions impures, tous les deux se livrent k des amours, hideuses en Luther, plus raflinées en Calvin, qui ne parait que mù par des sentiments de pure galanterie envers celle qu'il appelle Ideletle, sa chère anabaptiste ; mais ce calme liaraissaît exigé par une faible complexion et la liassesse de sa physionomie plus que |iar «D autre sentiment. Ardent, impétueux, emporté jusqu'à la violence, Luther ne prenait |ias la peine de feindre et il refusait de se soumettre à ceux qiii cherchaient
T7 ismwocnasL u
\ f. TiowBWr ^t s& <Tf«srB« i^c^h mardbvit'il hiut€anent« bu^Jinit^ ccnlrf !e Fa;*e, coiiin» h^iâtr -{«t c^iiinl qii*)] follaîl ca«(«Urr tEgUêe H rtirin- i^ui ce fvi rr— if év A^ quM ^uRnjit %« «ObtérM qui cracbaît des diai*!^. IJ ve ^nnia aucfiiMî aiesure eovers its rois iH .ir^ ?«iii.i«œiif avxqttelf il avait voué uu MHiremiii m^iiris.
C3. !-:&, BK^ift» «fDpOfié« luolns arroganU idoîiis MJjel à la jactaocx, étaîl «Tastast plus «/rçxrf*:: f-vx qu*il se piqaait de plas d'une loodedie qu'il portait ju&qu*à roslefiUUttii ; îofi. u. 'u»nà }ibiS afiiGdeux et d*uue maii^îlé et une amerUiiDe m'ulf: luit f4as odieastsque :..^«:5^ >!S ^rû&oti H ieh ettifK>r(esi>efil§ de Mm («rédéoesseur, quand sao onsmeil était &ic»ik!^, ^ »'aUa»dotinait â f.on bufueur eiiapiue el baioetise* ei ai traitait !«:» muiislnss ses cuilè- 4»^ avec toate la dureté d tm deffK>te eutooré de ses esd>Te«.
L'«D, Luther, fuirait av<»r été« dans le siède dernier, le modèle de Voltaîre el I autre le fOiriMi de d'AlefliberL
(hid tNtI se proposèreiil ces boasoies dans ie«r eondoiie contre PE^iae? La réfimier, disaieol-ils, dans son ebef et daus ses aiecutires! Mais qui leur avait doDiié eelle miâsioo? <^elle réforme ootiis établie?
Leur fliissioiu ils se la sont doftoée, car jamais ils B*ODt oième cbertbé i prouver qoe Dieu les ail cfaoisis pour uoe <mrre aussi importante* en supposant, eomme ils le souie* naieot impertànemimot, que TE^iisa eût erré* et te^madêui pour uao entreprise de cette nature il ne (allait laisser aucun douie sur le earactère de ta mission qui devait atteindre l'Eglise tout entière. Ils fK«seiil comme fcindpes ces trois propositions : poânt de Fupe» pojnt d*£^lise, (M>iiit de elirisliaoisme; point de christianisme* point de religîoii*au moios pour te peuote qui fut chrétien* et par conséquent, point de fjciété.
Quelle réforme ont-ils donc ameuée ? Si je lis leor histoire, je vois Luther rqeler plu- sieurs des dogmes adoptés par TEglise catholique que Calvin repousae et rqette. Je vois qne ces hommes savent détruire, et je vois qu'ils o^'imt rien cherché à édifier.
Ils ont affranchi la fieosée, en soustrajant rhomme i fautorité du Fape ei à celle de Tfidise catholique qu'ils afipellent un joug despotique.
rour apprécier la conduite des hommes qui parlent de la sorte* écoutons un toomme qui n*est ôas suf(iect« Félicité de Is Meniuis. (De la retigiam e^msidérée datte eee rapportt atu rardre poliliyue H êoeiat^ | ^ : € Il se trouva* il j a tr(»is cenis ans, des rêveurs ei des fanatiques qui, charf^s de plusieurs dogmes de la loi chrétienne et la soumettant en dernier ressort au jugement de leur raison, entreprirent de réformer, selon cette méthode, la religion de Jésus-ChrisL C'était supposer, ce qu'en effet iis assuiaieiit formellemenU que le vrai christianisme n'existait plus, et en outre changer les notions que tous li's chrétiens s'en étaient formées jusqu'alors ; car on avait toujours cru d*un c6té que te juj$ement de la doctrine n*apparteiuit qu*à l'Eglise dont les décisions étaient Tunique règle de foi* •
L'esprit d'indéfiendance prêché par Luther el Calvin pénètre partout en peu d'années : les seclaiies devenus forts fiortent haut la tête, ils attirent è eui plusieurs personnages des plus puissants, tant en Allema^e qu'en France et en Angleterre; partout sous leur haiiuière éclate la plus cruelle des guerres* la guerre civile avec tout ce que lui imprime le raraclère d'une religion aucieniiu et visiblement bonne à conserver* une religion nou- velle avec son caractère dur et des(K)tique qui ne va h rien moins qu a dépouiller les catholiques de leurs croyances et à leur ravir même leurs biens temporels.
Pendant que François 1*' d'abord leur prête ap(iui en Allemague, et même en France pour humilier Charles-Quint son ennemi elson rivaUqui, connaissant leur perfidie, voulait arrêter leurs progrès et rélablir dans ses étals la paix qu'ils y avaient troublée; souleinis par ce puissant appui, ils firent i Siualkade une ligue daus le dessein, dirent-ils, de dé- fondre leurs personnes et leurs biens, leur religion et la liberté germanique. Ils filèrent ^ur% cotisations en troupes et en argent et formèrent un plan de guerre. Plusieoni villes considérables comme Strasbourg, Nuremberg et autres y accédèrent ainsi que les rois de Suède et de Danemark. (A!iQt;ETiL , HUi. de France.) Il est certain que François 1" ayaiil connu les protestanls, il fit taut ce que peut faire un roi pour arrêter leur fureur. (Ibidem.) Depuis cette année 1531, jusqu'à la révocation de Tédil de Nantes par Louis XIV, les protes- tants n'ont cessé de mettre notre malheureuse France dans un état de guerre toujours re- naissante« couiotant parmi ses partisans des princes du sang royal qui, soit roeconlenis soit (xmssés (lar l'ambition, se jetèrent du côlé des huguenots, marchant contre le roi qu*ils iâSêâfèreni de priver de ses États et même de la vie. N a*t-on f^s vu le roi de Navarre, avant sa conventioot porter ses armes contre sou souverain légitime, l'assiéger dans sa capi- tale k laciuelle il fait endurer toutes les horreurs de la plus cruelle famine.
Pousses h bout les catholiques, pour sauver leur foi iniusteroeut attaquée, pour repous- ser la force fiar la force, se portent à de cruelles représailles que la religion a toujours ro- prouvées, condamnées* En Vannée 1576, les catholiques, h l'exemple des protestants, for^ nient une rien souffrir
Crsévérer itûqtt' .
défense ou roi Henri 111 et les prérogatives dont jouissait le royaume sous CloviSi Nous nous obligeons h employer nos biens et nos vies pour le succès de la sainte union et poursuivre jusqu'à la mort ceux qui voudraient y mettre obstacle. Tous ccta qui ^^*
89 INTnODUCTlON. 9(1
gneroni seront sous la sau?egarde de Tunion, el en cas qu'il soient attaqués, recherchés rt molestés, nous prendrons leur défense, m^me par voie des armes contre quelques per- sonnes que ce soit... Par cet acte les catholiques se proposaient ayant tout oe conserver au roi sa couronne et à la France sa religion. Cet acte fut rédigé par d'Humières, gouver- neur de Picardie et signé dans ce pays d'où il se répandit dans toute la France; il se glissa dans les corporations d*arts et métiers |iar le moyen de quelques gnmds maîtres qui exercèrent sur les ouvriers une trop fatale inOuence. L'esprit de turbulence ayant inquiété Tautorité légitime, elle adopta pour sauver les corporations elles-mônies et la France une mesure énergique connue sous le nom de révocation de Tédit do Nantes dont nous allons parler
IX.
EffHê de la prétendue réforme sur tee corporatione d'ara el mUiert. — Rén^ocaiion de VédU
de Nantes en 1685. — Béflexione eur cet acte de Louis XI F.
La ligue que6rent entre eux les catholiques pour conserver è la France sa religion et sa monarchie, la révocation que Louis XIV fit du fameux édit donné par son aïeul HenrilV, enfaveurdes calvinistes, ayant servi de texte aux mille réclamations des hujiçue- iiots et de leurs fiartisans représentes par Voltaire, nous croyons nous tenir dans les bor- nés de cet ouvrage en donnant le jugement qu'en ont porté d'abord Tesprit d'impartialité, ensuite les hommes savants les moins favorables aux catholiques sur mille autre points rt des plus importants, pour apprécier la ligue des catholiques, pour imitor celle que» tirent entre eux les huguenots en 1531 dont nous donnons ici la formule. « Pendant que le pape et l'empereur s'occupaient des moyens è prendre |H)ur arrêter les progrès da luthéranisme, plusieurs princes d'Allemasne, électeurs et autres, éludant tout rafiprr»che«. ment«s0 séparaient de la cour romaine. Ils éclatèrent sous une diète tenue à Spire, et pro* testèrent contre un édit émané d'une autre diète tenue à Worms qui défendait toute inno- vation en fait de religion, et de Ik ils ont été appelés protestants; peu après, ils se rassem- blèrent k Smalkade et y signèrent une ligue, dans le dessein , disaient-ils, de défendre leurs personnes, leur religion el la liberté germanique. Ils fixèrent leurs cotisations en troupes et en argent et formèrent un plan de guerre. Plusieurs villes considérables, fX>mme Strasbourg, Nurembei^ et autres y accédèrent, ainsi que les rois de Suède et de Hanemark. On croit que le roi d'Angleterre $y joignit aussi , mais par esprit de ven- geance contre l'empereur d'Autriche, quand il répudierait sa tante. Lesliguésde Smalkade, menacés par le chef de l'empire, eurent recours au roi do France. » (A^quetil, Histoire deFraneef\n-i% p. 2^7.) Animés du même esprit que les sectaires d'AtIumague, les cal- ▼inistes de France se -conduisirent d'une fagon toute pareille. Bientôt, so.utenus par les princes les plus éminents, ils se virent en état de faire face aux rois qui s'avisèrentde les réprimer, après les avoir d'abord tolérés; mais bientôt enhardis par le fameux édit de Nantes, les huguenots allèrent jusqu'à attenter h la vie du roi légitime, et ils se proposé^ reni l'anéantissement de la religion catholique, comme on l'avait vu sous les règnes du Henri III, Charles IX et autres.
A la vue des maux qui affligeaient la France, effrayée do la faiblesse et de • impuis-^ sance des rois, plus encore par les succès du roi de Navarre qui marchait contre son mi pour loi ravir sa couronne et faire régner avec lui le c^ilvinisme dont il était alors imbu et entêté, les catholiques formèrent entre eux une ligue offensive et défensive en 1576, et voici comment elle commença.
€ Les bourgeois de Paris, marchands, gens de polices et autres, non contents de s'en* tretenir entre eux de l'état de la religion, en vinrent jusqu'à tenir des assemblées clandes* tines dans lesquelles ils traitaient la matière exclusivement. Comme ils avaient déjà vu des calvinistes s'engager par des serments et des souscriptions de formulaires, à la défense de la cause commune , ils crurent ne pouvoir mieux faire dans la circonstance que de suivre cet exemple. On ne peut assurer si cette manie d'association commença par Parts ou par les provinces : l'acte le plus ancien qui nous reste , et le plus entier e^t de Picardie. Le seigneur d'Humières qui y commandait eut une querelle ])articulièro avec le duc de Condé, d'Humières tâcha de lui susciter des obstacles, et il n*e(\ trouva pas de meilleur que de forcer la noblesse, par serment solennel, à ne rien souffrir qui pût préjudicier à la religion romaine. Il adressa une formule de serment qu'il présenta à tous ces gentilshommes delà province presque tout aussi attachés à leur commandant qu'ilsétaient bons catholiques. Ilssignèrent tous la confédération et, en peu de temos. la Pi- cardie entière, villes et campagnes, se trouva engagée dans la ligue. »
« Le préambule du formulaire et le but qu'on paraissait s'y proposer oe présentaient rien que de louable au premier coup d'œil : on s'engageait à persévérer jusqu'à la mort dans la sainte union formée au nom de ^ sainte Trinité , pour la défense de la religion catiioliqoe, du roi Henri III, et les prérogatives dont le ro;^aume jouissait sous Clovis..., Mous nous obligeons, disaient les ligueurs, à employer nos biens, nos Tîes pour le succès de la sainte union et à poursuivre jusqu'à la mort ceux qui voudraient y mettre obstacle. Tons ceux qui signeront seront sous la sauvegarde de l*union, et eu cas qu'ils soient
t^*'^^^ # ■ %«^rra^ fi *^, Tll, i->, (^l'ofi :ije f-vi: ce ; •# e< «ni tfans ce fbrwoLyîre, et
;arirmc/ :'>r.'#^' ^,n